Catéchisme de l'Église Catholique Catéchisme de l'Église Catholique

Chapitre 1

Je crois en Dieu le Père

198
Notre profession de foi commence par Dieu, car Dieu est « Le premier et Le dernier » 1, le Commencement et la Fin de tout. Le Credo commence par Dieu le Père, parce que le Père est la Première Personne Divine de la Très Sainte Trinité ; notre Symbole commence par la création du ciel et de la terre, parce que la création est le commencement et le fondement de toutes les œuvres de Dieu .

Article 1 — « Je crois en Dieu le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre »

Paragraphe 1 Je crois en Dieu

199
« Je crois en Dieu « : cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier§2083. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est révélé progressivement aux hommes. « Les fidèles font d’abord profession de croire en Dieu » a.

I. « Je crois en un seul Dieu »

200
C’est avec ces paroles que commence le Symbole de Nicée-Constantinople. La confession de l’Unicité de Dieu, qui a sa racine dans la Révélation Divine dans l’Ancienne Alliance, est inséparable de celle de l’existence de Dieu et tout aussi fondamentale. Dieu est Unique§2085 : il n’y a qu’un seul Dieu : « La foi chrétienne confesse qu’il y a un seul Dieu, par nature, par substance et par essence » a.
201
À Israël, son élu, Dieu S’est révélé comme l’Unique : « Écoute, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu§2083 de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force » 1. Par les prophètes, Dieu appelle Israël et toutes les nations à se tourner vers Lui, l’Unique : « Tournez-vous vers Moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre [...]. Oui, devant Moi tout genou fléchira, par Moi jurera toute langue en disant : en Dieu seul sont la justice et la force » 23.
202
Jésus§446 Lui-même confirme que Dieu§42 est « l’unique Seigneur » et qu’il faut L’aimer « de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces » 1. Il laisse en même temps entendre qu’Il est Lui-même « le Seigneur » 2. Confesser que « Jésus est Seigneur§152 » est le propre de la foi chrétienne. Cela n’est pas contraire à la foi en Dieu l’Unique. Croire en l’Esprit Saint « qui est Seigneur et qui donne la Vie » n’introduit aucune division dans le Dieu unique :
Nous croyons fermement et nous affirmons simplement, qu’il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, Tout-Puissant et ineffable, Père et Fils et Saint Esprit : Trois Personnes, mais une Essence, une Substance ou Nature absolument simple 1.

II. Dieu révèle son nom

203
À son peuple Israël Dieu s’est révélé en lui faisant connaître son nom. Le nom§2143 exprime l’essence, l’identité de la personne et le sens de sa vie. Dieu a un nom. Il n’est pas une force anonyme. Livrer son nom, c’est se faire connaître aux autres ; c’est en quelque sorte se livrer soi-même en se rendant accessible, capable d’être connu plus intimement et d’être appelé, personnellement.
204
Dieu s’est révélé progressivement et sous divers noms à son peuple§63, mais c’est la révélation du nom divin faite à Moïse dans la théophanie du buisson ardent, au seuil de l’Exode et de l’alliance du Sinaï qui s’est avérée être la révélation fondamentale pour l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

Le Dieu vivant

205
Dieu appelle Moïse du milieu§2575 d’un buisson qui brûle sans se consumer. Dieu dit à Moïse : « Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu§268 d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » 1. Dieu est le Dieu des pères, Celui qui avait appelé et guidé les patriarches dans leurs pérégrinations. Il est le Dieu fidèle et compatissant qui se souvient d’eux et de Ses promesses ; Il vient pour libérer leurs descendants de l’esclavage. Il est le Dieu qui par-delà l’espace et le temps le peut et le veux et qui mettra Sa Toute Puissance en œuvre pour ce dessein.

« Je suis Celui qui suis »

206
En révélant son nom mystérieux de YHWH, « Je Suis Celui qui Est » ou « Je Suis Celui qui Suis » ou aussi « Je Suis qui Je Suis », Dieu dit Qui Il est et de quel nom on doit L’appeler. Ce nom Divin est mystérieux comme Dieu est mystère. Il est tout à la fois un nom révélé et comme le refus d’un nom, et c’est par là même qu’il exprime§43 le mieux Dieu comme ce qu’Il est, infiniment au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre ou dire : Il est le « Dieu caché » 1, son nom est ineffable 2, et Il est le Dieu qui Se fait proche des hommes :
207
En révélant son nom, Dieu révèle en même temps sa fidélité qui est de toujours et pour toujours, valable pour le passé 1, comme pour l’avenir : 2. Dieu qui révèle son nom comme « Je suis » se révèle comme le Dieu qui est toujours là, présent auprès de son peuple pour le sauver.
208
Devant la présence attirante et mystérieuse de Dieu§388, l’homme découvre sa petitesse. Devant le buisson ardent§724, Moïse ôte ses sandales et se voile le visage 1 face à la Sainteté Divine. Devant la gloire du Dieu§448 trois fois saint, Isaïe s’écrie : « Malheur à moi, je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures » 2. Devant les signes divins que Jésus accomplit, Pierre s’écrie : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur » 3. Mais parce que Dieu est saint, Il peut pardonner à l’homme qui se découvre pécheur devant lui : « Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère [...] car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint » 4. L’apôtre Jean dira de même : « Devant Lui nous apaiseront notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur, et Il connaît tout » 5.
209
Par respect pour sa sainteté, le peuple d’Israël ne prononce pas le nom de Dieu. Dans la lecture de l’Écriture Sainte le nom révélé§446 est remplacé par le titre divin « Seigneur » (Adonaï, en grec Kyrios). C’est sous ce titre que sera acclamée la Divinité de Jésus : « Jésus est Seigneur ».

« Dieu de tendresse et de pitié »

210
Après le péché d’Israël, qui s’est détourné de Dieu§2116 pour adorer le veau d’or 1, Dieu écoute l’intercession de Moïse et accepte de marcher au milieu d’un peuple infidèle, manifestant ainsi son amour 2. À Moïse§2577 qui demande de voir Sa gloire, Dieu répond : « Je ferai passer devant toi toute ma bonté [beauté] et je prononcerai devant toi le nom de YHWH » 3. Et le Seigneur passe devant Moïse et proclame : « YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité » 4. Moïse confesse alors que le Seigneur est un Dieu qui pardonne 5.
211
Le nom divin « Je suis » ou « Il est » exprime la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité du péché des hommes et du châtiment qu’il mérite§604, « garde sa grâce à des milliers » 1. Dieu révèle qu’Il est « riche en miséricorde » 2 en allant jusqu’à donner son propre Fils. En donnant sa vie pour nous libérer du péché, Jésus révélera qu’Il porte Lui-même le nom divin : « quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que ‘Je suis’ » 3.

Dieu seul EST

212
Au cours des siècles, la foi d’Israël a pu déployer et approfondir les richesses contenues dans la révélation du nom divin. Dieu est unique, hormis Lui pas de dieux 1. Il transcende le monde et l’histoire§42. C’est Lui qui a fait le ciel et la terre : « Eux périssent, Toi tu restes ; tous, comme un vêtement ils s’usent [...] mais Toi, le même, sans fin sont tes années » 2. En Lui « n’existe aucun changement, ni l’ombre d’une variation » 3. Il est§469§2086 « Celui qui est », depuis toujours et pour toujours, et c’est ainsi qu’Il demeure toujours fidèle à Lui-même et à ses promesses.
213
La révélation du nom ineffable « Je suis celui qui suis » contient donc la vérité que Dieu§41 seul EST. C’est en ce sens que déjà la traduction des Septante et à sa suite la Tradition de l’Église, ont compris le nom divin : Dieu est la plénitude de l’Être et de toute perfection, sans origine et sans fin. Alors que toutes les créatures ont reçu de Lui tout leur être et leur avoir, Lui seul est son être même et Il est de Lui-même tout ce qu’Il est.

III. Dieu, « Celui qui est », est Vérité et Amour

214
Dieu, « Celui qui est », s’est révélé à Israël comme Celui qui est « riche en grâce et en fidélité » 1. Ces deux termes expriment de façon condensée les richesses du nom divin. Dans toutes ses œuvres Dieu montre sa bienveillance, sa bonté, sa grâce, son amour ; mais aussi§1062 sa fiabilité, sa constance, sa fidélité, sa vérité. « Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité » 23. Il est la Vérité, car « Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres » 4 ; Il est « Amour », comme l’apôtre Jean l’enseigne 5.

Dieu est Vérité

215
« Vérité, le principe de ta parole ! Pour l’éternité, tes justes jugements » 1. « Oui, Seigneur Dieu§1063§156§397, c’est Toi qui es Dieu§2465, tes paroles sont vérité » 2 ; c’est pourquoi les promesses de Dieu se réalisent toujours 3. Dieu est la Vérité même, ses paroles ne peuvent tromper. C’est pourquoi on peut se livrer en toute confiance à la vérité et à la fidélité de sa parole en toutes choses. Le commencement du péché et de la chute de l’homme fut un mensonge du tentateur qui induit à douter de la parole de Dieu, de sa bienveillance et de sa fidélité.
216
La vérité de Dieu est sa sagesse§295 qui commande tout l’ordre§32 de la création et du gouvernement du monde 1. Dieu qui, seul, a créé le ciel et la terre 2, peut seul donner la connaissance véritable de toute chose créée dans sa relation à Lui 3.
217
Dieu est vrai aussi quand Il se révèle : l’enseignement qui vient de Dieu§851§2466 est « une doctrine de vérité » 1. Quand Il enverra son Fils dans le monde ce sera « pour rendre témoignage à la Vérité » 2 : « Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable » 34.

Dieu est Amour

218
Au cours de son histoire, Israël a pu découvrir que Dieu§295 n’avait qu’une raison de s’être révélé à lui et de l’avoir choisi parmi tous les peuples pour être à lui : son amour gratuit 123. Et Israël de comprendre, grâce à ses prophètes, que c’est encore par amour que Dieu n’a cessé de le sauver 4 et de lui pardonner son infidélité et ses péchés 5.
219
L’amour de Dieu pour Israël est comparé à l’amour d’un père pour son fils 1. Cet amour est plus fort que l’amour d’une mère pour ses enfants 2. Dieu§239 aime son Peuple plus qu’un époux sa bien-aimée§796 3 ; cet amour sera vainqueur même des pires infidélités 45 ; il ira jusqu’au don le plus précieux : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils§458 unique » 6.
220
L’amour de Dieu est « éternel » 1 : « Car les montagnes peuvent s’en aller et les collines s’ébranler, mais mon amour pour toi ne s’en ira pas » 2. « D’un amour éternel, je t’ai aimé ; c’est pourquoi je t’ai conservé ma faveur » 3.
221
Saint Jean va encore plus loin lorsqu’il atteste : « Dieu est Amour » 12 : l’Être même de Dieu est Amour. En envoyant§733 dans la plénitude des temps son Fils unique et l’Esprit d’Amour, Dieu§851 révèle son secret le plus intime 34 : Il est Lui-même éternellement échange d’amour : Père, Fils et Esprit Saint, et Il nous a destinés à y avoir part§257.

IV. La portée de la foi en Dieu Unique

222
Croire en Dieu, l’Unique, et L’aimer de tout son être a des conséquences immenses pour toute notre vie :
223
C’est connaître la grandeur et la majesté de Dieu : « Oui, Dieu est si grand qu’Il dépasse notre science » 1. C’est pour cela§400 que Dieu doit être « premier servi » a.
224
C’est vivre en action de grâce : si Dieu est l’Unique, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons vient§2637 de Lui : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » 1. « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’Il m’a fait ? » 2.
225
C’est connaître§356 l’unité§360 et la vraie dignité de tous les hommes : tous, ils sont faits « à l’image et à la ressemblance de Dieu§1700§1934 » 1.
226
C’est bien user des choses créées : la foi en Dieu l’Unique nous amène à user de tout ce qui n’est pas Lui dans§339§2402 la mesure où cela nous rapproche de Lui, et à nous en détacher§2415 dans la mesure où cela nous détourne de Lui 123 :
Mon Seigneur et mon Dieu, prends-moi tout ce qui m’éloigne de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, donne-moi tout ce qui me rapproche de Toi. Mon Seigneur et mon Dieu, détache-moi de moi-même pour me donner tout à Toi 123.
227
C’est faire confiance à Dieu§1723 en §2830toute circonstance, même dans l’adversité. Une prière de Sainte Thérèse de Jésus l’exprime§313§2090 admirablement :
Que rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie
Tout passe / Dieu ne change pas
La patience obtient tout / Celui qui a Dieu
Ne manque de rien / Dieu seul suffit.
a

Paragraphe 2 Le Père

I. « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit »

232
Les chrétiens sont baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » 1. Auparavant ils répondent « Je crois » à la triple§189§1223 interrogation qui leur demande de confesser leur foi au Père, au Fils et à l’Esprit : « La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité » a : CCL 103, 48).
233
Les chrétiens sont baptisés « au nom » du Père et du Fils et du Saint-Esprit et non pas « aux noms » de ceux-ci a car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint : la Très Sainte Trinité.
234
Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui§2157-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi ; il est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la « hiérarchie des§90 vérités de foi » a. « Toute l’histoire du salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint§1449-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché » b.
235
Dans ce paragraphe, il sera exposé brièvement de quelle manière est révélé le mystère de la Bienheureuse Trinité (I), comment l’Église a formulé la doctrine de la foi sur ce mystère (II), et enfin, comment, par les missions divines du Fils et de l’Esprit Saint, Dieu le Père réalise son « dessein bienveillant » de création, de rédemption et de sanctification (III).
236
Les Pères de l’Église distinguent entre la Theologia et l’Oikonomia, désignant par le premier terme le mystère de la vie intime du Dieu§1066-Trinité, par le second toutes les œuvres de Dieu par lesquelles Il Se révèle et communique Sa vie. C’est par l’Oikonomia que nous est révélée la Theologia§259 ; mais inversement, c’est la Theologia qui éclaire toute l’Oikonomia. Les œuvres de Dieu révèlent qui Il est en Lui-même ; et inversement, le mystère de Son Être intime illumine l’intelligence de toutes Ses œuvres. Il en est ainsi, analogiquement, entre les personnes humaines. La personne se montre dans son agir, et mieux nous connaissons une personne, mieux nous comprenons son agir.
237
La Trinité est un mystère de foi au sens strict, un des « mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont révélés d’en haut » a. Dieu certes a laissé des traces de son être trinitaire dans son œuvre de Création et dans sa Révélation au cours de l’Ancien Testament. Mais l’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison et même à la foi d’Israël avant l’Incarnation du Fils de Dieu§50 et la mission du Saint-Esprit.

II. La révélation de Dieu comme Trinité

Le Père révélé par le Fils

238
L’invocation de Dieu comme « Père » est connue dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme « père des dieux et des hommes ». En Israël, Dieu est appelé Père en tant que Créateur du monde 12. Dieu est Père plus encore en raison de l’alliance et du don de la Loi à Israël son « fils premier-né » 3. Il est aussi appelé Père du roi d’Israël 4. Il est tout spécialement « le Père des pauvres », de l’orphelin et de la veuve§2443 qui sont sous sa protection aimante 5.
239
En désignant Dieu§2779 du nom de « Père », le langage de la foi indique principalement deux aspects : que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité 12 qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu§370. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines 3, tout en en étant l’origine et la mesure 45 : Personne n’est père comme l’est Dieu.
240
Jésus§441-445 a révélé que Dieu est « Père » dans un sens inouï : Il ne l’est pas seulement en tant que Créateur, Il est éternellement§2780 Père en relation à son Fils unique, qui éternellement n’est Fils qu’en relation au Père : « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien Le révéler » 1.
241
C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme « le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu » 1, comme « l’image du Dieu invisible » 2, comme « le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance » 3.
242
À leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé en 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils§465 est « consubstantiel » au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa formulation du Credo de Nicée et a confessé « le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père » a.

Le Père et le Fils révélés par l’Esprit

243
Avant sa Pâque, Jésus annonce l’envoi d’un « autre Paraclet » (Défenseur), l’Esprit Saint. À l’œuvre depuis la création (voir Gn 1:2), ayant§683 jadis « parlé par les prophètes » (Symbole de Nicée-Constantinople), il sera maintenant auprès des disciples§2780 et en eux 1, pour les enseigner (voir Jn 14:26) et les conduire « vers la vérité tout entière§687 » 2. L’Esprit Saint est ainsi révélé comme une autre personne divine par rapport à Jésus et au Père.
244
L’origine éternelle de l’Esprit se révèle dans sa mission temporelle. L’Esprit Saint est envoyé aux apôtres et à l’Église aussi bien par le Père au nom du Fils, que par le Fils en personne, une fois retourné auprès du Père 123. L’envoi de la personne de l’Esprit après la glorification de Jésus 4 révèle en plénitude le mystère de la Sainte Trinité§732.
245
La foi apostolique concernant l’Esprit a été confessée par le deuxième Concile œcuménique en 381 à Constantinople : « Nous croyons dans§152 l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père » a. L’Église reconnaît par là le Père comme « la source et l’origine de toute la divinité » b. L’origine éternelle de l’Esprit Saint n’est cependant pas sans lien avec celle du Fils : « L’Esprit Saint qui est la Troisième Personne de la Trinité, est Dieu, un et égale au Père et au Fils, de même substance et aussi de même nature. [...] Cependant, on ne dit pas qu’il est seulement l’Esprit du Père, mais à la fois l’Esprit du Père et du Fils » c. Le Credo du Concile de Constantinople§685 de l’Église confesse : « Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire » d.
246
La tradition latine du Credo confesse que l’Esprit « procède du Père et du Fils (filioque) ». Le Concile de Florence, en 1438, explicite : « Le Saint-Esprit tient son essence et son être à la fois du Père et du Fils et Il procède éternellement de l’Un comme de l’Autre comme d’un seul Principe et par une seule spiration... Et parce que tout ce qui est au Père, le Père Lui-même l’a donné à Son Fils unique en L’engendrant, à l’exception de son être de Père, cette procession même du Saint-Esprit à partir du Fils, Il la tient éternellement de son Père qui L’a engendré éternellement » (DS 1300-1301).
247
L’affirmation du filioque ne figurait pas dans le symbole confessé en 381 à Constantinople. Mais sur la base d’une ancienne tradition latine et alexandrine, le Pape saint Léon l’avait déjà confessée dogmatiquement en 447 a avant même que Rome ne connût et ne reçût, en 451, au Concile de Chalcédoine, le symbole de 381. L’usage de cette formule dans le Credo a été peu à peu admis dans la liturgie latine (entre le VIII e et le XI e siècle). L’introduction du filioque dans le Symbole de Nicée-Constantinople par la liturgie latine constitue cependant, aujourd’hui encore, un différend avec les Églises orthodoxes.
248
La tradition orientale exprime d’abord le caractère d’origine première du Père par rapport à l’Esprit. En confessant l’Esprit comme « issu du Père » 1, elle affirme que celui-ci est issu du Père par le Fils a. La tradition occidentale exprime d’abord la communion consubstantielle entre le Père et le Fils en disant que l’Esprit procède du Père et du Fils (filioque). Elle le dit « de manière légitime et raisonnable » (concile de Florence en 1439 : DS 1302), car l’ordre éternel des personnes divines dans leur communion consubstantielle implique que le Père soit l’origine première de l’Esprit en tant que « principe sans principe » b, mais aussi qu’en tant que Père du Fils unique, Il soit avec Lui « l’unique principe d’où procède l’Esprit Saint » c. Cette légitime complémentarité, si elle n’est pas durcie, n’affecte pas l’identité de la foi dans la réalité du même mystère confessé.

III. La Sainte Trinité dans la doctrine de la foi

La formation du dogme trinitaire

249
La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen du baptême§683. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée§189 dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » 123.
250
Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir§94 sa propre intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient. Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple chrétien.
251
Pour la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique : « substance », « personne » ou « hypostase », « relation », etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à signifier désormais aussi un mystère ineffable, « infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine » a.§570
252
L’Église utilise le terme « substance » (rendu aussi parfois par « essence » ou par « nature ») pour désigner l’être divin dans son unité, le terme « personne » ou « hypostase » pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme « relation » pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence des uns aux autres.

Le dogme de la Sainte Trinité

253
La Trinité est Une. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois personnes : « la Trinité consubstantielle » a. Les§2789 personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier : « Le Père est cela même qu’est le Fils§590, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature » b. « Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine » c.
254
Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles. « Dieu est unique mais non pas solitaire » a. « Père§468§689 », « Fils », « Esprit Saint » ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux : « Celui qui est le Fils n’est pas le Père, et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit n’est celui qui est le Père ou le Fils » b. Ils sont distincts entre eux par leurs relations d’origine : « C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède » c. L’Unité divine est Trine.
255
Les personnes divines sont relatives les unes aux autres. Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle§240 des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les réfèrent les unes aux autres : « Dans les noms relatifs des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit aux deux ; quand on parle de ces trois personnes en considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou substance » a. En effet, « tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de relation » b. « À cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils » c.
256
Aux Catéchumènes de Constantinople, saint§84 Grégoire de Nazianze, que l’on appelle aussi « le Théologien », confie ce résumé de la foi§236§684 trinitaire :
Avant toutes choses, gardez-moi ce bon dépôt, pour lequel je vis et je combats, avec lequel je veux mourir, qui me fait supporter tous les maux et mépriser tous les plaisirs : je veux dire la profession de foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vous la confie aujourd’hui. C’est par elle que je vais tout à l’heure vous plonger dans l’eau et vous en élever. Je vous la donne pour compagne et patronne de toute votre vie. Je vous donne une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière distincte. Divinité sans disparate de substance ou de nature, sans degré supérieur qui élève ou degré inférieur qui abaisse. [...] C’est de trois infinis l’infinie connaturalité. Dieu tout entier chacun considéré en soi-même [...], Dieu les Trois considérés ensemble [...]. Je n’ai pas commencé de penser à l’Unité que la Trinité me baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser à la Trinité que l’unité me ressaisit... a.

IV. Les œuvres divines et les missions trinitaires

257
« O Trinité§758 lumière bienheureuse, O primordiale unité » a ! Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin. Dieu est amour : Père, Fils et Esprit§292 Saint§221§850. Librement Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le « dessein bienveillant » 1 qu’il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé, « nous prédestinant à l’adoption filiale en celui-ci » 2, c’est-à-dire « à reproduire l’image de Son Fils » 3 grâce à « l’Esprit d’adoption filiale » 4. Ce dessein est une « grâce donnée avant tous les siècles » 5, issue immédiatement de l’amour trinitaire. Il se déploie dans l’œuvre de la création, dans toute l’histoire du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l’Esprit, que prolonge la mission de l’Église b.
258
Toute l’économie divine est l’œuvre commune des trois personnes divines. Car de même qu’elle n’a qu’une seule et même nature, la Trinité n’a qu’une seule et même opération a. « Le Père, le Fils et le Saint-Esprit§686 ne sont pas trois principes des créatures mais un seul principe » b. Cependant, chaque personne divine opère l’œuvre commune selon sa propriété personnelle. Ainsi l’Église confesse à la suite du Nouveau Testament 1 : « un Dieu et Père de qui sont toutes choses, un Seigneur Jésus-Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit Saint en qui sont toutes choses » c. Ce sont surtout les missions divines de l’Incarnation du Fils et du don du Saint-Esprit qui manifestent les propriétés des personnes divines.
259
Œuvre à la fois commune et personnelle, toute l’économie divine fait connaître et la propriété des personnes§236 divines et leur unique nature. Aussi, toute la vie chrétienne est communion avec chacune des personnes divines, sans aucunement les séparer. Celui qui rend gloire au Père le fait par le Fils dans l’Esprit Saint ; celui qui suit le Christ, le fait parce que le Père l’attire 1 et que l’Esprit le meut 2.
260
La fin ultime de toute l’économie divine§1721, c’est l’entrée des créatures dans l’unité parfaite de la Bienheureuse Trinité 1. Mais dès maintenant nous sommes§2565 appelés à être habités par la Très Sainte Trinité : « Si quelqu’un m’aime, dit le Seigneur§1050, il gardera ma parole, et mon Père§1997 l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » 2 :
O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère ! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, toute entière, toute éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice (Prière de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité).

Paragraphe 3 Le tout-puissant

268
De tous les attributs divins, seule la Toute-Puissance de Dieu est nommée dans le Symbole : la confesser est d’une grande§222 portée pour notre vie. Nous croyons qu’elle est universelle, car Dieu qui a tout créé 12, régit tout et peut tout ; aimante, car Dieu est notre Père 3 ; mystérieuse, car seule la foi peut la discerner lorsqu’ « elle se déploie dans la faiblesse » 45.
269
Les Saintes Écritures confessent à maintes reprises la puissance universelle de Dieu. Il est appelé « Le Puissant de Jacob » 12, « le Seigneur des armées », « le Fort, le Vaillant » 3. Si Dieu est Tout-Puissant « au ciel et sur la terre » 4, c’est qu’il les a faits. Rien ne lui est donc impossible 56 et il dispose à son gré de son œuvre 7 ; il est le Seigneur de l’univers dont il a établi l’ordre qui lui demeure entièrement soumis et disponible ; il est le Maître de l’histoire : il gouverne les§303 cœurs et les événements selon son gré 8910 : « Ta grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras ? » 11.
270
Dieu est le Père Tout-Puissant. Sa paternité et sa puissance s’éclairent mutuellement. En effet, il montre sa Toute-Puissance paternelle§2777 par la manière dont Il prend soin de nos besoins 1 ; par l’adoption filiale qu’il nous donne 2 ; enfin par sa miséricorde infinie, puisqu’il montre sa puissance au plus haut point en pardonnant§1441 librement les péchés.
271
La Toute-Puissance divine n’est nullement arbitraire : « En Dieu la puissance et l’essence, la volonté et l’intelligence, la sagesse et la justice sont une seule et même chose, de sorte que rien ne peut être dans la puissance divine qui ne puisse être dans la juste volonté de Dieu ou dans sa sage intelligence » a.
272
La foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut-être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal. Or, Dieu le Père a révélé sa Toute§309§412-Puissance de la façon la plus mystérieuse dans l’abaissement volontaire§609 et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal. Ainsi, le Christ crucifié est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » 1. C’est dans la Résurrection et dans l’exaltation du Christ que le Père§648 a « déployé la vigueur de sa force » et manifesté « quelle extraordinaire grandeur revêt sa puissance pour nous les croyants » 2.
273
Seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute-Puissance de Dieu. Cette foi se glorifie de ses faiblesses afin d’attirer sur elle la puissance du Christ 12. De cette foi, la Vierge Marie§148 est le suprême modèle, elle qui a cru que « rien n’est impossible à Dieu » 3 et qui a pu magnifier le Seigneur : « Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom » 4.
274
« Rien n’est donc plus propre à affermir notre Foi et notre Espérance que la conviction profondément gravée dans nos âmes§1814§1817 que rien n’est impossible à Dieu. Car tout ce que [le Credo] nous proposera ensuite à croire, les choses les plus grandes, les plus incompréhensibles, aussi bien que les plus élevées au-dessus des lois ordinaires de la nature, dès que notre raison aura seulement l’idée de la Toute-Puissance divine, elle les admettra facilement§2110 et sans hésitation aucune » a.

Paragraphe 4 Le créateur

279
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » 1. C’est avec ces paroles solennelles que commence l’Écriture Sainte. Le Symbole de la foi reprend ces paroles en confessant Dieu le Père Tout-puissant comme « le Créateur du ciel et de la terre », « de l’univers visible et invisible ». Nous parlerons donc d’abord du Créateur, ensuite de sa création, enfin de la chute du péché dont Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est venu nous relever.
280
La création est le fondement de « tous les desseins salvifiques de Dieu », « le commencement de l’histoire du salut§288 » a qui culmine dans le Christ§1043. Inversement, le mystère du Christ est la lumière décisive sur le mystère de la création ; il révèle la fin en vue de laquelle, « au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » 1 : dès le commencement, Dieu avait en vue la gloire de la nouvelle création dans le Christ 2.
281
C’est pour cela que les lectures de la Nuit Pascale, célébration de la création nouvelle dans le Christ, commencent par le récit§1095 de la création ; de même, dans la liturgie byzantine, le récit de la création constitue toujours la première lecture des vigiles des grandes fêtes du Seigneur. Selon le témoignage des anciens, l’instruction des catéchumènes pour le baptême suit le même chemin ab.

I. La catéchèse sur la Création

282
La catéchèse sur la Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne : car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée : « D’où venons-nous ? » « Où allons-nous ? » « Quelle est notre origine ? » « Quelle est notre fin ? » « D’où vient et où va tout ce qui existe ? » Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation§1730 de notre vie et de notre agir.
283
La question des origines du monde et de l’homme fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques qui ont magnifiquement enrichi§159 nos connaissances sur l’âge et les dimensions du cosmos, le devenir des formes vivantes, l’apparition de l’homme. Ces découvertes nous invitent à admirer d’autant plus§341 la grandeur du Créateur, de lui rendre grâce pour toutes ses œuvres et pour l’intelligence et la sagesse qu’il donne aux savants et aux chercheurs. Avec Salomon, ceux-ci peuvent dire : « C’est Lui qui m’a donné la science vraie de ce qui est, qui m’a fait connaître la structure du monde et les propriétés des éléments [...] car c’est l’ouvrière de toutes choses qui m’a instruit, la Sagesse » 1.
284
Le grand intérêt réservé à ces recherches est fortement stimulé par une question d’un autre ordre, et qui dépasse le domaine propre des sciences naturelles. Il ne s’agit pas seulement de savoir quand et comment a surgi matériellement le cosmos, ni quand l’homme est apparu, mais plutôt de découvrir quel est le sens d’une telle origine : si elle est gouvernée par le hasard, un destin aveugle, une nécessité anonyme, ou bien par un Être transcendant, intelligent et bon, appelé Dieu. Et si le monde provient de la sagesse et de la bonté de Dieu, pourquoi le mal ? D’où vient-il ? Qui en est responsable ? Et y en a-t-il une libération ?
285
Depuis ses débuts, la foi chrétienne a été confrontée à des réponses différentes de la sienne sur la question des origines. Ainsi, on trouve dans les religions et les cultures anciennes de nombreux mythes concernant les origines. Certains philosophes ont dit que tout est Dieu, que le monde est Dieu, ou que le devenir du monde est le devenir de Dieu (panthéisme) ; d’autres ont dit que§295 le monde est une émanation nécessaire de Dieu, s’écoulant de cette source et retournant vers elle ; d’autres encore ont affirmé l’existence de deux principes éternels, le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres, en lutte permanente (dualisme, manichéisme) ; selon certaines de ces conceptions, le monde (au moins le monde matériel) serait mauvais, produit d’une déchéance, et donc à rejeter ou à dépasser (gnose) ; d’autres admettent que le monde ait été fait par Dieu, mais à la manière d’un horloger qui l’aurait, une fois fait, abandonné à lui-même (déisme) ; d’autres enfin n’acceptent aucune origine transcendante du monde, mais y voient le pur jeu d’une matière qui aurait toujours existé (matérialisme). Toutes ces tentatives témoignent de la permanence et de l’universalité de la question des origines. Cette quête est propre à l’homme§28.
286
L’intelligence humaine peut, certes, déjà trouver une réponse à la question des origines. En effet, l’existence de Dieu§32 le Créateur peut être connue avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine a, même si cette connaissance est souvent obscurcie§37 et défigurée par l’erreur. C’est pourquoi la foi vient confirmer et éclairer la raison dans la juste intelligence de cette vérité : « Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent » 1.
287
La vérité de la création est si importante pour toute la vie humaine que Dieu, dans sa tendresse, a voulu révéler à son§107 Peuple tout ce qui est salutaire à connaître à ce sujet. Au-delà de la connaissance naturelle que tout homme peut avoir du Créateur 12, Dieu a progressivement révélé à Israël le mystère de la création. Lui qui a choisi les patriarches, qui a fait sortir Israël d’Égypte, et qui, en élisant Israël, l’a créé et formé 3, il se révèle comme celui à qui appartiennent tous les peuples de la terre, et la terre entière, comme celui qui, seul, « a fait le ciel et la terre » 456.
288
Ainsi, la révélation de la création est inséparable de la révélation et de la réalisation de l’alliance de Dieu, l’Unique, avec son§280 Peuple. La création est révélée comme le premier pas vers cette alliance, comme le premier et universel témoignage de l’amour Tout-Puissant de Dieu 12. Aussi, la vérité de la création s’exprime-t-elle avec une vigueur croissante dans le message des prophètes 3, dans la prière des psaumes 4 et de la liturgie, dans la réflexion de la sagesse 5 du Peuple élu.
289
Parmi toutes les paroles de l’Écriture Sainte sur la création, les trois premiers chapitres de la Genèse tiennent une place§390 unique. Du point de vue littéraire ces textes peuvent avoir diverses sources. Les auteurs inspirés les ont placés au commencement de l’Écriture de sorte qu’ils expriment, dans leur langage solennel, les vérités de la création, de son origine et de sa fin en Dieu, de son ordre et de sa bonté, de la vocation de l’homme, enfin du drame du péché et de l’espérance du salut. Lues à la lumière du Christ, dans§111 l’unité de l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église, ces paroles demeurent la source principale pour la catéchèse des mystères du « commencement » : création, chute, promesse du salut.

II. La création – œuvre de la Sainte Trinité

290
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » 1 : trois choses sont affirmées dans ces premières paroles de l’Écriture : le Dieu éternel a posé un commencement à tout ce qui existe en dehors de lui. Lui seul est créateur §326sujet Dieu). La totalité de ce qui existe (exprimé par la formule « le ciel et la terre ») dépend de Celui qui lui donne d’être.
291
« Au commencement était le Verbe [...] et le Verbe était Dieu. [...] Tout a été fait par lui et sans§241 lui rien n’a été fait » 1. Le Nouveau Testament révèle que Dieu a tout créé par le Verbe Éternel, son Fils bien-aimé. C’est en lui « qu’ont été créées toutes choses, dans§331 les cieux et sur la terre [...] tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui » 2. La foi de l’Église affirme de même l’action créatrice de l’Esprit Saint : il est le « donateur de vie » (Symbole de Nicée-Constantinople), « l’Esprit Créateur » §703 »), la « Source de tout bien » (Liturgie byzantine, Tropaire des vêpres de Pentecôte).
292
Insinuée dans l’Ancien Testament 123, révélée dans la Nouvelle Alliance, l’action créatrice du Fils et de l’Esprit, inséparablement une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi de l’Église : « Il n’existe qu’un seul Dieu [...] : il est le Père, il est Dieu, il est le Créateur, il est l’Auteur, il est l’Ordonnateur. Il a fait toutes choses par lui-même, c’est-à-dire par son Verbe et par sa Sagesse » a, « par le Fils et l’Esprit » qui sont comme§699 « ses mains » b. La création est l’œuvre commune de la Sainte Trinité§257.

III. « Le monde a été créé pour la gloire de Dieu »

293
C’est une vérité fondamentale que l’Écriture et la Tradition ne cessent d’enseigner et de célébrer : « Le monde a été créé pour la gloire§344 de Dieu » a. Dieu§337§1361 a créé§759 toutes choses, explique saint Bonaventure, « non pour accroître la Gloire, mais pour manifester et communiquer cette gloire » b. Car Dieu n’a pas d’autre raison pour créer que son amour et sa bonté : « C’est la clef de l’amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures » c Et le premier Concile du Vatican explique :
Dans sa bonté et par sa force toute-puissante, non pour augmenter sa béatitude, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu’il accorde à ses créatures, ce seul vrai Dieu a, dans le plus libre dessein, tout ensemble, dès le commencement du temps, créé de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle a.
294
La gloire de Dieu c’est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue desquelles le monde a été§2809 créé. Faire de nous « des fils adoptifs par Jésus-Christ : tel fut le dessein bienveillant de Sa volonté à la louange de gloire de sa grâce » 1 : « Car la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision§1722 de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu » a. La fin ultime de la création, c’est que Dieu, « qui est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ‘tout en tous’ 2, en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude§1992 » b.

IV. Le mystère de la création

Dieu crée par sagesse et par amour

295
Nous croyons que Dieu a créé le monde selon sa sagesse 1. Il n’est pas le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Nous croyons qu’il procède de la volonté libre de Dieu qui a voulu faire participer les créatures à son être, sa sagesse et sa bonté : « Car§216§1951 c’est toi qui créas toutes choses ; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées » 2. « Que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur ! Toutes avec sagesse tu les fis » 3. « Le Seigneur est bonté envers tous, ses tendresses vont à toutes ses œuvres » 4.

Dieu crée « de rien »

296
Nous croyons que Dieu n’a besoin de rien de préexistant ni d’aucune aide pour créer a. La création n’est pas non§285 plus une émanation nécessaire de la substance divine b. Dieu crée librement « de rien » c1 :
Quoi d’extraordinaire si Dieu avait tiré le monde d’une matière préexistante ? Un artisan humain, quand on lui donne un matériau, en fait tout ce qu’il veut. Tandis que la puissance de Dieu se montre précisément quand il part du néant pour faire tout ce qu’il veut a.
297
La foi en la création « de rien » est attestée dans l’Écriture comme une vérité pleine de promesse et d’espérance. Ainsi la mère§338 des sept fils les encourage au martyre :
Je ne sais comment vous êtes apparus dans mes entrailles ; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de l’esprit et de la vie ; ce n’est pas moi qui ai organisé les éléments qui composent chacun de vous. Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois [...]. Mon enfant, regarde le ciel et la terre et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de rien et que la race des hommes est faite de la même manière 12.
298
Puisque Dieu peut créer de rien, il peut, par l’Esprit Saint, donner la vie de l’âme à des pécheurs en créant§1375 en eux un cœur pur 1, et la vie du corps aux défunts par la Résurrection, Lui§992 « qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence » 2. Et puisque, par sa Parole, il a pu faire resplendir la lumière des ténèbres 3, il peut aussi donner la lumière de la foi à ceux qui l’ignorent 4.

Dieu crée un monde ordonné et bon

299
Puisque Dieu crée avec sagesse, la création est ordonnée : « Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids » 1. Créée dans§339 et par le Verbe éternel, « image du Dieu invisible » 2, elle est destinée, adressée à l’homme, image de Dieu 3, appelé à une relation personnelle avec Dieu. Notre intelligence, participant à la lumière de l’Intellect divin, peut entendre ce que Dieu nous dit par sa création 4, certes§41§1147 non sans grand effort et dans un esprit d’humilité et de respect devant le Créateur et son œuvre 5. Issue de la bonté divine, la création participe à cette bonté 6. Car la création est voulue par Dieu comme un don adressé à l’homme, comme un héritage qui§358 lui est destiné et confié. L’Église a dû, à maintes reprises, défendre la bonté de la création, y compris§2415 du monde matériel a78910.

Dieu transcende la création et lui est présent

300
Dieu est infiniment plus grand que toutes ses œuvres 1 : « Sa majesté est plus haute que les cieux » 2, « à sa grandeur§42§223 point de mesure » 3. Mais parce qu’Il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent au plus intime de ses créatures : « En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » 4. Selon les paroles de saint Augustin, Il est « plus haut que le plus haut de moi, plus intime que le plus intime » a.

Dieu maintient et porte la création

301
Avec la création, Dieu n’abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d’être et d’exister, il la maintient à chaque instant dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son§1951§396 terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance :
Oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie 1.

V. Dieu réalise son dessein : la divine providence

302
La création a sa bonté et sa perfection propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (« in statu viæ ») vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection :
Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu’Il a créé, « atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur » (Sg 8:1). Car « toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux » 1, même celles que l’action libre des créatures produira 2.
303
Le témoignage de l’Écriture est unanime : la sollicitude de la divine providence est concrète et immédiate, elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu’aux grands événements du monde et de l’histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements : « Notre Dieu, au ciel et sur la terre§269, tout ce qui lui plaît, Il le fait » 1 ; et du Christ il est dit : « S’Il ouvre, nul ne fermera, et s’Il ferme, nul n’ouvrira » 2 ; « Il y a beaucoup de pensées dans le cœur de l’homme, seul le dessein de Dieu se réalisera » 3.
304
Ainsi voit-on l’Esprit Saint, auteur principal de l’Écriture Sainte, attribuer souvent des actions à Dieu, sans mentionner des causes secondes. Ce n’est pas là « une façon de parler » primitive, mais une manière profonde de rappeler la primauté de Dieu et sa Seigneurie absolue sur l’histoire et le monde 1234 et d’éduquer ainsi à la confiance§2568 en Lui. La prière des Psaumes est la grande école de cette confiance 56789.
305
Jésus demande un abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de sens enfants§2115 : « Ne vous inquiétez donc pas en disant : qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? [...] Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » 12.

La providence et les causes secondes

306
Dieu est le Maître souverain de son dessein. Mais pour sa réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures. Ceci n’est§1884 pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures d’exister, il leur donne aussi la dignité d’agir elles-mêmes, d’être causes et principes les unes des autres§1951 et de coopérer ainsi à l’accomplissement de son dessein.
307
Aux hommes, Dieu accorde même de pouvoir participer librement à sa providence en leur confiant la responsabilité de « soumettre » la terre§106§373 et de la dominer 1. Dieu donne ainsi aux hommes§1954 d’être causes intelligentes et libres pour compléter l’œuvre de la Création, en parfaire l’harmonie§2427 pour leur bien et celui de leur prochains. Coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi§2738 par leurs souffrances 2. Ils deviennent alors pleinement « collaborateurs de Dieu » 34 et de son Royaume§618§1505 5.
308
C’est une vérité inséparable de la foi en Dieu le Créateur : Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes secondes : « Car c’est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins » 12. Loin de diminuer la dignité de la créature, cette vérité la rehausse. Tirée du néant par la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, elle ne peut rien§970 si elle est coupée de son origine, car « la créature sans le Créateur s’évanouit » a ; encore moins peut-elle atteindre sa fin ultime sans l’aide de la grâce 345.

La providence et le scandale du mal

309
Si Dieu le Père Tout-puissant, Créateur du monde ordonné et bon, prend soin de toutes ses créatures, pourquoi le mal§164§385 existe-t-il ? À cette question aussi pressante qu’inévitable, aussi douloureuse que mystérieuse, aucune réponse rapide ne saura suffire. C’est l’ensemble de la foi chrétienne qui constitue la réponse à cette question : la bonté de la création, le drame du péché, l’amour patient de Dieu qui vient au devant de l’homme par ses alliances, par l’Incarnation rédemptrice de son Fils, par le don de l’Esprit, par le rassemblement de l’Église, par la force des sacrements, par l’appel à une vie bienheureuse à laquelle les créatures libres sont invitées d’avance à consentir, mais à laquelle elles peuvent aussi d’avance, par un mystère terrible, se dérober. Il n’y a pas un trait du message chrétien qui ne soit pour une part§2805 une réponse à la question du mal.
310
Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister ? Selon sa puissance infinie, Dieu§412§1042-1050 pourrait toujours créer quelque chose de meilleur a. Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde « en état de voie » vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi§342 le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe donc aussi le mal physique, aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection b.
311
Les anges et les hommes, créatures intelligentes et libres, doivent cheminer vers leur destinée ultime par choix§396 libre et amour de préférence. Ils peuvent donc se dévoyer. En fait, ils ont péché. C’est§1849 ainsi que le mal moral est entré dans le monde, sans commune mesure plus grave que le mal physique. Dieu n’est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral ab. Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien :
Car le Dieu Tout-puissant [...], puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même ab.
312
Ainsi, avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d’un mal, même moral, causé par ses créatures : « Ce n’est pas vous, dit Joseph à ses frères, qui m’avez envoyé ici, c’est Dieu ; [...] le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin de [...] sauver la vie d’un peuple nombreux » 123. Du mal moral le plus grand qui ait jamais§598-600 été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causé par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce 4, a tiré le plus grand des§1994 biens : la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n’en devient pas pour autant un bien.
313
« Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu§227 » 1. Le témoignage des saints ne cesse de confirmer cette vérité :
Ainsi, sainte Catherine de Sienne dit à « ceux qui se scandalisent et se révoltent de ce qui leur arrive » : « Tout procède de l’amour, tout est ordonné au salut de l’homme, Dieu ne fait rien que dans ce but » 1.
Et saint Thomas More, peu avant son martyre, console sa fille : « Rien ne peut arriver que Dieu ne l’ait voulu. Or, tout ce qu’il veut, si mauvais que cela puisse nous paraître, est cependant ce qu’il y a de meilleur pour nous » a.
Et Lady Julian of Norwich : « J’appris donc, par la grâce de Dieu, qu’il fallait m’en tenir fermement à la foi, et croire avec non moins de fermeté que toutes choses seront bonnes... Et tu verras que toutes choses seront bonnes ». « Thou shalt see thyself that all MANNER of thing shall be well » b.
314
Nous croyons fermement que Dieu est le Maître du monde et de l’histoire. Mais les chemins de sa providence nous sont souvent inconnus. Ce n’est qu’au terme, lorsque prendra fin notre connaissance§1040 partielle, lorsque nous verrons Dieu « face à face » 1, que les voies nous seront pleinement connues, par lesquelles, même à travers les drames du mal et du péché, Dieu aura conduit sa création jusqu’au repos de ce Sabbat 2 définitif, en vue§2550 duquel Il a créé le ciel et la terre.

Paragraphe 5 Le ciel et la terre

325
Le Symbole des apôtres professe que Dieu est « le Créateur du ciel et de la terre », et le Symbole de Nicée-Constantinople explicite : « ... de l’univers visible et invisible ».
326
Dans l’Écriture Sainte, l’expression « ciel et terre » signifie : tout ce qui existe, la création toute entière. Elle indique§290 aussi le lien, à l’intérieur de la création, qui à la fois unit et distingue ciel et terre : « La terre », c’est le monde des hommes 1 « Le ciel » ou « les cieux » peut désigner§1023§2794 le firmament 2, mais aussi le « lieu » propre de Dieu : « notre Père aux cieux » 34 et, par conséquent, aussi le « ciel » qui est la gloire eschatologique. Enfin, le mot « ciel » indique le « lieu » des créatures spirituelles – les anges – qui entourent Dieu.
327
La profession de foi du quatrième Concile du Latran affirme que Dieu « a tout ensemble, dès le commencement du temps, créé§296 de rien l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire les anges et le monde terrestre ; puis la créature humaine qui tient des deux, composée qu’elle est d’esprit et de corps » ab.

I. Les Anges

L’existence des anges – une vérité de foi

328
L’existence des êtres spirituels, non corporels, que l’Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité§150 de foi. Le témoignage de l’Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition.

Qui sont-ils ?

329
Saint Augustin dit à leur sujet : « ‘Ange’ désigne la fonction, non pas la nature. Tu demandes comment s’appelle cette nature ? – Esprit. Tu demandes la fonction ? – Ange ; d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il fait, c’est un ange » a. De tout leur être, les anges sont serviteurs et messagers de Dieu. Parce qu’ils contemplent « constamment la face de mon Père qui est aux cieux » 1, ils sont « les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa parole » 2.
330
En tant que créatures purement spirituelles, ils ont intelligence et volonté : ils sont des créatures personnelles a et immortelles 1. Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L’éclat de leur gloire en témoigne 2.

Le Christ « avec tous ses anges »

331
Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges ... » 1. Ils sont à Lui parce que créés par et pour lui : « Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux§291 et sur la terre, les visibles et les invisibles : trônes, seigneuries, principautés, puissances ; tout a été créé par lui et pour lui » 2. Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut : « Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut ? » 3.
332
Ils sont là, dès la création 1 et tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation : ils ferment le paradis terrestre 2, protègent Lot 3, sauvent Agar et son enfant 4, arrêtent la main d’Abraham 5, la loi est communiquée par leur ministère 6, ils conduisent le Peuple de Dieu 7, ils annoncent naissances 8 et vocations 910, ils assistent les prophètes 11, pour ne citer que quelques exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui annonce la naissance du Précurseur et celle de Jésus lui-même 1213.
333
De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges. Lorsque Dieu « introduit le Premier-né dans le monde, il dit : ‘Que tous les anges de Dieu l’adorent’ » 1. Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange de l’Église : « Gloire à Dieu... » 2. Ils protègent l’enfance de Jésus§559 345, servent Jésus au désert 67, le réconfortent dans l’agonie 8, alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis 9 comme jadis Israël 1011. Ce sont encore les anges qui « évangélisent » 12 en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation 13, et de la Résurrection 14 du Christ. Ils seront là au retour du Christ qu’ils annoncent 15, au service de son jugement 161718.

Les anges dans la vie de l’Église

334
D’ici là toute la vie de l’Église bénéficie de l’aide mystérieuse et puissante des anges 12345.
335
Dans sa liturgie, l’Église se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint ; elle invoque leur assistance §1138In Paradisum deducant te angeli... de la Liturgie des défunts [OEx 50], ou encore dans l’« Hymne chérubinique » de la Liturgie byzantine [a, elle fête plus particulièrement la mémoire de certains anges b.
336
Du début (de l’existence) 1 au trépas 2, la vie humaine est entourée de leur garde 34 et de leur intercession 567. « Chaque fidèle§1020 a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie » a. Dès ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu.

II. Le Monde visible

337
C’est Dieu§290 lui-même qui a créé le monde§293 visible dans toute sa richesse, sa diversité et son ordre. L’Écriture présente l’œuvre du Créateur symboliquement comme une suite de six jours « de travail » divin qui s’achèvent sur le « repos » du septième jour 12. Le texte sacré enseigne, au sujet de la création, des vérités révélées par Dieu pour notre salut a qui permettent de « reconnaître la nature profonde de la création, sa valeur et sa finalité qui est la gloire de Dieu » b :
338
Il n’existe rien qui ne doive son existence à Dieu créateur. Le monde a commencé quand il a été tiré du néant par§297 la parole de Dieu ; tous les êtres existants, toute la nature, toute l’histoire humaine s’enracinent en cet événement primordial : c’est la genèse même par laquelle le monde est constitué, et le temps commencé a.
339
Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres. Pour chacune des œuvres des « six jours » il est dit§2501 : « Et Dieu vit que cela était bon ». « C’est en vertu de la création même que toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité, leur excellence propre§299 avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques » a. Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses, qui méprise§226 le Créateur et entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour leur ambiance.
340
L’interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau§1937 : les innombrables diversités et inégalités signifient qu’aucune créature ne se suffit à elle-même, qu’elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres.
341
La beauté de l’univers : L’ordre et l’harmonie du monde créé résultent de la diversité des êtres et des relations qui existent entre eux. L’homme les découvre progressivement comme lois de la nature. Ils font§283 l’admiration des savants. La beauté de la création reflète l’infinie beauté du Créateur§2500. Elle doit inspirer le respect et la soumission de l’intelligence de l’homme et de sa volonté.
342
La hiérarchie des créatures est exprimée par l’ordre des « six jours », qui va du moins parfait au plus parfait. Dieu aime§310 toutes ses créatures 1, il prend soin de chacune, même des passereaux. Néanmoins, Jésus dit : « Vous valez mieux qu’une multitude de passereaux » 2, ou encore : « Un homme vaut plus qu’une brebis » 3.
343
L’homme est le sommet de l’œuvre de la création. Le récit inspiré l’exprime en distinguant nettement la création de l’homme de celle des§355 autres créatures 1.
344
Il existe une solidarité entre toutes les créatures§2416 du fait qu’elles ont toutes le même Créateur, et que toutes sont ordonnées§293§1939 à sa gloire :§1218
Loué sois-tu, Seigneur, dans toutes tes créatures,
spécialement messire le frère Soleil,
par qui tu nous donnes le jour la lumière ;
il est beau, rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. [...]
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Eau,
qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste [...]
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits
avec les fleurs diaprées et les herbes. [...]
Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâce et servez-le
en toute humilité.
a
345
Le Sabbat – fin de l’œuvre des « six jours ». Le texte sacré dit que « Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’Il avait fait§2168 » et qu’ainsi « le ciel et la terre furent achevés », et que Dieu, au septième jour, « chôma » et qu’Il sanctifia et bénit ce jour 1. Ces paroles inspirées sont riches en enseignements salutaires :
346
Dans la création Dieu a posé un fondement et des lois qui demeurent stables 1, sur lesquels le croyant pourra s’appuyer avec confiance§2169, et qui lui seront le signe et le gage de la fidélité inébranlable de l’alliance de Dieu 23. De son côté, l’homme devra rester fidèle à ce fondement et respecter les lois que le Créateur y a inscrites.
347
La création§1145-1152 est faite en vue du Sabbat et donc du culte et de l’adoration de Dieu. Le culte est inscrit dans l’ordre de la création 1. « Ne rien préférer au culte de Dieu », dit la règle de saint Benoît a, indiquant ainsi le juste ordre des préoccupations humaines.
348
Le Sabbat est au cœur de la loi d’Israël. Garder les commandements, c’est correspondre à la sagesse et à la volonté de Dieu exprimées dans§2172 son œuvre de création.
349
Le huitième jour. Mais pour nous, un jour nouveau s’est levé : le jour de la Résurrection du Christ. Le septième jour achève la première§2174 création. Le huitième jour commence la nouvelle création. Ainsi§1046, l’œuvre de la création culmine en l’œuvre plus grande de la rédemption. La première création trouve son sens et son sommet dansla nouvelle création dans le Christ, dont la splendeur dépasse celle de la première a.

Paragraphe 6 L’homme

355
« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu§1700 il le créa, homme§343 et femme il les créa » 1. L’homme tient une place unique dans la création : il est « à l’image de Dieu » (I) ; dans sa propre nature il unit le monde spirituel et le monde matériel (II) ; il est créé « homme et femme » (III) ; Dieu l’a établi dans son amitié (IV).

I. « À l’image de Dieu »

356
De toutes les créatures visibles, seul l’homme est « capable de connaître§225 et d’aimer son Créateur » a ; il est « la seule créature§1703§2258 sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » b ; lui seul est appelé à partager, par la connaissance et l’amour§295, la vie de Dieu. C’est à cette fin qu’il a été créé, et c’est là la raison fondamentale de sa dignité :
Quelle raison T’a fait constituer l’homme en si grande dignité ? L’amour inestimable par lequel Tu as regardé en Toi-même Ta créature, et Tu T’es épris d’elle ; car c’est par amour que Tu l’as créée, c’est par amour que Tu lui as donné un être capable de goûter Ton Bien éternel a.
357
Parce qu’il est à l’image de Dieu l’individu humain a la dignité de personne : il n’est pas seulement quelque chose§1935, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion§1877 avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place.
358
Dieu§299§901 a tout créé pour l’homme a, mais l’homme a été créé pour servir et aimer Dieu et pour Lui offrir toute la création :
Quel est donc l’être qui va venir à l’existence entouré d’une telle considération ? C’est l’homme, grande et admirable figure vivante, plus précieux aux yeux de Dieu que la création toute entière : c’est l’homme, c’est pour lui qu’existent le ciel et la terre et la mer et la totalité de la création, et c’est à son salut que Dieu a attaché tant d’importance qu’il n’a même pas épargné son Fils unique pour lui. Car Dieu n’a pas eu de cesse de tout mettre en œuvre pour faire monter l’homme jusqu’à lui et le faire asseoir à sa droite a.
359
« En réalité, c’est seulement§388 dans le mystère du Verbe incarné que s’éclaire véritablement le mystère de l’homme§1701 » a :§411
Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain : Adam et le Christ... Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie ; le dernier est un être spirituel qui donne la vie. Le premier a été créé par le dernier, de qui il a reçu l’âme qui le fait vivre... Le second Adam a établi son image dans le premier Adam alors qu’il le modelait. De là vient qu’il en a endossé le rôle et reçu le nom, afin de ne pas laisser perdre ce qu’il avait fait à son image. Premier Adam, dernier Adam : le premier a commencé, le dernier ne finira pas. Car le dernier est véritablement le premier, comme il l’a dit lui-même : « Je suis le Premier et le Dernier » a.
360
Grâce à la communauté d’origine le genre humain§404§775§831§842 forme une unité. Car Dieu§225 « a fait sortir d’une souche unique toute la descendance des hommes » 12 :
Merveilleuse vision qui nous fait contempler le genre humain dans l’unité de son origine en Dieu [...] ; dans l’unité de sa nature, composée pareillement chez tous d’un corps matériel et d’une âme spirituelle ; dans l’unité de sa fin immédiate et de sa mission dans le monde ; dans l’unité de son habitation : la terre, des biens de laquelle tous les hommes, par droit de nature, peuvent user pour soutenir et développer la vie ; unité de sa fin surnaturelle : Dieu même, à qui tous doivent tendre ; dans l’unité des moyens pour atteindre cette fin ; [...] dans l’unité de son rachat opéré pour tous par le Christ 12.
361
« Cette loi de solidarité humaine et de charité§1939 » a, sans exclure la riche variété des personnes, des cultures et des peuples, nous assure que tous les hommes sont vraiment frères.

II. « Un de corps et d’âme »

362
La personne humaine§2332, créée à l’image de Dieu, est un être à la fois corporel et spirituel§1146. Le récit biblique exprime cette réalité avec un langage symbolique, lorsqu’il affirme que « Dieu modela l’homme avec la glaise du sol ; il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » 1. L’homme tout entier est donc voulu par Dieu.
363
Souvent, le terme âme désigne dans l’Écriture Sainte la vie humaine 12 ou toute la personne humaine§1703 3. Mais il désigne aussi ce qu’il y a de plus intime en l’homme 45 et de plus grande valeur en lui 67, ce par quoi il est plus particulièrement image de Dieu : « âme » signifie le principe spirituel en l’homme.
364
Le corps§2289 de l’homme participe à la dignité de l’« image de Dieu » : il est corps humain précisément parce qu’il est animé§1004 par l’âme spirituelle, et c’est la personne humaine toute entière qui est destinée à devenir, dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit 12 :
Corps et âme, mais vraiment un, l’homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour 12.
365
L’unité de l’âme et du corps est si profonde que l’on doit considérer l’âme comme la « forme » du corps a ; c’est-à-dire, c’est grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière est un corps humain et vivant ; l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature.
366
L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu ab – elle n’est pas « produite » par les parents – ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle§1005§997 c : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale.
367
Parfois il se trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit. Ainsi saint Paul prie pour que notre « être tout entier§2083, l’esprit, l’âme et le corps » soit gardé sans reproche à l’Avènement du Seigneur 1. L’Église enseigne que cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme a. « Esprit » signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle bc, et que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu d.
368
La tradition spirituelle de l’Église insiste aussi sur le cœur§478§2517§2562, au sens§582 biblique de « fond de l’être » 1 où la personne se décide ou non pour§1431§1764 Dieu 2345678.

III. « Homme et femme il les créa »

Égalité et différence voulues par Dieu

369
L’homme et la femme sont créés, c’est-à-dire ils sont voulus par Dieu : dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. « Être homme », « être femme » est une réalité bonne et voulue par Dieu : l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur 12. L’homme et la femme sont, avec une même dignité, « à l’image de Dieu ». Dans leur « être-homme » et leur « être-femme », ils reflètent la sagesse et la bonté du Créateur.
370
Dieu n’est aucunement à l’image de l’homme. Il n’est ni homme ni femme. Dieu est pur esprit en lequel il n’y a pas place pour§42§239 la différence des sexes. Mais les « perfections » de l’homme et de la femme reflètent quelque chose de l’infinie perfection de Dieu : celles d’une mère 123 et celles d’un père et époux 45.

« L’un pour l’autre » – « une unité à deux »

371
Créés ensemble, l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre. La Parole de Dieu nous le fait entendre§1605 par divers traits du texte sacré. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » 1. Aucun des animaux ne peut être ce « vis-à-vis » de l’homme 2. La femme que Dieu « façonne » de la côte tirée de l’homme et qu’il amène à l’homme, provoque de la part de l’homme un cri d’admiration, une exclamation d’amour et de communion : « C’est l’os de mes os et la chair de ma chair » 3. L’homme découvre la femme comme un autre « moi », de la même humanité.
372
L’homme et la femme sont faits « l’un pour l’autre » : non pas que Dieu ne les aurait faits qu’« à moitié » et « incomplets » ; Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être « aide » pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes (« os de mes os... ») et complémentaires en tant que masculin et féminin a. Dans le mariage§1652, Dieu§2366 les unit de manière que, en formant « une seule chair » 1, ils puissent transmettre la vie humaine : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre » 2. En transmettant à leur descendants la vie humaine, l’homme et la femme comme époux et parents, coopèrent d’une façon unique à l’œuvre du Créateur b.
373
Dans le dessein de Dieu, l’homme et la femme ont la vocation de « soumettre » la terre§307 1 comme « intendants » de Dieu. Cette souveraineté ne doit pas être une domination§2415 arbitraire et destructrice. À l’image du Créateur « qui aime tout ce qui existe » 2, l’homme et la femme sont appelés à participer à la Providence divine envers les autres créatures. De là, leur responsabilité pour le monde que Dieu leur a confié.

IV. L’homme au Paradis

374
Le premier homme n’a pas seulement été créé bon, mais il a été constitué dans une amitié avec son Créateur§54 et une harmonie avec lui-même et avec la création autour de lui telles qu’elles ne seront dépassées que par la gloire de la nouvelle création dans le Christ.
375
L’Église, en interprétant de manière authentique le symbolisme du langage biblique à la lumière du Nouveau Testament et de la Tradition, enseigne que nos premiers parents Adam et Ève ont été constitué dans un état « de sainteté et de justice originelle » a. Cette grâce§1997 de la sainteté originelle était une « participation à la vie divine » b.
376
Par le rayonnement de cette grâce toutes les dimensions de la vie de l’homme étaient confortées. Tant qu’il demeurait dans l’intimité divine, l’homme ne devait ni mourir 12, ni souffrir 3. L’harmonie intérieure de la personne§1008§1502 humaine, l’harmonie entre l’homme et la femme 4, enfin l’harmonie entre le premier couple et toute la création constituait l’état appelé « justice originelle ».
377
La « maîtrise » du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de soi. L’homme était intact et ordonné dans tout son§2514 être, parce que libre de la triple concupiscence 1 qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison.
378
Le signe de la familiarité avec Dieu, c’est que Dieu le place dans le jardin 1. Il y vit « pour cultiver le sol et le garder » 2 : le travail§2415§2427 n’est pas une peine 3, mais la collaboration de l’homme et de la femme avec Dieu dans le perfectionnement de la création visible.
379
C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents.

Paragraphe 7 La chute

385
Dieu est infiniment bon et toutes ses œuvres sont bonnes. Cependant, personne n’échappe à l’expérience de la souffrance, des maux dans la nature – qui apparaissent comme liés aux limites propres des créatures –, et surtout à la question du mal moral. D’où vient le mal ? « Je cherchais§309 d’où vient le mal et je ne trouvais pas de solution » dit saint Augustin a, et sa propre quête douloureuse ne trouvera d’issue que dans sa conversion au Dieu vivant. Car « le mystère de l’iniquité » 1 ne s’éclaire qu’à la lumière du mystère de la piété 2. La révélation de l’amour divin dans le Christ a manifesté§457 à la fois l’étendue du mal et la surabondance de la grâce 3. Nous devons donc considérer la question de l’origine du mal en fixant le regard de notre§1848§539 foi sur Celui qui, seul, en est le Vainqueur 456.

I. Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé

La réalité du péché

386
Le péché est présent dans l’histoire de l’homme : il serait vain de tenter de l’ignorer ou de donner à cette obscure réalité d’autres noms. Pour essayer de comprendre ce qu’est le péché, il faut d’abord reconnaître§1847 le lien profond de l’homme avec Dieu, car en dehors de ce rapport, le mal du péché n’est pas démasqué dans sa véritable identité de refus et d’opposition face à Dieu, tout en continuant à peser sur la vie de l’homme et sur l’histoire.
387
La réalité du péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s’éclaire qu’à la lumière de la Révélation divine. Sans la connaissance qu’elle nous donne de Dieu on ne peut clairement reconnaître le péché§1848, et on est tenté de l’expliquer uniquement comme un défaut de croissance, comme une faiblesse psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d’une structure sociale inadéquate, etc. C’est seulement dans la connaissance du dessein de Dieu sur l’homme que l’on comprend que le péché est§1739 un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent l’aimer et s’aimer mutuellement.

Le péché originel – une vérité essentielle de la foi

388
Avec la progression de la Révélation est éclairée aussi la réalité du péché. Bien que le Peuple de Dieu de l’Ancien Testament§431 ait connu d’une certaine manière la condition humaine à la lumière de l’histoire de la chute narrée§208 dans la Genèse, il ne pouvait pas atteindre la signification ultime de cette histoire, qui se manifeste seulement à la lumière de la Mort et de la Résurrection de Jésus-Christ 1. Il faut connaître le Christ comme source de la grâce pour§359 connaître Adam comme source du péché. C’est l’Esprit-Paraclet, envoyé par le Christ ressuscité, qui est venu « confondre le monde en matière de péché » 2 en révélant§729 Celui qui en est le Rédempteur.
389
La doctrine du péché originel est pour ainsi dire « le revers » de la Bonne Nouvelle que Jésus est le Sauveur de tous§422 les hommes, que tous ont besoin du salut et que le salut est offert à tous grâce au Christ. L’Église qui a le sens du Christ 1 sait bien qu’on ne peut pas toucher à la révélation du péché originel sans porter atteinte au mystère du Christ.

Pour lire le récit de la chute

390
Le récit de la chute 1 utilise un langage imagé, mais il affirme un événement primordial, un fait qui a eu lieu au commencement§289 de l’histoire de l’homme a. La Révélation nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute originelle librement commise par nos premiers parents bcd.

II. La chute des anges

391
Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu 1 qui, par envie§2538, les fait tomber dans la mort 2. L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable 34. L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. « Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais » a.
392
L’Écriture parle d’un péché de ces anges 1. Cette « chute » consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui§1850 ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents : « Vous deviendrez comme Dieu » 2. Le diable est « pécheur dès l’origine » 3, « père§2482 du mensonge » 4.
393
C’est le caractère irrévocable de leur choix§1033-1037, et non un défaut de l’infinie miséricorde divine, qui fait que le péché des anges ne peut être pardonné. « Il n’y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n’y a pas de repentir pour les hommes après la mort§1022 » a.
394
L’Écriture atteste l’influence néfaste de celui que Jésus appelle « l’homicide dès l’origine » 1, et qui a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue du Père§2846-2849 2. « C’est pour détruire les œuvres§550 du diable§538-540 que le Fils de Dieu est apparu » 3. La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l’homme à désobéir à Dieu.
395
La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais§309 toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus§1673-Christ§2850-2854, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société§412, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais « nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment » 1.

III. Le péché originel

L’épreuve de la liberté

396
Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette§1730§311 amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, « car du jour où tu en mangeras, tu mourras » 1. « L’arbre de la connaissance du bien et du mal » 2 évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur, il est soumis aux lois de la création§301 et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté.

Le premier péché de l’homme

397
L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son créateur 1 et, en abusant de sa liberté, a désobé§1707§2541i au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché§1850 de l’homme 2. Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque§215 de confiance en sa bonté.
398
Dans ce péché, l’homme§2084 s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu : il a fait choix de soi-même contre Dieu, contre les exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien. Constitué dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement « divinisé » par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu§2113 « être comme Dieu » 1, mais « sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu » a.
399
L’Écriture montre les conséquences dramatiques de cette première désobéissance. Adam et Ève perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle 1. Ils ont peur de ce Dieu 2 dont ils ont conçu une fausse image, celle d’un Dieu jaloux de ses prérogatives 3.
400
L’harmonie dans laquelle ils étaient, établie grâce à la justice originelle, est détruite ; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée 1 ; l’union de l’homme et de la femme est soumise à des§1607 tensions 2 ; leurs rapports seront marqués par la convoitise et la domination 3. L’harmonie§2514 avec la création est rompue : la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile 45. À cause de l’homme, la création est soumise « à la servitude de la corruption » 6. Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance 7 se réalisera : l’homme « retournera à la poussière de laquelle il est formé » 8. La mort fait son entrée dans l’histoire§602§1008 de l’humanité 9.
401
Depuis ce premier péché, une véritable « invasion » du péché inonde le monde : le fratricide commis par Caïn sur§1865§2259 Abel 1 ; la corruption universelle à la suite du péché 234 ; de même, dans l’histoire d’Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de l’alliance et comme transgression de la Loi de Moïse ; après la Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se manifeste de nombreuses manières 56. L’Écriture et la Tradition de l’Église ne cessent de rappeler la présence et l’universalité§1799 du péché dans l’histoire de l’homme :
Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur, qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création 1.

Conséquences du péché d’Adam pour l’humanité

402
Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. Saint Paul l’affirme : « Par la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse » 1 : « De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché... » 2. À l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose§430§605 l’universalité du salut dans le Christ : « Comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie » (Rm 5:18).
403
À la suite de saint Paul l’Église a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché§2606 d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est « mort de l’âme » a. En raison de cette certitude de foi, l’Église donne le Baptême§1250 pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel b.
404
Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants ? Tout le genre humain est en Adam « comme l’unique corps d’un homme unique » a Par cette « unité§360 du genre humain » tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère§50 que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine : en cédant au tentateur, Adam et Ève commettent un péché personnel, mais ce péché affecte la nature humaine qu’ils vont transmettre dans un état déchu b. C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé « péché » de façon analogique : c’est un péché « contracté » et non pas « commis », un état et non pas un acte.
405
Quoique propre à chacun a, le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement corrompue : elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée « concupiscence »). Le Baptême, en donnant la vie de la grâce§2515 du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel§1264.
406
La doctrine de l’Église sur la transmission du péché originel s’est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous l’impulsion de la réflexion de saint Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition à la Réforme protestante. Pélage tenait que l’homme pouvait, par la force naturelle de sa volonté libre, sans l’aide nécessaire de la grâce de Dieu, mener une vie moralement bonne ; il réduisait ainsi l’influence de la faute d’Adam à celle d’un mauvais exemple. Les premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que l’homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché des origines ; ils identifiaient le péché hérité par chaque homme avec la tendance au mal (concupiscentia), qui serait insurmontable. L’Église s’est spécialement prononcée sur le sens du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile d’Orange en 529 (voir DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 a.

Un dur combat...

407
La doctrine sur le péché originel – liée à celle de la Rédemption par le Christ – donne un regard de discernement lucide sur§2015 la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché§2852 des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne « la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable » a1. Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale b et des mœurs§1888.
408
Les conséquences du péché originel et de tous les péchés personnels des hommes confèrent au monde dans son ensemble une condition pécheresse, qui peut être désignée par l’expression de Saint Jean : « le péché du monde » 1. Par cette expression on signifie aussi l’influence négative qu’exercent sur les personnes les situations communautaires et les structures§1865 sociales qui sont le fruit des péchés des hommes a.
409
Cette situation dramatique du monde qui « tout entier gît au pouvoir du mauvais » 12 fait de la vie de l’homme un combat§2516 :
Un dur combat contre les puissances des ténèbres passe à travers toute l’histoire des hommes ; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien ; et non sans grands efforts, avec la grâce de Dieu, il parvient à réaliser son unité intérieure 12.

IV. « Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort »

410
Après sa chute, l’homme n’a pas été abandonné par Dieu. Au contraire, Dieu l’appelle 1 et lui annonce de façon mystérieuse§55§705 la victoire sur le mal et le relèvement de sa chute 2. Ce passage de la Genèse a été appelé§1609§2568 « Protévangile », étant la première annonce du Messie rédempteur, celle d’un combat entre le serpent et la Femme et de la victoire finale d’un descendant§675 de celle-ci.
411
La tradition chrétienne voit dans ce passage une annonce du « nouvel Adam » 12 qui, par son « obéissance jusqu§359§615’à la mort de la Croix » 3 répare en surabondance la désobéissance d’Adam 4. Par ailleurs, de nombreux Pères et docteurs de l’Église voient dans la femme annoncée dans le « protévangile » la mère du Christ, Marie, comme « nouvelle Ève ». Elle a été celle qui, la première et d’une manière unique, a bénéficié de la victoire sur le péché remportée par le Christ : elle a été préservée§491 de toute souillure du péché originel a et durant toute sa vie terrestre, par une grâce spéciale de Dieu, elle n’a commis aucune sorte de péché b.
412
Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché le premier homme de pécher ? Saint Léon le Grand répond : « La grâce ineffable du Christ§310§395 nous a donné des biens meilleurs que ceux que l’envie du démon nous avait ôtés » a. Et saint Thomas d’Aquin : « Rien ne s’oppose à ce que la nature humaine ait été destinée à une fin plus haute après le péché. Dieu permet§272, en effet, que les maux se fassent pour en tirer un plus grand bien. D’où le mot de saint Paul : ‘Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé’ 1. Et le chant de l’‘Exultet’ : ‘O heureuse faute§1994 qui a mérité un tel et un si grand Rédempteur’ » b.