Saint Cyrille de Jérusalem · vers 350

Catéchèses mystagogiques

Aux nouveaux baptisés

Prononcées vers 350 par saint Cyrille, évêque de Jérusalem, ces cinq catéchèses « mystagogiques » introduisent les nouveaux baptisés aux mystères qu'ils viennent de recevoir : les renonciations baptismales, l'immersion, la chrismation, l'Eucharistie et la liturgie complète. C'est l'un des plus anciens témoignages détaillés de la pratique sacramentelle de l'Église ancienne.

Traduction Traducteur ancien (XIXᵉ siècle) 5 chapitres

I Renonciations et profession baptismale

Première catéchèse mystagogique aux nouveaux baptisés, et lecture de la première Épître catholique de Pierre, depuis « Soyez sobres, veillez », jusqu'à la fin de l'épître, du même Cyrille et de l'évêque Jean.

Le but de ces catéchèses

Je désirais depuis longtemps, enfants authentiques et tant désirés de l'Église, vous entretenir de ces spirituels et célestes mystères. Mais parce que je savais fort bien qu'on se fie beaucoup mieux à la vue qu'à l'ouïe, j'attendais l'occasion présente, afin de vous trouver, après cette grande soirée, plus à même de saisir ce qu'on vous dit, et de vous conduire par la main dans la prairie lumineuse et embaumée de ce paradis. Et d'ailleurs, vous avez été constitués en état de comprendre les mystères plus divins, qui concernent le divin et vivifiant baptême. Puisque donc désormais il faut dresser la table des enseignements de l'initiation parfaite, eh bien ! laissez-nous vous donner cette instruction exacte, afin que vous sachiez le sens de ce qui s'est passé pour vous en cette soirée baptismale.

Vous êtes entrés d'abord dans le vestibule du baptême ; debout, tournés vers l'occident, vous avez écouté, et vous avez reçu l'ordre d'étendre la main et, comme s'il était présent, vous avez renoncé à Satan. Or, il faut que vous sachiez que dans l'ancienne Histoire cela est contenu en figure. Quand, en effet, le Pharaon, ce tyran si dur et si inhumain, écrasait le peuple libre et noble des Hébreux, Dieu envoya Moïse pour les faire sortir de cette pénible servitude des Égyptiens. Et du sang d'un agneau ils oignirent les portes, afin que l'exterminateur passât les maisons qui porteraient le signe du sang, et merveilleusement fut délivré le peuple hébreu. Et quand après leur délivrance le Pharaon les poursuivit et vit la mer s'ouvrir étrangement devant eux, il s'y engagea pourtant et, submergé sur-le-champ, il fut englouti dans la mer Rouge.

Passe maintenant avec moi des choses anciennes aux choses nouvelles, de la figure à la réalité. Là, Moïse, envoyé par Dieu en Égypte ; ici, le Christ, du sein de son Père, envoyé dans le monde. Là, il s'agit de faire sortir d'Égypte le peuple opprimé ; ici, le Christ doit délivrer ceux qui dans le monde sont accablés par le péché. Là, le sang de l'agneau détourna l'exterminateur ; ici, le sang de l'Agneau immaculé, Jésus-Christ, constitue un refuge contre les démons. D'un côté, le tyran poursuivit jusqu'à la mer ce peuple d'autrefois, et dans ton cas le démon effronté, impudent et principe de mal, te suivit jusqu'aux sources mêmes du salut. Le premier fut englouti dans la mer ; le second disparaît dans l'eau du salut.

Renonciation à Satan

Cependant tu reçois l'ordre de tendre la main et de dire comme à un assistant : « Je renonce à toi, Satan. » Pourquoi vous vous tenez tournés vers l'occident, je veux aussi vous le dire ; c'est en effet nécessaire. L'occident est le lieu des ténèbres visibles ; or, puisque celui dont nous parlons est ténèbres, et qu'il exerce sa puissance dans les ténèbres, c'est à cause de cela que symboliquement vous regardez vers l'occident et que vous renoncez à ce prince ténébreux et sombre. Que dit donc debout chacun de vous ? Je renonce à toi, Satan, à toi méchant et très cruel tyran : je ne crains plus, dis-tu, ta force. Car le Christ l'a détruite, participant avec moi au sang et à la chair, afin que, par le moyen de ces souffrances, il abolît la mort par la mort et que je ne sois pas perpétuellement soumis à la servitude. Je renonce à toi, serpent rusé et absolument capable de tout. Je renonce à toi, être insidieux, qui, simulant l'amitié, as accompli toute iniquité, et inspiré à nos premiers parents leur apostasie. Je renonce à toi, Satan, artisan et complice de tout mal.

Ensuite, en une seconde formule, on t'enseigne à dire : « Et à toutes tes œuvres. » Les œuvres de Satan, c'est tout péché auquel il est également nécessaire de renoncer, comme quelqu'un qui a fui un usurpateur et qui a, bien entendu, rejeté ses armes. Toute espèce de péché s'inscrit donc parmi les œuvres du diable. Au reste, sache bien ceci : que, tout ce que tu dis, surtout à cette heure très redoutable, se trouve écrit en toutes lettres dans les livres invisibles de Dieu. Si donc tu es surpris en train d'accomplir quelque chose qui y soit contraire, tu seras jugé comme parjure. Tu renonces donc aux œuvres de Satan, à toutes les actions, dis-je, et pensées non conformes à ta promesse.

Ensuite, tu dis : « Et à toute sa pompe. » La pompe du diable, c'est la passion du théâtre, les courses de chevaux, la chasse et toute vanité de ce genre dont, dans sa prière pour l'en délivrer, le saint dit à Dieu : « Détourne mes yeux pour qu'ils ne voient pas la vanité. » Ne te livre pas avec empressement à la passion du théâtre, où se trouvent les spectacles obscènes des mimes, qui s'accompagnent d'insolences et de toutes sortes d'indécences, ainsi que les danses furieuses d'hommes efféminés, ni non plus à la passion de ceux qui à la chasse s'exposent eux-mêmes aux bêtes, pour flatter leur malheureux ventre : ceux-ci, pour flatter leur ventre de nourriture, deviennent eux-mêmes en fait nourriture de l'estomac des bêtes féroces : à parler justement, pour ce ventre qui est leur dieu, ils jouent en combats singuliers leur propre vie au fond des précipices. Fuis aussi les courses de chevaux, spectacle furieux et qui démonte les âmes. Tout cela en effet, c'est la pompe du diable.

Mais encore ce qu'on suspend dans les temples d'idoles et dans les fêtes, par exemple, viandes, pains ou autres aliments de ce genre, souillés par l'invocation des démons infâmes, peut être inscrit dans la pompe du diable. De même, en effet, que le pain et le vin de l'Eucharistie, avant la sainte épiclèse de l'adorable Trinité, étaient du pain et du vin ordinaires, mais qu'après l'épiclèse le pain devient corps du Christ et le vin sang du Christ, de semblable manière les aliments de cette espèce qui constituent la pompe de Satan, de leur propre nature communs, par l'invocation des démons deviennent impurs.

Après cela tu dis : « Et à ton culte. » Le culte du diable, c'est la prière dans les temples d'idoles, tout ce qui se fait à l'honneur des idoles inanimées, allumer des lampes, ou bien répandre des parfums près des sources ou des rivières, comme font certains qui, trompés par des songes ou des démons, en viennent à cette manière d'agir, en croyant même trouver la guérison des maladies corporelles. Ne recherche pas de tels agissements. Les auspices, la divination, les augures, les amulettes, les inscriptions sur des lamelles, avec magie ou autres sortes de maléfices, et toutes les pratiques de cette espèce sont le culte du diable. Fuis donc cela : si en effet tu y succombes, après t'être détaché de Satan et attaché au Christ, tu expérimenteras un tyran plus cruel, qui te traitait jadis avec familiarité, et rendait moins amère ta cruelle servitude, mais qui maintenant a été fortement aigri par toi, et alors tu seras privé du Christ, et l'autre tu l'expérimenteras. N'as-tu pas entendu ce que l'Histoire ancienne nous raconte au sujet de Lot et de ses filles ? Ne fut-il pas sauvé avec ses filles, pour avoir gagné la montagne, mais sa femme n'est-elle pas devenue colonne de sel, statufiée pour toujours, rappelant ainsi sa détermination mauvaise et son regard en arrière ? Fais donc attention à toi, et ne te retourne pas, après avoir mis la main à la charrue vers la pratique amère de ce monde-ci, mais fuis sur la montagne près de Jésus-Christ, la pierre taillée sans mains qui a rempli l'univers.

Profession de foi

Quand donc tu renonces à Satan, foulant aux pieds tout pacte avec lui, tu brises les vieux traités avec l'enfer ; à toi s'ouvre le paradis de Dieu, qu'il planta vers l'Orient, et d'où à cause de sa désobéissance fut exilé notre premier père. En symbole de quoi, tu t'es tourné de l'occident vers l'orient, région de la lumière. Alors on t'a dit de dire : « Je crois au Père et au Fils et au Saint-Esprit et à un seul baptême de pénitence. » Sur ces sujets, dans les catéchèses précédentes, comme la grâce de Dieu l'a permis, il t'a été largement parlé.

Prémuni par ces paroles, veille. Car notre adversaire le diable, ainsi qu'on vient de le lire, tourne comme un lion, cherchant qui dévorer. En vérité, dans les temps antérieurs, la mort dévorait, victorieuse ; mais depuis le bain sacré de la régénération, Dieu a enlevé toute larme de toute face. En effet tu ne pleures plus, ayant dépouillé le vieil homme, mais tu célèbres la fête, ayant revêtu le vêtement de salut, Jésus-Christ.

Voilà ce qui s'est passé dans l'édifice extérieur. S'il plaît à Dieu, quand dans nos entretiens mystagogiques suivants nous entrerons dans le Saint des Saints, nous connaîtrons alors les symboles des choses qui s'y accomplissent. À Dieu le Père, gloire, puissance, magnificence, avec le Fils et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen.

II Le mystère du baptême

Deuxième catéchèse mystagogique, et lecture de l'Épître aux Romains : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est en sa mort que nous avons été baptisés ?… » jusqu'à : « Vous n'êtes pas sous la loi, mais sous la grâce. »

Elles vous sont utiles, ces instructions quotidiennes sur les mystères, ces enseignements tout neufs, annonçant des réalités toutes neuves, et d'autant plus que vous avez été renouvelés de la vétusté en la nouveauté. C'est pourquoi il est nécessaire que je vous propose la suite de l'instruction mystagogique d'hier, afin que vous appreniez la signification symbolique des rites accomplis sur vous dans l'intérieur de l'édifice.

Dépouillement des vêtements

Aussitôt entrés donc, vous avez dépouillé votre tunique, et ce geste figurait le dépouillement du vieil homme avec ses pratiques. Dépouillés, vous étiez nus, imitant en cela aussi le Christ nu sur la croix, qui par sa nudité a dépouillé les principautés et les puissances et qui hardiment sur le bois les a traînées dans son cortège triomphal. Car puisqu'en vos membres faisaient leur repaire les énergies adverses, il ne vous est plus permis de porter la vieille tunique en question. Je ne veux parler en aucune façon de la tunique visible, mais du vieil homme qui se corrompt dans les convoitises trompeuses. Puissé-je ne pas le revêtir à nouveau, l'âme qui l'a une fois dépouillé ! mais qu'elle dise avec l'épouse du Christ dans le Cantique des Cantiques : « Je me suis dépouillée de ma tunique, comment la revêtirai-je ? » Ô merveille, vous étiez nus à la vue de tous, et vous ne rougissiez pas. Vraiment en effet, vous portiez l'image du premier homme, Adam, qui dans le paradis était nu et ne rougissait pas.

Onction

Ensuite, une fois dévêtus, vous avez été oints d'huile exorcisée, depuis les cheveux du haut de la tête jusqu'au bas du corps, et vous êtes devenus participants de l'olivier franc, Jésus-Christ. Détachés en effet de l'olivier sauvage, vous avez été greffés sur l'olivier franc, et vous êtes devenus participants de l'abondance du véritable olivier. L'huile exorcisée symbolisait donc la participation à l'abondance du Christ, étant refuge contre toute trace d'énergie adverse. De même en effet que les insufflations des saints et l'invocation du nom de Dieu, comme une flamme très ardente brûlent et chassent les démons, ainsi cette huile exorcisée, par l'invocation de Dieu et la prière, reçoit une telle force que non seulement elle purifie en les brûlant les traces des péchés, mais encore qu'elle chasse les puissances invisibles du malin.

Immersion baptismale

Après cela vous avez été conduits par la main à la sainte piscine du divin baptême, comme le Christ de la croix au tombeau qui est devant vous. Et on a demandé à chacun s'il croyait au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Et vous avez confessé la confession salutaire, et vous avez été immergés trois fois dans l'eau, et puis vous avez émergé, signifiant là aussi symboliquement la sépulture de trois jours du Christ. De même, en effet, que notre Sauveur passa trois jours et trois nuits au cœur de la terre, de même vous aussi en la première émersion vous imitiez le premier jour du Christ dans la terre, et en l'immersion la nuit ; car, comme celui qui est dans la nuit ne voit plus et qu'au contraire celui qui est dans le jour vit dans la lumière, ainsi dans l'immersion comme dans la nuit vous ne voyiez rien, mais dans l'émersion vous vous retrouviez comme dans le jour. Et dans un même moment vous mouriez et vous naissiez : cette eau salutaire fut et votre tombe et votre mère. Et ce que Salomon a dit d'un autre sujet peut sans doute s'adapter à vous ; dans ce passage il disait en effet : « Il est un temps pour mettre au monde, et un temps pour mourir. » Mais pour vous ce fut l'inverse : il fut un temps pour mourir, et un temps pour naître. Un seul et même temps a produit ces deux événements, et avec votre mort a coïncidé votre naissance.

Effets mystiques

Ô chose étrange et paradoxale ! Nous ne sommes pas vraiment morts, nous n'avons pas été vraiment ensevelis, nous n'avons pas été vraiment crucifiés et ressuscités ; mais si l'imitation n'est qu'une image, le salut, lui, est une réalité. Le Christ a été réellement crucifié, réellement enseveli, et véritablement il est ressuscité, et toute cette grâce nous est donnée afin que, participant à ses souffrances en les imitant, nous gagnions en réalité le salut. Ô philanthropie sans mesure ! Le Christ a reçu les clous sur ses mains pures et il a souffert, et à moi, sans souffrance et sans peine, il accorde par cette participation la grâce du salut.

Que personne donc n'estime que le baptême obtient seulement la grâce de la rémission des péchés, et de l'adoption de fils, comme le baptême de Jean qui ne procurait que la rémission des péchés. Mais pour nous, qui sommes exactement instruits, nous savons que s'il est purification des péchés et intermédiaire du don de l'Esprit-Saint, il est aussi la réplique de la Passion du Christ. Et c'est pourquoi Paul à l'instant proclamait : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême. » Peut-être en effet s'exprimait-il ainsi à l'égard de certains, disposés à voir dans le baptême l'intermédiaire de la rémission des péchés et de l'adoption de fils, mais non pas en outre la participation, en imitation, aux véritables souffrances du Christ.

Nous devons donc l'apprendre : tout ce que le Christ a enduré, c'est pour nous et pour notre salut qu'en réalité et non en apparence il l'a subi ; et nous, nous devenons participants à ses souffrances. D'où la proclamation parfaitement exacte de Paul : « Si nous sommes devenus une même plante avec le Christ, par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par la ressemblance de sa résurrection. » Bonne également l'expression : « une même plante ». Puisqu'en effet, ici a été plantée la vraie vigne, nous aussi, par la participation au baptême de sa mort, nous sommes devenus « une même plante » avec lui. Applique ton esprit avec beaucoup d'attention aux paroles de l'Apôtre. Il n'a pas dit : Si nous sommes devenus une même plante par la mort, mais par la ressemblance de la mort. Véritablement en effet une mort réelle a touché le Christ, son âme a été séparée de son corps, et véritable aussi son ensevelissement, car dans un linceul pur son saint corps fut enveloppé, et tout en lui est arrivé en vérité. Pour nous, c'est la ressemblance de la mort et des souffrances ; mais, quand il s'agit du salut, ce n'est pas une ressemblance, c'est une réalité.

Ces enseignements vous suffisent : gardez-les en votre mémoire, afin que moi aussi, indigne, je dise de vous : « Je vous aime, parce que sans cesse vous vous souvenez de moi, et que ces traditions que je vous ai transmises, vous les gardez. » Dieu est puissant, lui qui de morts vous a établis vivants, pour vous donner de marcher en nouveauté de vie. À lui gloire et puissance, maintenant et pour les siècles. Amen.

III La chrismation

Troisième catéchèse mystagogique, et lecture de la Première Épître de Jean, depuis : « Pour vous, c'est de Dieu que vous tenez l'onction, et vous connaissez toutes choses », jusqu'à : « de peur que nous n'ayons la honte de nous trouver loin de lui à son Avènement. »

Signification spirituelle

Baptisés dans le Christ, et ayant revêtu le Christ, vous êtes devenus conformes au Fils de Dieu. Dieu, en effet, qui nous a prédestinés à l'adoption de fils, nous a rendus conformes au corps glorieux du Christ. Désormais donc participants du Christ, vous êtes à juste titre appelés « christs », et c'est de vous que Dieu disait : « Ne touchez pas mes christs. » Or, vous êtes devenus des christs, ayant reçu l'empreinte de l'Esprit-Saint, et tout s'est accompli sur vous en image, parce que vous êtes les images du Christ. Pour lui, quand il se fut baigné dans le fleuve du Jourdain et qu'il eut communiqué aux eaux le contact de sa divinité, il remonta de celles-ci, et la venue substantielle de l'Esprit-Saint sur lui se produisit, le semblable se reposant sur le semblable. Et pour vous semblablement, une fois remontés de la piscine des saintes eaux, ce fut la chrismation, l'image exacte de celle dont fut chrismé le Christ. Je veux dire l'Esprit-Saint, duquel le bienheureux Isaïe aussi, prophétisant à son sujet, disait, parlant en la personne du Seigneur : « L'Esprit du Seigneur est sur moi : c'est pourquoi il m'a chrismé, il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres. »

Ce n'est pas en effet d'une huile ou d'un parfum matériels que le Christ a été chrismé par un homme ; mais c'est le Père qui, l'ayant désigné d'avance comme Sauveur de tout l'univers, l'a chrismé de l'Esprit-Saint, selon la parole de Pierre : « Jésus de Nazareth, que Dieu a chrismé de l'Esprit-Saint. » Et le prophète David s'écriait : « Ton trône, ô Dieu, est pour les siècles des siècles ; sceptre de droiture, le sceptre de ta royauté. Tu as aimé la justice et tu as haï l'iniquité ; c'est pourquoi Dieu, ton Dieu, t'a chrismé de l'huile d'allégresse, comme nul de tes pairs. » Le Christ vraiment fut crucifié et enseveli et ressuscita ; et vous, par le baptême, en image, vous êtes jugés dignes d'être crucifiés, ensevelis, et ressuscités avec lui. Il en va de même pour la chrismation. Lui, il a été chrismé de l'huile spirituelle d'allégresse, c'est-à-dire de l'Esprit-Saint, appelé huile d'allégresse, parce qu'il est l'auteur de l'allégresse spirituelle ; et vous, vous avez été chrismés de parfum, devenus compagnons et participants du Christ.

Mais veille à ne pas t'imaginer qu'il y ait là simple parfum. De même en effet que le pain de l'Eucharistie, après l'épiclèse de l'Esprit-Saint, n'est plus du simple pain, mais corps du Christ, de même aussi ce saint parfum n'est plus avec l'épiclèse un parfum pur et simple, ou pourrait-on dire commun, il est don du Christ, devenu par la présence de l'Esprit-Saint efficace de sa divinité. C'est ce parfum dont symboliquement on te chrisme le front et les autres sens. De ce parfum visible le corps est chrismé, mais du saint et vivifiant Esprit l'âme est sanctifiée.

Le rite de chrismation

Et d'abord, vous êtes chrismés sur le front, afin d'être délivrés de la honte que le premier homme transgresseur portait partout, et pour que, la face découverte, vous réfléchissiez comme dans un miroir la gloire du Seigneur. Ensuite, sur les oreilles, pour recevoir des oreilles dont Isaïe disait : « Et le Seigneur m'a donné une oreille pour entendre », et le Seigneur dans les Évangiles : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. » Ensuite, sur les narines, afin qu'en recevant ce parfum divin, vous disiez : « Nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, parmi ceux qui sont sauvés. » Après cela, sur la poitrine, afin qu'« ayant revêtu la cuirasse de justice, vous résistiez aux manœuvres du diable ». De même en effet que le Sauveur, après son baptême et la venue de l'Esprit-Saint, s'en alla combattre l'adversaire, de même vous aussi, après le saint baptême et la chrismation mystique, revêtus de la panoplie de l'Esprit-Saint, résistez à l'influence adverse, et combattez-la en disant : « Je puis tout en Celui qui me rend fort, le Christ. »

Une fois jugés dignes de cette sainte chrismation, vous êtes appelés chrétiens, vérifiant par votre renaissance jusqu'à votre nom. En effet, avant d'avoir été jugés dignes du baptême et de la grâce de l'Esprit-Saint, vous ne le méritiez pas exactement, mais vous faisiez route et alliez de l'avant pour être chrétiens.

Préfigurations scripturaires

Il est nécessaire que vous sachiez que de cette chrismation le symbole se trouve dans l'Ancienne Écriture. Et en effet, quand Moïse communiqua à son frère l'injonction de Dieu et l'établit grand-prêtre, après l'avoir baigné dans l'eau, il le chrisma, et celui-ci fut appelé christ, en vertu de cette chrismation évidemment figurative. De même, le grand-prêtre, en élevant Salomon à la royauté, le chrisma, après l'avoir fait se baigner à Gihon. Mais ces choses leur arrivaient en figure ; pour vous ce n'est pas figure, mais réalité, puisque c'est à Celui qui fut chrismé de l'Esprit-Saint que véritablement remonte le principe de votre salut. C'est lui qui est vraiment les prémices, et vous la pâte : que si les prémices sont saintes, il est évident que la sainteté passera à la pâte.

Gardez ce don sans souillure : il vous enseignera toutes choses, pourvu qu'il demeure en vous, comme vous avez entendu à l'instant le bienheureux Jean le dire, et donner de nombreuses explications sur la chrismation. Car ce don sacré est la sauvegarde spirituelle du corps et le salut de l'âme. C'est ce que dès les temps antiques le bienheureux Isaïe prophétisait, disant : « Et le Seigneur opérera pour tous les peuples sur cette montagne », — par montagne il désigne l'Église, comme ailleurs, quand il dit par exemple : « Et dans les derniers jours sera visible la montagne du Seigneur » — : « ils boiront le vin, ils boiront l'allégresse, ils seront chrismés de parfum. » Et pour t'inviter à comprendre sans hésiter ce parfum dans un sens mystique, il dit : « Transmets tout cela aux nations, car le dessein du Seigneur regarde toutes les nations. » Ainsi donc, chrismés de ce saint parfum, gardez-le sans tache et irréprochable en vous, progressant en bonnes œuvres, et cherchant à plaire à l'auteur de notre salut, le Christ Jésus, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

IV Le corps et le sang du Christ

Quatrième catéchèse mystagogique, et lecture de l'Épître aux Corinthiens : « Pour moi, en effet, j'ai reçu du Seigneur ce qu'à mon tour je vous ai transmis », etc.

Institution de l'Eucharistie

Cette instruction du bienheureux Paul suffit, elle aussi, à vous donner pleine certitude sur les divins mystères, dont vous avez été jugés dignes, devenus ainsi un seul corps et un seul sang avec Jésus-Christ. Paul en effet vient de proclamer que « dans la nuit où il fut livré, notre Seigneur Jésus-Christ prit du pain et, ayant rendu grâces, le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. » Et ayant pris le calice et rendu grâces, il dit : « Prenez, buvez, ceci est mon sang. » » Quand donc lui-même a déclaré et dit du pain : « Ceci est mon corps », qui osera hésiter désormais ? Et quand lui-même affirme catégoriquement et dit : « Ceci est mon sang », qui doutera jamais et dira que ce n'est pas son sang ?

Jadis, de son propre vouloir, il changea l'eau en vin à Cana de Galilée, et il ne serait pas digne de foi quand il change le vin en sang ? Appelé à des noces corporelles, il accomplit ce miracle merveilleux, et quand, aux compagnons de l'époux, il donne en présent la jouissance de son corps et de son sang, ne le confesserons-nous pas bien davantage ?

Présence véritable du Christ

C'est donc avec une assurance absolue que nous participons d'une certaine manière au corps et au sang du Christ. Car sous la figure du pain t'est donné le corps et sous la figure du vin t'est donné le sang, afin que tu deviennes, en ayant participé au corps et au sang du Christ, un seul corps et un seul sang avec le Christ. Ainsi devenons-nous des « porte-Christ », son corps et son sang se répandant en nos membres. De cette façon, selon le bienheureux Pierre, nous devenons « participants de la nature divine ».

Jadis le Christ, s'entretenant avec les Juifs, disait : « Si vous ne mangez ma chair et si vous ne buvez mon sang, vous n'avez pas la vie en vous. » Ceux-là n'entendirent pas spirituellement ses paroles et, scandalisés, ils se retirèrent, s'imaginant que le Sauveur les invitait à une manducation charnelle.

Il y avait aussi dans l'Ancien Testament des pains de proposition ; mais ces pains, appartenant au testament ancien, ont pris fin. Dans le testament nouveau, il est un pain céleste et un calice de salut, qui sanctifient l'âme et le corps. Car comme le pain est fait pour le corps, ainsi le Logos s'accorde bien avec l'âme.

Ne t'attache donc pas comme à des éléments naturels au pain et au vin, car ils sont, selon la déclaration du Maître, corps et sang. C'est, il est vrai, ce que te suggèrent les sens ; mais que la foi te rassure. Ne juge pas en ce domaine d'après le goût, mais d'après la foi aie pleine assurance, toi qui as été jugé digne du corps et du sang du Christ.

Préfigurations scripturaires

Le bienheureux David t'explique lui aussi la puissance (de ce mystère) disant : « Tu as apprêté devant moi une table, en face de mes oppresseurs. » Ce qu'il veut dire, c'est ceci : Avant ton avènement, les démons apprêtaient aux hommes une table souillée, contaminée, pleine de la puissance du diable. Mais après ton avènement, ô Maître, tu as apprêté devant moi une table. Quand un homme dit à Dieu : « Tu as apprêté devant moi une table », que veut-il signifier, sinon la table mystique et spirituelle, que Dieu nous a préparée pour faire face, c'est-à-dire face à l'adversaire, en résistance aux démons ? Oui, c'est tout à fait cela. Car la première table comportait la communion aux démons, cette table au contraire la communion à Dieu. « Tu as oint ma tête d'huile. » Il t'a oint la tête d'huile sur le front, à cause du sceau que tu tiens de Dieu, afin que tu deviennes empreinte du sceau, objet consacré à Dieu. « Et ton calice m'enivre comme le meilleur. » Tu vois ici mentionné le calice, que prit Jésus en ses mains, et sur lequel il rendit grâces, et dit : « Ceci est mon sang répandu pour beaucoup en rémission des péchés. »

C'est pourquoi encore Salomon, faisant allusion à cette grâce, dit dans l'Ecclésiaste : « Viens, mange ton pain dans la joie », le pain spirituel. « Viens » : il désigne l'appel qui donne le salut et rend bienheureux. « Et bois ton vin de bon cœur » : le vin spirituel. « Et répands l'huile sur ta tête » : le vois-tu encore faire allusion à la chrismation mystique ? Et « que toujours tes vêtements soient blancs, parce que le Seigneur s'est complu en tes œuvres. » Oui maintenant le Seigneur s'est complu en tes œuvres. Car avant que tu eusses accédé à la grâce, « vanité des vanités », telles étaient tes œuvres. Mais maintenant que tu as dépouillé les vêtements d'autrefois, et que tu as revêtu la blancheur spirituelle, il faut être toujours vêtu de blanc. Nous ne voulons absolument pas dire par là qu'il te faut toujours porter sur toi des vêtements blancs, mais il est nécessaire que tu sois revêtu de la véritable blancheur et de la splendeur spirituelle, afin de dire avec le bienheureux Isaïe : « Que mon âme se réjouisse dans le Seigneur, car il m'a revêtu du vêtement de salut, il m'a enveloppé d'une tunique de joie. »

Tu as reçu l'enseignement et tu as pleine certitude : ce qui paraît du pain n'est pas du pain, bien qu'il soit tel pour le goût, mais le corps du Christ ; et ce qui paraît vin n'est pas du vin, bien que le goût le veuille ainsi, mais le sang du Christ. Et tu sais aussi que David chantait à ce sujet jadis : « Et le pain fortifie le cœur de l'homme, pour que par l'huile sa face brille joyeusement. » Fortifie donc ton cœur, prenant ce pain comme un pain spirituel, et réjouis le visage de ton âme. Et puisses-tu, ce visage découvert en une conscience pure, réfléchir comme un miroir la gloire du Seigneur, et marcher de gloire en gloire dans le Christ Jésus Notre-Seigneur, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

V La célébration eucharistique

Cinquième catéchèse mystagogique, et lecture de l'Épître catholique de Pierre : « Rejetant donc toute malice, fourberie et médisance », etc.

Par la philanthropie de Dieu, dans les précédentes réunions, vous avez suffisamment entendu parler du baptême, de la chrismation et de la participation au corps et au sang du Christ. Maintenant il faut passer à la suite, puisque aujourd'hui nous devons poser le couronnement à l'édifice de votre profit spirituel.

Deux rites préparatoires

Vous avez donc vu le diacre donner l'eau pour se laver les mains au pontife et aux prêtres qui entourent l'autel de Dieu. Ce n'est absolument pas à cause de la souillure corporelle qu'il la leur donnait ; ce n'est pas cela. Car nous n'avions pas de souillure corporelle quand au commencement nous sommes entrés dans l'église. Mais se laver les mains, c'est un symbole qu'il nous faut nous purifier de tous nos péchés et de toutes nos fautes. Comme en effet les mains sont le symbole de l'action, en les lavant, il est clair que nous faisons allusion à la pureté et à l'innocence des actions. N'as-tu pas entendu le bienheureux David te découvrir ce mystère même et dire : « Je laverai mes mains au milieu des innocents, et j'entourerai ton autel, ô Seigneur » ? Ainsi donc, se laver les mains, c'est n'être pas comptable de péchés.

Ensuite le diacre proclame : « Accueillez-vous les uns les autres, et saluons-nous mutuellement. » Ne pense pas que ce baiser soit du même genre que ceux qui se donnent sur la place entre amis ordinaires. Il n'y a là rien de tel. Mais ce baiser unit les âmes entre elles, et il brigue pour elles l'absence de tout ressentiment. Il signifie donc, ce baiser, que les âmes s'unissent et bannissent tout ressentiment. C'est pourquoi le Christ dit : « Si tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande à l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. » Ainsi donc, ce baiser est réconciliation, et pour cette raison il est saint, comme le bienheureux Paul le proclamait quelque part : « Saluez-vous les uns les autres d'un saint baiser », et Pierre : « Saluez-vous les uns les autres d'un baiser de charité. »

Introduction à l'anaphore

Après cela le pontife clame : « Haut les cœurs ! » Vraiment en effet, à cette heure très redoutable, il faut tenir haut son cœur vers Dieu, et non en bas vers la terre et les affaires terrestres. D'autorité donc le pontife enjoint à cette heure à tous de laisser de côté les soucis, les sollicitudes domestiques, et de tenir leur cœur au ciel vers Dieu philanthrope. Vous répondez alors : « Nous les tenons vers le Seigneur », consentant au précepte par cette confession. Que personne ne se trouve là pour dire de bouche : « Nous les tenons vers le Seigneur », alors que dans sa pensée il s'occuperait des soucis de la vie. En tout temps certes, il faut se souvenir de Dieu ; que si cela est impossible à cause de la faiblesse humaine, surtout à cette heure on doit s'y appliquer.

Ensuite le pontife dit : « Rendons grâces au Seigneur. » Vraiment en effet nous devons rendre grâces parce que, étant indignes, il nous a appelés à cette si grande grâce, parce qu'étant ennemis il nous a réconciliés, parce qu'il nous a jugés dignes de l'esprit d'adoption. Vous dites alors : « C'est digne et juste. » Quand nous rendons grâces, en effet, nous faisons une action digne et juste ; lui, ce n'est pas en accomplissant la justice, mais en la dépassant, qu'il nous a fait du bien et nous a jugés dignes de si grands dons.

Anaphore : prière de louange

Après cela nous faisons mention du ciel, de la terre et de la mer, du soleil et de la lune, des étoiles, de toute la création raisonnable et irraisonnable, visible et invisible, des anges, des archanges, des Vertus, Seigneuries, Principautés, Puissances, Trônes, des Chérubins aux multiples visages, et nous disons avec force ce mot de David : « Célébrez le Seigneur avec moi. » Nous faisons mention aussi des Séraphins, qu'en l'Esprit-Saint Isaïe contempla, rangés en cercle autour du trône de Dieu, et de deux ailes voilant leurs visages, et de deux autres voilant leurs pieds, et de deux autres volant, tout en disant : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur des armées. » C'est pourquoi nous disons cette doxologie, qui nous a été transmise des Séraphins, pour que, par la communion de cet hymne, nous soyons associés aux armées célestes.

Épiclèse

Puis une fois sanctifiés nous-mêmes par ces hymnes spirituels, nous supplions le Dieu philanthrope d'envoyer l'Esprit-Saint sur les dons ici déposés, pour faire le pain corps du Christ, et le vin sang du Christ ; car, tout ce que touche l'Esprit-Saint, cela devient sanctifié et transformé.

Intercessions

Ensuite, après qu'a été accompli le sacrifice spirituel, le culte non sanglant, sur cette victime de propitiation, nous invoquons Dieu pour la paix commune des Églises, pour le bon équilibre du monde, pour les empereurs, pour les armées et les alliés, pour les malades, pour les affligés et en un mot, pour tous ceux qui ont besoin de secours, nous prions tous nous aussi et offrons ce sacrifice.

Ensuite, nous faisons mention aussi de ceux qui se sont endormis, d'abord des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, afin que Dieu, grâce à leurs prières et à leurs intercessions, fasse bon accueil à notre supplication. Ensuite, nous prions pour les saints pères et évêques endormis, et en général pour tous ceux qui se sont endormis avant nous, en croyant qu'il y aura très grand profit pour les âmes, en faveur desquelles la supplication est offerte, tandis que se trouve présente la sainte et si redoutable victime.

Je veux encore vous persuader par un exemple. Car j'en sais beaucoup qui disent : Quel avantage y a-t-il pour une âme qui part de ce monde avec des fautes ou sans fautes, qu'on fasse éventuellement mention d'elle à l'offrande eucharistique ? Voyons ! si un roi exilait des gens qui l'ont offensé et qu'ensuite leurs proches, ayant tressé une couronne, la présentaient au roi en faveur des condamnés, ne leur accorderait-il pas la remise de leurs peines ? De la même manière nous aussi, en présentant à Dieu nos supplications pour ceux qui se sont endormis, fussent-ils pécheurs, nous ne tressons pas de couronne, mais nous présentons le Christ immolé pour nos péchés, rendant propice pour eux et pour nous le Dieu philanthrope.

Le Pater

Ensuite après cela, tu dis cette prière que le Sauveur a transmise à ses propres disciples : en une conscience pure tu attribues à Dieu le nom de Père, et tu dis : « Notre Père, qui es aux cieux. » Ô très grande philanthropie de Dieu ! À ceux qui l'avaient abandonné, qui s'étaient trouvés dans les derniers des maux, il a accordé un tel pardon, une telle part de grâces au point d'être même appelé Père. Notre Père qui es aux cieux. Les cieux pourraient bien être aussi ceux qui portent l'image du monde céleste et en qui Dieu habite et se promène.

« Que ton nom soit sanctifié. » Saint est par nature le nom de Dieu, que nous le disions, ou que nous ne le disions pas. Mais puisque chez les pécheurs il arrive parfois que son nom soit profané selon cette parole : « À cause de vous mon nom est continuellement blasphémé parmi les nations », nous demandons qu'en nous soit sanctifié le nom de Dieu : ce n'est pas que ce nom, sans être saint auparavant, arrive à l'être, mais parce qu'il devient saint en nous, quand nous sommes sanctifiés, et que nous accomplissons des actes dignes de sanctification.

« Que ton règne arrive. » Il appartient à une conscience pure de dire avec assurance : que ton règne arrive. Celui qui a entendu Paul dire : « Que le péché ne règne donc pas en votre corps mortel », s'il s'est purifié lui-même en action, en pensée et en parole, dira à Dieu : « Que ton règne arrive. »

« Que ta volonté soit faite comme au ciel, ainsi sur la terre. » Les divins et bienheureux anges de Dieu accomplissent la volonté de Dieu, comme David le chantait : « Bénissez le Seigneur, tous ses anges, héros puissants, qui exécutez sa parole. » Priant donc avec force, tu veux dire ceci : Comme dans les anges se fait ta volonté, que de même aussi sur la terre elle se fasse en moi, ô Maître.

« Notre pain substantiel, donne-le-nous aujourd'hui. » Le pain ordinaire, lui, n'est pas substantiel ; mais ce pain sacré est substantiel, autrement dit distribué pour la substance de l'âme. Ce pain ne s'en va pas dans le ventre et n'est pas rejeté aux lieux d'aisance, mais il se répartit dans toute ta constitution, pour le profit de l'âme et du corps. Quant au mot « aujourd'hui », c'est comme s'il y avait chaque jour, comme Paul le disait encore : « Aussi longtemps qu'est nommé aujourd'hui. »

« Et remets-nous nos dettes, comme nous remettons à nos débiteurs. » Nous avons en effet beaucoup de péchés, car nous trébuchons en paroles, en pensées, et nous faisons un très grand nombre d'actions qui méritent condamnation. « Et si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous mentons », comme dit Jean. Nous instituons un pacte avec Dieu, le priant de nous pardonner nos fautes, comme nous pour notre part pardonnons leurs dettes à notre prochain. Songeons donc à ce que nous recevons, en échange de ce que nous donnons, et sans attendre ni différer, pardonnons-nous les uns aux autres. Les offenses à notre égard sont petites, légères, faciles à effacer, tandis que les nôtres à l'égard de Dieu sont grandes, et nous n'avons d'autre ressource que sa philanthropie. Prends donc garde que pour des fautes petites et légères envers toi, tu ne te fermes à toi-même pour tes très lourds péchés le pardon de Dieu.

« Et ne nous induis pas en tentation », Seigneur. Est-ce cela que le Seigneur nous apprend à demander, que nous ne soyons aucunement tentés ? Comment alors est-il dit ailleurs : L'homme non tenté n'a pas fait ses preuves, et encore : « Estimez joie parfaite, mes frères, quand vous tombez en diverses tentations » ? Mais peut-être entrer en tentation signifie-t-il être submergé par la tentation. La tentation en effet ressemble à un torrent difficile à traverser. Les uns alors ne sont pas submergés dans les tentations, et ils traversent, en excellents nageurs qu'ils sont pour ainsi dire, et sans être nullement entraînés par le torrent. Les autres qui n'ont pas les mêmes qualités, une fois entrés, sont submergés. Ainsi par exemple, Judas, entré en tentation d'avarice, ne passa point à la nage, mais submergé en quelque sorte corporellement et spirituellement, il fut étouffé. Pierre entra en tentation de reniement, mais entré, il ne fut pas submergé et nageant avec force, il se sauva de la tentation. Écoute encore ailleurs le chœur des saints invaincus, rendant grâces d'avoir été soustraits à la tentation : « Tu nous as mis à l'épreuve, ô Dieu ; tu nous as passés au feu, comme on passe au feu l'argent ; tu nous as menés dans le filet ; tu as posé des tribulations sur notre dos ; tu as fait monter des hommes sur nos têtes. Nous avons passé à travers le feu et l'eau, et tu nous as conduits au rafraîchissement. » Les vois-tu parler avec assurance de leur traversée, sans qu'ils se soient enfoncés ? « Et tu nous as conduits au rafraîchissement » : entrer au rafraîchissement, c'est la même chose qu'être sauvé de la tentation.

« Mais délivre-nous du Malin. » Si l'expression : « Ne nous induis pas en tentation », signifiait n'être aucunement tentés, (le Seigneur) ne dirait pas : « Mais délivre-nous du Malin ». Le malin, c'est notre adversaire le démon, dont nous demandons d'être délivrés. Puis la prière achevée, tu dis : « Amen », contresignant par cet Amen, qui signifie « Ainsi soit-il », ce que contient la prière que Dieu nous a enseignée.

Communion

Après cela le pontife dit : « Les choses saintes aux saints. » Saints sont les dons ici déposés, car ils ont reçu la venue de l'Esprit-Saint ; saints vous aussi, qui avez été jugés dignes de l'Esprit-Saint. Les choses saintes donc et les saints : cela va bien ensemble. Alors vous dites : « Un seul Saint, un seul Seigneur, Jésus-Christ. » Vraiment en effet seul il est saint, saint par nature ; car pour nous, si nous sommes saints aussi, nous ne le sommes cependant pas par nature, mais par participation, par exercice et par prière.

Après cela vous entendez le chantre qui vous invite sur une mélodie divine à la communion des saints mystères ; il dit : « Goûtez et voyez que le Seigneur est bon. » Ne confiez pas la sentence à votre gosier corporel, mais à la foi indubitable. Car en goûtant, ce n'est pas du pain et du vin que vous goûtez, mais le corps et le sang du Christ qu'ils signifient.

Quand donc tu t'approches, ne t'avance pas les paumes des mains étendues, ni les doigts disjoints ; mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi, et, dans le creux de ta main, reçois le corps du Christ, disant : « Amen ». Avec soin alors sanctifie tes yeux par le contact du saint corps, puis prends-le et veille à n'en rien perdre. Car ce que tu perdrais, c'est comme si tu étais privé de l'un de tes membres. Dis-moi en effet, si l'on t'avait donné des paillettes d'or, ne les retiendrais-tu pas avec le plus grand soin, prenant garde d'en rien perdre et d'en subir dommage ? Ne veilleras-tu donc pas avec beaucoup plus de soin sur un objet plus précieux que l'or et que les pierres précieuses, afin de n'en pas perdre une miette ?

Ensuite, après avoir communié au corps du Christ, approche-toi aussi du calice de son sang. N'étends pas les mains, mais incliné, et dans un geste d'adoration et de vénération, disant « Amen », sanctifie-toi en prenant aussi du sang du Christ. Et tandis que tes lèvres sont encore humides, effleure-les de tes mains, et sanctifie tes yeux, ton front et tes autres sens. Puis, en attendant la prière, rends grâces à Dieu qui t'a jugé digne de si grands mystères.

Conservez inviolablement ces traditions et gardez-vous vous-mêmes sans achoppement. Ne vous séparez pas vous-mêmes de la communion, et par la souillure du péché ne vous privez pas de ces mystères sacrés et spirituels. Que le Dieu de la paix vous sanctifie totalement, et que votre corps et votre âme et votre esprit soient gardés intacts à l'Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Traduction de Traducteur ancien (XIXᵉ siècle), publiée par la Librairie Alphonse Picard et fils (Paris). Texte établi par Hippolyte Hemmer.

Source numérique : fr.wikisource.org