Leçon 17

La Pénitence

Introduction

Après le baptême et la confirmation, voici le troisième sacrement dans l'ordre : la pénitence. Il y a en lui deux volets : la vertu de pénitence (qui appartient à la substance même du sacrement) et le sacrement institué par Jésus-Christ pour pardonner les péchés. C'est sous l'aspect du sacrement que nous l'étudierons.

Le sacrement de pénitence

Sacrement institué par Jésus-Christ pour effacer les péchés commis après le baptême. De soi pour les péchés graves, quoiqu'on puisse se confesser pour son avancement et sa sanctification. Le baptême effaçait tout, mais il ne se réitère pas. Il fallait donc un autre sacrement pour les fautes ultérieures.

Les péchés véniels peuvent être remis de bien d'autres manières : un acte de charité, les sacramentaux, la messe entendue. Mais pour les péchés graves qui font perdre la grâce de Dieu, ce sacrement seul est requis. Heureusement qu'il existe. Sans lui, comment être certain d'être dans la grâce et la bienveillance de Dieu ? Le Concile de Trente l'appelle « l'unique planche de salut après le naufrage ». Expression virile et juste : le naufrage, c'est le péché grave qui nous fait perdre la grâce et tout son cortège de vertus et de dons du Saint-Esprit. La planche qui nous ramène à bord, c'est le sacrement de pénitence.

Le pouvoir de pardonner les péchés

Seul Dieu peut pardonner

Soupesez-le : pardonner un péché ne peut être que le fait de celui qu'il offense. Si quelqu'un m'a insulté, il n'y a que moi qui puisse lui pardonner. Il serait même assez violent qu'un tiers se mêlât de pardonner l'offense faite à un autre. Cela nous met hors de nous-mêmes, et c'est normal : l'insulte ne regarde que celui qui l'a reçue. Ce qui vaut entre hommes vaut a fortiori pour Dieu. Il n'y a que Dieu qui pardonne les péchés, puisqu'ils sont des offenses qui lui sont faites.

Jésus-Christ pardonne

Or l'une des marques les plus extraordinaires de l'Évangile, c'est que Jésus-Christ pardonne les péchés. Il le fait avant même de faire un miracle : au paralytique qu'on descend par le toit dans la maison comble (Mc 2), en enlevant le torchis et les tuiles tant la foule est dense qu'on ne peut plus accéder au Seigneur, il dit d'abord « Tes péchés sont pardonnés ». Grand scandale dans l'assistance : « Quel est celui-ci qui pardonne les péchés ? » Et ils ont raison, en un sens, d'être scandalisés : qui peut pardonner les péchés, sinon celui que les péchés offensent ? Et le Seigneur d'enchaîner : « Afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés ; lève-toi, prends ton grabat, marche et rentre dans ta maison. » Le plus difficile, c'est en vérité de pardonner les péchés. Le miracle visible n'est là que pour l'attester.

Pareillement à Marie-Madeleine, venue pleurer sur ses pieds tandis qu'il est allongé sur les triclinia romains. Elle mouille ses pieds de larmes, les essuie de ses longs cheveux, les baise, les parfume. Jésus se retourne et lui dit « Tes péchés te sont pardonnés » (Lc 7), au grand scandale de l'hôte qui l'a invité, lequel reçoit en passant une bonne petite leçon de savoir-vivre. Une fois compris qu'il est l'unique personne du Fils de Dieu en qui subsistent nature divine et nature humaine, ce pouvoir cesse d'étonner : il le tient de sa propre autorité, étant Dieu. Au début de l'Évangile, les gens ne le savaient pas, d'où leur stupeur émerveillée. Saint Marc conclut admirablement : les gens rendent grâces à Dieu d'avoir donné un tel pouvoir à cet homme.

Le pouvoir transmis aux apôtres

Le plus extraordinaire, c'est qu'il a transmis ce pouvoir. Quand ? Au soir même de sa Résurrection, moment solennel. Il rentre dans la pièce où sont les onze apôtres (Judas est mort, Thomas, dans sa crise d'indépendance pseudo-épiscopale, est absent). Il souffle sur eux et leur dit :

Recevez l'Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

Jean 20, 22-23

Parole capitale, chaque mot pèse. D'abord : les apôtres, les évêques, les prêtres tiendront désormais ce pouvoir, et l'utiliseront au futur, ce pouvoir qui n'appartenait qu'au Christ. Ensuite : c'est par le don de l'Esprit-Saint qu'ils l'exerceront. Le prêtre est un réservoir de l'Esprit, et c'est en redonnant l'Esprit-Saint au pécheur qu'il rend la grâce et que les péchés sont remis. Enfin : le pouvoir est de remettre ou retenir, ce qui suppose un jugement. Le sacrement de pénitence est institué sous forme d'un jugement : le prêtre absout ou retient. Évidemment, 999 fois sur 1000, il absout, parce que le sacrement est fait pour cela, mais on voit bien, dans l'institution, qu'il y a un jugement, et que le prêtre ne juge pas une cause qu'il ne connaît pas.

Tribunal de la miséricorde

Le sacrement est institué comme un tribunal. Le prêtre est juge : il lie ou délie, il absout ou il retient. Cela peut faire un peu peur, mais c'est un vrai tribunal : le prêtre n'est pas un distributeur de grains, c'est quelqu'un qui exerce un jugement à la place de Dieu. Mais tribunal d'une espèce unique : là où le procureur de la République est chargé d'établir la justice et de punir le délit, ici, si le péché est bien établi, le but est précisément d'acquitter. Tribunal extraordinaire de la miséricorde de Dieu, chargé d'acquitter tous les contrevenants. C'est le génie de la bonté du Seigneur.

Le signe sensible

La pénitence est un sacrement très spécial par son signe sensible. Prenez le baptême : matière éloignée, l'eau ; matière prochaine, l'ablution ; forme, « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Tous les éléments sont extérieurs au sujet qui reçoit le sacrement. Le baptisé n'a qu'à recevoir. Ce n'est pas du tout ainsi dans la pénitence : ici, le sujet du sacrement doit faire beaucoup de choses. C'est là que se loge, dans le sacrement même, la vertu de pénitence.

Matière éloignée : les péchés eux-mêmes

Matière éloignée

Les péchés eux-mêmes. À la différence des autres sacrements, où la matière se pose pour produire un effet (l'eau du baptême, le chrême de la confirmation), ici la matière se retire. On apporte les péchés pour qu'ils soient enlevés. Sacrement très spécial déjà sur ce point : c'est une matière à enlever, mais qu'il faut bien porter.

Matière prochaine : les actes du pénitent

Comment le pénitent apporte-t-il ses péchés ? Par ses propres actes. C'est la matière prochaine. Les dispositions du sujet appartiennent ici au signe sensible : sans elles, le sacrement est invalide de plein droit, puisqu'un sacrement est une matière et une forme qui signifient et produisent ce qu'elles signifient. Pas de matière, pas de sacrement. Dans les autres sacrements il y a aussi des dispositions à avoir, mais elles n'appartiennent pas à la substance même du sacrement. Ici, si. C'est dans cette matière prochaine que se loge la vertu de pénitence.

Trois actes du pénitent constituent cette matière prochaine :

  1. la contrition : le regret des fautes ;
  2. la confession : l'aveu des péchés au prêtre ;
  3. la réparation (ou satisfaction) : la pénitence acceptée.

1. La contrition

Premier acte : regretter ses fautes. C'est la condition minimale. Il n'y aura jamais aucune rémission pour celui qui ne regrette pas. Si vous trouvez vos péchés bien, vous n'avez nulle raison de les confesser ni d'en être pardonné. Tout s'effondre. On fait aujourd'hui des Gay Pride où l'on est fier d'être homosexuel. Il est évident que ces gens-là n'ont aucune raison d'aller se confesser leurs péchés de sexualité, puisqu'ils en font une fierté. Cela n'a plus aucun sens. Il faut d'abord déplorer ce qu'on tient pour mauvais. Sans cela, impossible. Tout l'Évangile suppose ce minimum : qu'on regrette les péchés qu'on a commis.

Dans le regret est nécessairement contenu le ferme propos : la décision de ne plus recommencer. Pas la certitude qu'on ne recommencera plus, la nature humaine est faible, mais la volonté présente de l'éviter. Sinon, c'est qu'on ne tient pas vraiment l'acte pour mauvais.

Deux sortes de contrition, à bien distinguer :

Contrition parfaite

Regret de ses fautes par amour de Dieu que l'on a offensé. Disposition merveilleuse : « j'aime Dieu, je l'ai offensé, je le regrette parce qu'il est bon, parce qu'il est mon Père, parce qu'il est infiniment miséricordieux ». C'est de l'or, c'est de l'or en barre, la contrition en lingots. Cette disposition, à elle seule, pardonne les péchés, car celui qui aime Dieu par-dessus tout retrouve par ce fait même la grâce sanctifiante. Rappelez-vous : c'est le retour de la grâce qui pardonne les péchés, et non l'inverse. Si un chrétien tombe et ne peut pas tout de suite aller se confesser, qu'il revienne près de Dieu, se blottisse dans ses bras : il sera pardonné aussitôt.

Contrition imparfaite (attrition)

Regret des péchés par peur des peines qu'ils méritent ou honte de leur laideur. La peur : vous avez de graves ennuis avec le péché, et en particulier si vous mourez en cet état-là, vous risquez de perdre votre âme et d'aller en enfer. Peur considérable, considérable. La honte : il y a des péchés affreux qu'on devrait porter avec confusion, les péchés de turpitudes, certes, mais aussi calomnier, parjurer, blasphémer, dont on devrait avoir une honte terrible. Même les pires des pécheurs, qui disent qu'il n'y a pas de péché, cachent les leurs. Sans donner de noms, les chroniques récentes en fournissent quantité. J'ai peur des châtiments de Dieu, j'ai honte de la laideur de ce que j'ai commis. Il y a en cette attrition un commencement d'amour du bien (Dieu est ce bien, au moins comme norme et fin), mais insuffisant à rendre la charité. Cette disposition à elle seule ne pardonne pas, mais avec l'absolution, elle suffit. Voilà le petit miracle du sacrement.

Attritum fit contritum. Celui qui est attrit devient contrit.

Concile de Trente

Autrement dit : celui qui entre au confessionnal par simple peur ou par simple honte en ressort avec l'amour de Dieu. Voilà ce que fait ce sacrement : il rend la charité à celui qui ne l'avait pas. Aucun sacerdoce n'a sans doute de pouvoir plus extraordinaire : arriver à communiquer l'Esprit-Saint. Le prêtre est un réservoir de l'Esprit. C'est la doctrine du sacrement.

Pourquoi se confesser quand on a la contrition parfaite ?

On objectera : si la contrition parfaite pardonne déjà les péchés, pourquoi aller à confesse ? Deux raisons.

Première raison. Vous n'avez pas la certitude absolue que votre contrition est parfaite. La contrition parfaite n'est pas si rare quand on aime Dieu habituellement, normal alors qu'on soit bouleversé d'avoir offensé ce qu'on aime. Mais cette certitude particulière, vous ne l'avez pas, surtout si vous péchez souvent. Ce ne sont souvent que velléités, un peu de sentiment, un peu de volonté. L'Écriture le dit avec sévérité : « Nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine » (Qo 9, 1). Pour assurer certainement la grâce, il faut se confesser.

Seconde raison. Il est normal que dans l'Église, société visible, la rémission du péché comporte une démarche externe, transitive, qui ne reste pas seulement intérieure. Autrefois, la pénitence publique de l'Église, telle que les siècles chrétiens l'ont d'abord pratiquée, était très dure : le péché grave devait être avoué publiquement devant l'évêque et toute la communauté, et le pécheur était chassé de l'Église pendant un temps avant d'être réintégré. C'était autre chose. Cette discipline a été adoucie au cours des âges, mais le caractère public du péché grave demeure. Il appelle un retour ecclésial, et non seulement un retour secret du cœur.

2. La confession

La confession est de droit divin. Elle appartient à la matière du sacrement (contre les modernistes qui voudraient s'en passer). Pas de matière soumise au juge, pas de sentence. Le prêtre doit connaître la cause qu'il acquitte. On ne juge pas une cause qu'on ne connaît pas. Ce serait un juge mauvais et pervers, ou bien le meilleur des juges, qui jugerait sans connaître la cause. La première qualité d'un juge, c'est la juridiction. La seconde, c'est la conscience professionnelle qui veut connaître ce qu'on lui soumet.

D'où l'invalidité des absolutions collectives pour les péchés graves. Là où le juge n'est pas saisi de la cause, il n'y a pas de possibilité de rémission des péchés par ce sacrement. On voit d'ailleurs son inconsistance : ceux qui les pratiquent recommandent ensuite à leurs pénitents « vous devrez vous confesser personnellement ». À quoi bon, alors, l'absolution préalable ? Si on doit se confesser personnellement, c'est que cette absolution n'avait pas eu d'effet pour les péchés graves. Il faut que le prêtre connaisse la cause qu'il va juger et acquitter. C'est dans la nature même du sacrement, comme la contrition. Il n'y a pas de rémission des péchés là où celui qui a péché ne le regrette pas, et il n'y a pas d'acquittement par le prêtre là où celui-ci ne connaît pas la cause qu'il est censé juger. Voilà pourquoi il ne suffit pas du caractère sacerdotal pour pardonner les péchés : il faut une juridiction, une délégation donnée par l'Église. Encore une fois la première qualité d'un juge est d'être légitimement saisi d'une cause.

Le Concile de Trente fixe avec précision ce qu'on est tenu de dire, sous peine d'invalidité :

Les péchés mortels

Tous les péchés mortels commis depuis la précédente bonne confession, c'est-à-dire non encore pardonnés par les clés. On peut faire davantage par dévotion, mais cela seul est obligatoire.

Le nombre

Tromper sa femme une fois est grave, la tromper continuellement, infiniment plus. Voler trois francs six sous dans la caisse, ou la dévaliser depuis des années, sont de deux poids. Il faut donc dire grosso modo combien de fois.

Les circonstances qui changent l'espèce

Non pas toutes les circonstances aggravantes, seulement celles qui modifient le péché lui-même, en ajoutant une nouvelle espèce. Se battre avec un copain jusqu'à le laisser pour compte est déjà un péché, mais si c'est sur la personne d'un évêque que vous frappez, il y a en plus un sacrilège, l'acte lui-même comporte un sacrilège. Si vous volez un objet d'une certaine valeur, vous avez péché gravement, mais si c'est dans une église, si en volant un calice (comme cela arrive partout en ce moment) vous profanez les espèces eucharistiques et un objet consacré, c'est une autre espèce de péché qu'il faut préciser. Forniquer avec une célibataire est péché d'impureté. Avec une femme mariée, c'est l'adultère, autre espèce, grave injustice à l'égard du conjoint. Si vous êtes vous-même marié, c'est aussi un adultère de votre côté. Peut-être deux adultères et une fornication s'ajoutent en une même faute.

Les péchés oubliés ne rendent pas le sacrement invalide. Évidence. Dieu demande la sincérité, pas une liste absolument complète. Un péché grave, par définition, se sait : pour qu'il y ait péché, il faut matière grave, plein consentement, pleine advertance. Je sais que je fais un péché, je sais que c'est mal, et je veux le faire. Par définition, un péché, ça se sait. Mais après des années, on peut simplement oublier. On n'a pas menti au prêtre. Et beaucoup de péchés qu'on a oubliés ne seront jamais confessés et sont pardonnés, si l'on a compris que la sincérité avec le sacrement nous rend la grâce, et que par la grâce tous les péchés sont pardonnés. Si un péché grave oublié vous revient ensuite à la mémoire, attention : il a déjà été pardonné, mais vous le confesserez pour assurer la loyauté vis-à-vis de Dieu. Aucune obligation toutefois de provoquer une nouvelle confession pour lui seul.

3. La réparation (ou satisfaction)

Celui qui regrette vraiment ses fautes est nécessairement désireux de les réparer, pour autant qu'il dépend de lui. C'est le prêtre qui impose cette réparation en donnant une « pénitence ». Sous peine d'invalidité, il faut au moins être décidé à la faire. Si vous l'oubliez ensuite, c'est un autre problème. Cela ne casse pas le sacrement déjà reçu.

Certains péchés comportent d'eux-mêmes une pénitence obligée. Rendre ce qu'on a volé. Un jeune homme finit par craquer et dévalise un magasin pour s'emparer de la magnifique moto dont il rêve depuis dix ans. Madame Truc empoche discrètement dans une vitrine un beau diamant. Tous deux vont se confesser. Trop facile alors de garder la moto ou le bijou. « Mon père, j'ai péché, mais je le garde » : cela ne marche pas. Il faut restituer la chose volée, ou au moins l'équivalent. En matière légère, le prêtre dit toujours de restituer, ne serait-ce que pour apprendre aux enfants. Un gamin qui a pris trois francs dans le porte-monnaie de sa maman doit les rendre.

Réparer le blasphème. Quelqu'un qui a pris la mauvaise habitude de jurer, qui dit « nom de Dieu » une phrase sur trois, doit, en réparation, apprendre à louer Dieu : honorer Dieu pour compenser, à mesure, les outrages qu'il lui inflige. Abandonner un complice habituel du péché. Et plus généralement fuir l'occasion prochaine du péché, qui est à traiter exactement comme le péché lui-même.

Des fiancés décidés à attendre le mariage mais qui logent quotidiennement dans la même chambre : cela n'est pas possible. Ou alors, s'ils résistent au fil des jours et des semaines, on peut se demander s'ils sont faits pour le mariage. Si vous avez un ordinateur qui vous fait sans cesse commettre des fautes, il faut vous débarrasser de cet ordinateur, ou prendre des mesures pour qu'il ne représente plus ce danger. Pour les occasions éloignées, saint Paul disait qu'il faudrait sortir du monde. On les supporte. Pour les prochaines, on tranche tout de suite, tout de suite.

Le prêtre peut donner une pénitence excessive. Vous pouvez demander à la modifier ou refuser de la dire. Imposer à un maçon qui dépense six mille calories par jour de jeûner chaque jour de carême, c'est idiot. Il a besoin de brandir son ballant, de monter ses murs, il ne pourra pas si on lui retire le pain. J'ai connu une personne à qui l'on a donné, comme pénitence, de lire toute la Bible. C'est trop long, on peut refuser. Si le confesseur s'obstine, on peut changer de confesseur. Un peu malin, le pénitent, dans les exemples où l'on est tombé sur un professeur qui ne l'était pas tellement. Mais il faut accepter la réparation in voto, dans l'intention : cela suffit à la validité. Et si l'on est décidé à la faire et qu'on l'oublie ensuite, c'est un autre problème. Cela ne casse pas le sacrement déjà reçu, parce qu'on était bien décidé à la faire au moment où on l'a accepté.

La forme : l'absolution

Forme du sacrement

L'absolution : sentence du prêtre qui pardonne les péchés au nom du Christ. « Je t'absous de tes péchés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » On répond Amen : ce qui ne se fait pas au baptême. C'est Dieu qui parle par la bouche du prêtre, prolongement du bras de la miséricorde divine.

Détails du rite. Le prêtre tient encore la paume de la main tournée vers le pénitent. Ce geste est un reste de l'antique pratique de la pénitence publique, lorsque le pécheur, après avoir avoué sa faute devant la communauté et accompli son temps d'éloignement, était réintégré dans l'Église par l'imposition des mains de l'évêque. La paume tournée du confesseur d'aujourd'hui prolonge silencieusement ce geste antique de réintégration.

Toute absolution suppose la présence physique du pénitent. Les absolutions par téléphone, fax, internet sont très certainement invalides (sauf peut-être danger de mort et certitude morale sur l'identité du pénitent). On voit bien que la possibilité d'une absolution à distance ouvrirait la porte à des abus invraisemblables. Quelqu'un qui sort du confessionnal avant l'absolution : le prêtre peut la lui donner à quelques mètres, puisqu'il vient de quitter sa présence immédiate.

Les effets de la pénitence

Tout péché a trois conséquences redoutables, qu'il faut bien distinguer :

La faute (culpa)

La responsabilité encourue qui mérite la réprobation de Dieu. C'est le christianisme qui a rendu cette responsabilité personnelle aux hommes. Dans les sociétés, on dissimule, on se cache, on s'arrange. Devant Dieu, pas de dissimulation possible. On est ce qu'on est. Quand on fait le mal, on est coupable, on est responsable. C'est la chose la plus terrible du péché. Souvenez-vous du Caïn de Victor Hugo, qui, ayant tué son frère, essaie de se cacher partout où il peut, mais traîne avec lui cette culpabilité qui pèse :

L'œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Victor Hugo, La Conscience

Voilà ce qui peut envoyer un homme en enfer : ne pas pouvoir revenir sous le poids de cette culpabilité, préférer fuir devant Dieu plutôt que de paraître devant lui. Terrible. C'est le sceau, le coup de poing du péché à fautes, qui pèse sur les épaules du pécheur. Mais ce n'est pas le seul effet.

La peine (poena)

La justice de Dieu ayant été lésée doit être satisfaite, comme les plateaux d'une balance qu'il faut rééquilibrer. Celui qui blasphème habituellement doit, pour réparer, honorer Dieu d'autant, spécialement pour compenser les blasphèmes qu'il commet souvent.

L'habitude (fomes peccati, foyer de péché)

Le péché laisse en nous une disposition à pécher encore, de même que la vertu laisse une disposition à faire le bien encore. Cela marche dans les deux sens. « Qui a bu boira » : l'ivrogne qui veut se convertir n'a jamais eu si soif. Un péché isolé est facile à surmonter. Une chaîne ininterrompue creuse un sillon dont on sort très difficilement. C'est l'effet le plus tenace.

Ce que remettent le baptême et la pénitence

Le baptême et la pénitence ne traitent pas ces trois effets de la même façon. Tableau récapitulatif (0 = remis entièrement, 1/2 = remis en partie) :

SacrementFautePeineHabitude
Baptême001/2
Pénitence01/21/2

Le baptême et la pénitence remettent tout de la faute : effet premier, propre à la grâce sanctifiante rendue. Pour la peine, le baptême la remet entièrement. Le baptisé adulte n'a aucun passé mauvais à satisfaire, rien. Le pénitent, en revanche, doit encore réparer le mal de ses fautes personnelles. Le sacrement le décharge en grande partie, mais pas tout à fait. Il a déséquilibré la justice, il faut remettre le fléau de la balance à la verticale. Pour l'habitude (foyer de péché), ni l'un ni l'autre ne l'effacent vraiment. Je parle du baptême des adultes, évidemment. Un enfant n'a pas péché avant son baptême. Mais ne croyons pas que parce que toute la peine est remise et toute la faute, le baptisé adulte n'a plus aucun péché ni peine à se reprocher : il a encore ce qu'on a appelé le foyer de péché. Il l'a, et ce n'est pas parce qu'on est baptisé à l'âge adulte qu'on peut arrêter les efforts. Il faut continuer à prier, jeûner, lutter. Sans cela, on n'ira pas loin.

La grâce sanctifiante rendue

La pénitence redonne la grâce sanctifiante, ou la confirme si elle est déjà là. « C'est le retour de la grâce qui pardonne les péchés, et non l'inverse. » Doctrine capitale, déjà vue pour le baptême. Les chrétiens peinent à se la mettre dans la tête. Souvenez-vous : Jésus, en donnant le pouvoir, souffle sur les apôtres et leur dit « Recevez l'Esprit-Saint ». C'est en rendant l'Esprit que les péchés sont remis.

D'où une conséquence rigoureuse : sans amour de Dieu, le sacrement est invalide. Sans la charité au moins en sa forme initiale, ce que le Concile de Trente appelle l'amor in cohatione, un commencement d'amour qui sait que Dieu est le bien, le bien souverain, la norme du bien et du mal, pas de grâce rendue, pas de péché pardonné. Quelqu'un qui se confesserait uniquement par crainte servile, sans aucun amour de Dieu, sans chercher à revenir dans son amitié, se moquant au fond d'avoir offensé Dieu : ce n'est pas possible, le sacrement est invalide. Il n'est pas un distributeur de jetons. Il suppose ce minimum d'amour de Dieu que la peur servile elle-même contient déjà.

La grâce sacramentelle

Grâce propre de la pénitence

Détestation du péché et force de l'éviter. Coup de reins spirituel : celui qui sort du confessionnal fait attention dans les jours qui suivent, il pèche beaucoup moins facilement. Voilà pourquoi, quand on a contracté une habitude ancrée, il faut se confesser régulièrement : ces coups de reins répétés finissent par sortir la tête de l'eau.

Le ministre

Le ministre est le prêtre, et lui seul (l'évêque l'étant à plus forte raison, l'évêque est un prêtre qui peut, en outre, ordonner). C'est l'une des deux grandes prérogatives du prêtre : célébrer le saint sacrifice de la messe et pardonner les péchés.

Pour exercer ce pouvoir, deux choses :

Pouvoir d'ordre

Conféré radicalement par l'ordination : c'est le sacerdoce qui rend le prêtre capable de pardonner. Sans lui, aucune absolution ne tient.

Juridiction

Pouvoir de l'Église qui met les fidèles sous le pouvoir d'ordre d'un prêtre. C'est la qualité radicale du juge : il faut être saisi de la cause. Aucun tribunal civil ne juge sans avoir d'abord été saisi par la puissance publique. L'Église pareillement.

Juridiction personnelle

Donnée par les supérieurs : pape (sur tous les chrétiens), évêque (sur son troupeau), curé (sur sa paroisse), vicaire, etc. Filière ordinaire de la pastorale.

Juridiction donnée par le droit (suppléance)

L'Église confère elle-même la juridiction dans certains cas : danger de mort (tout prêtre peut alors confesser n'importe quel baptisé, sans distinction), erreur commune, demande des fidèles, situations d'impossibilité. C'est souvent le cas aujourd'hui. On peut recourir à des prêtres qui n'ont pas la juridiction personnelle. Y revenir en cas de besoin, mais ne pas en faire du droit canon de pacotille.

Comment se confesser

Très bref rituel, à l'usage de qui l'ignorerait. Se confesser est facile : c'est le diable qui essaie de nous le rendre difficile.

1. Examen de conscience. Sérieux mais sans scrupule. Cinq minutes suffisent ordinairement. Par définition, un péché grave se sait (matière grave, plein consentement, pleine advertance). Si l'on s'est confessé la semaine dernière, on peut aller très vite. Quelqu'un qui ne s'est pas confessé depuis cinquante ou soixante-dix ans regardera de plus près. Mais ce n'est pas le moment de se mettre le sang à l'envers.

2. Demande de bénédiction. On s'agenouille en disant « Bénissez-moi mon Père parce que j'ai péché. » On laisse au prêtre le temps de bénir avant d'enchaîner.

3. Confiteor. On récite le Confiteor jusqu'à « ma très grande faute ». S'il y a foule (trente personnes qui attendent à certains jours de fête), on l'a récité avant pour ne pas faire attendre tout le monde. Soyez sympathique.

4. Temps écoulé. On dit depuis combien de temps on ne s'est pas confessé. Information capitale : ce n'est pas la même chose, huit jours ou cinquante ans.

5. Aveu des péchés. On les dit, on répond aux questions du prêtre. C'est au pénitent de se confesser, ne pas attendre que le prêtre tire les ficelles. Aucun nom propre ne doit être prononcé : on ne dénonce personne, on ne parle pas du prochain. Le prêtre n'a pas le droit de demander le nom d'un complice, et le pénitent n'a pas le droit de le donner.

6. Fin du Confiteor. « C'est pourquoi je supplie... »

7. Conseils du prêtre. Il est juge, mais aussi médecin des âmes : ses conseils ont une valeur de grâce sacramentelle. Pas un discours d'un quart d'heure (trop). Quelques mots qui portent.

8. Pénitence reçue. On l'écoute, on l'accepte, on la retient. Ne pas quitter le confessionnal avant l'absolution.

9. Acte de contrition. Pendant que le prêtre prononce l'absolution (trente secondes environ), on récite mentalement son acte de contrition : regretter les péchés avec le plus d'amour possible.

10. Action de grâces. On remercie Dieu d'une si grande grâce et on accomplit la pénitence reçue. On n'oubliera pas. Beaucoup avouent en revenir avoir oublié la pénitence. Soyez-y attentif.

Conclusion : Dieu veut tout oublier

Le sacrement de pénitence est unique : n'importe quel chrétien baptisé peut s'y faire pardonner n'importe quel péché, n'importe quelle série, n'importe quelle vie de péché, avec la certitude propre aux sacrements que Dieu ne lui en parlera plus jamais.

Saint Thomas donne du secret sacramentel une raison qui réjouit, et que je découvrais il n'y a pas si longtemps. Le prêtre ne doit jamais rien dire de ce qu'il a entendu. Violation passible d'excommunication latæ sententiæ, l'une des peines les plus dures qui soient. Mais le cas, en pratique, ne se voit guère, ce qui dit assez la solidité de la chose. On allègue d'ordinaire des raisons techniques, et tout le monde les comprend immédiatement : ne pas rendre la confession odieuse, ne pas dissuader les pénitents. Mais saint Thomas remonte plus haut : c'est Dieu lui-même qui veut tout oublier. Dieu décide que les péchés confessés, non seulement il n'en tiendra plus compte, mais il veut faire en sorte qu'ils n'aient jamais existé. Le prêtre, qui agit à la place de Dieu, partage cet oubli voulu. Il ne se souvient pas de ce que Dieu a décidé d'oublier.

Je jetterai vos péchés derrière mon dos.

Isaïe 38, 17

Voilà la miséricorde de Dieu : il oublie. Dès lors, ceux qui ne se confessent pas et traînent leur péché comme un fardeau, franchement, c'est tant pis pour eux. Dieu pouvait-il faire mieux que ce sacrement de pénitence pour soulager les âmes accablées ? C'est précisément cette faute qui grève les hommes. L'homme supporte des épreuves considérables. Il y a une seule chose qu'il ne peut pas porter, sa faute, cette responsabilité qui l'écrase. Or il a le moyen de s'en débarrasser. À bon entendeur, salut.