L’autel des premiers siècles du christianisme
Le nom de l'autel
Le mot autel vient du latin altare ; lequel est formé lui-même de l'adjectif alta (haut) et du substantif ara (autel). Les Romains distinguaient, en effet, deux sortes d'autel : l’ara, meuble de petites dimensions, destiné aux pratiques du culte des divinités inférieures, aux offrandes en mémoire des défunts, et l'altare, plus monumental, élevé de terre (alta ara), le grand autel, parfois très grand, qu'ils réservaient aux actes du culte des dieux supérieurs, à l’offrande des divers sacrifices offerts en leur honneur.
Le christianisme naissant garda ce mot altare pour l'appliquer à l'autel de la messe, et les Pères de l'Eglise l'employèrent généralement, à l'exclusion d’ara qui n'est pas passé dans la langue liturgique. Cependant saint Jean Chrysostome et les auteurs des liturgies orientales désignaient de préférence l'autel sous le nom de table du Seigneur, ou, plus simplement, ils l'appelaient la Table, en souvenir de celle de la sainte Cène.
Différence avec les autels païens
Mais cet autel des premiers chrétiens ne ressemblait évidemment pas à ces socles de pierre ou d'airain, destinés aux sacrifices des animaux offertes aux dieux du paganisme, ou pour brûler des parfums brûlée en leur honneur, sacrifices qui n'avaient rien de commun avec la consécration du pain et du vin eucharistiques.
Aussi les païens, n'apercevant chez les disciples de Jésus de Galilée rien qui rappelât les formes du culte idolâtrique, leur reprochaient-ils leur athéisme, en basant cette accusation sur l'absence de tout autel, sans lequel l'imagination romaine ne pouvait comprendre une religion quelconque : « Vous pensez, disait aux Romains, vers le début du III° siècle, le célèbre orateur chrétien Minucius Félix, vous pensez que nous cachons ce que nous adorons, parce que nous n'avons ni temples ni autels... ».

L'autel dans les fresques des Catacombes :

La plus ancienne représentation de l'action liturgique de la fraction du pain est la fresque découverte en 1893 dans la chapelle grecque du cimetière de Sainte Priscille, à Rome, dont elle orne une paroi et qui date du début du II° siècle. Elle nous montre six convives, à moitié couchés sur le divan, devant la table d'un repas que préside un septième personnage, assis à l'une des extrémités. La table a la forme d'un demi-cercle et supporte un calice et deux plats, contenant l'un deux poissons et l'autre cinq pains, allusion au miracle de multiplication de ces aliments qui préfigurait l'eucharistie.
Une autre fresque, qui orne une des Chambres des Sacrements, au cimetière de Saint-Calliste, représente un prêtre debout, étendant la main dans le geste de la consécration, auprès d'une petite table qui porte le pain et les poissons, emblème du Christ, tandis que, de l'autre côté de celle-ci, une orante élève les deux bras dans l'attitude de la prière. On peut déduire de cette scène que l'autel eucharistique primitif était parfois une simple table, de petites dimensions, offrant sur sa partie plate l'espace juste suffisant pour recevoir les éléments du sacrement.
La matière et la forme de l’autel

Autels de bois : Cependant à cause du respect qu’ils avaient pour la messe, les premiers chrétiens ont très vite réservé un meuble à cet usage spécial. Dans leurs églises, c’est-à-dire les maisons particulières affectées au culte, et qui déjà au III° siècle devaient être assez nombreuses (Dioclétien en demande la destruction en 303), les prêtres chrétiens se servaient vraisemblablement d'autels de bois. Quelques textes nous apprennent qu'il en était encore ainsi à Rome sous le pontificat du pape saint Damase (366-384), à Alexandrie du temps de saint Athanase (328-373) : le saint patriarche raconte lui-même que son autel était de bois et que les ariens le brûlèrent en même temps que son trône épiscopal. Au commencement du V° siècle saint Jérôme (331-420) en usait de même à Bethléem. Saint Optat, évêque de Milève en Numidie vers la fin du IV° siècle, nous apprend que les hérétiques donatistes brisèrent, rabotèrent ou brûlèrent, de son temps, de vieux autels de bois.
L'origine des autels de pierre : la messe sur les tombeaux des martyrs : Déjà cependant saint Grégoire de Nysse (332-400) écrivait que l'autel est construit de pierres communes, semblables à celles qui servent à l'édification des maisons. Un peu plus tard, saint Augustin (354-430) mentionnera la bénédiction et la consécration de la pierre d'autel. Une autre forme d'autel s'était donc introduite dans les usages de l'Eglise primitive : quand ils allaient abriter leurs assemblées sous les voûtes des catacombes, les chrétiens durent utiliser, pour la célébration des saints mystères, les tombeaux de leurs martyrs. Bon nombre des chambres sépulcrales que contient l'immense nécropole souterraine romaine semblent bien avoir été creusées et disposées spécialement pour servir de chapelles : le tombeau principal, parfois unique, qu'elles renferment, creusé dans le mur, se trouve abrité sous la voûte de l’arcosolium qui le domine. Sur le mur de briques qui forme le couvercle de l'auge de pierre contenant les restes du confesseur de la foi, une dalle de marbre était scellée, ou simplement glissée dans les rainures pratiquées à ses extrémités pour la recevoir, et elle servait ainsi d’autel pour la messe.
Le type définitif de l'autel : De cette double origine d'une table à manger et d'un tombeau de martyr, l'autel a pris la forme essentielle qu'il gardera à travers les siècles et que nous lui retrouverons à toutes les époques, malgré les différences de décoration. Il demeurera toujours une table.
L'adaptation au rôle d'autel des tombeaux des confesseurs de la foi dut contribuer à généraliser l'usage des autels de pierre, matière à la fois plus noble, moins corruptible, plus résistante que le bois, et fit naître celui de ne célébrer le saint sacrifice que sur une pierre consacrée, contenant au moins quelques parcelles de reliques saintes. Le souvenir des pratiques juives, rappelées dans l'Ancien Testament ne fut peut-être pas non plus sans influence sur l'adoption de la pierre comme matière de l'autel. Le concile d'Epaone en 517, rendit cet usage obligatoire : « Qu'aucun autel ne soit consacré par l'onction du chrême s'il n'est en pierre ». Toutefois, bien longtemps encore après cette date de 517, et malgré l’interdiction conciliaire, l'usage des autels de bois, sans être très répandu, persistera çà et là ; on en retrouve même quelque trace en Angleterre jusque dans le cours du XI° siècle. L'autel de Saint-Jean de Latran est le seul témoin existant aujourd'hui de l'usage primitif des autels de bois.

Autels précieux : les premiers ciboriums : Si, d’un côté, la pierre avait pu paraître plus apte que le bois à symboliser le Christ, pierre de laquelle, comme du rocher de Moïse, on voulut aussi consacrer à la fabrication de l'autel et à sa décoration les matières les plus précieuses et les plus rares. Ainsi Constantin offrit à la basilique de Saint-Pierre un autel d'argent avec incrustations d'or, enrichi de quatre cents pierres précieuses.
Du règne de cet empereur date une innovation très intéressantes au point de vue de l'art et de la liturgie, c'est l’apparition, au-dessus de l'autel, du ciborium, sorte de dais de métal, de pierre ou de bois, porté sur quatre colonnes, que les Romains plaçaient au-dessus des statues de leurs dieux, qui, dans les coutumes de tous les peuples, est l'insigne de la royauté, et qui convenait bien pour signifier à tous les yeux la royauté souveraine du Christ. Le rôle d'utilité pratique de ce dais consistait à protéger la table eucharistique et ses ministres contre les chutes de poussière ou d'ordures tombant de la charpente.
Le premier de ces monuments que mentionne l'histoire est celui qu'offrit Constantin à la basilique du Latran : il était d'argent massif, surmonté d'une coupole d'or pur, et d'or pur également étaient les couronnes de lumière suspendues à son centre et dans l'axe de chacun de ses côtés.

Les confessions : On désignait sous le nom de confession, ou de crypte, le caveau où se déposaient les reliques. On pouvait y accéder par des escaliers ou simplement par des ouvertures pratiquées sous l'autel lorsqu'il n'y avait pas de crypte proprement dite. Quelquefois le coffre des reliques était enfermé dans l'autel même, dont le devant était alors ajouré : ainsi l'autel de la basilique de Saint-Alexandre à Rome. C'est ce qu'on appelait la fenestella confessionis. Enfin de bonne heure apparaît l'usage d'enfermer les reliques, généralement peu considérables, dans les pierres d'autel, en des cavités plus ou moins profondes anciennement appelées sepulcri loculus.
Transformations d'autels païens : Après l’Edit de Milan de 313, qui donnait la liberté à l'Eglise, on n'hésita pas à se servir pour la messe d'autels païens, de stèles funéraires qu'on se contentait de recouvrir d'une dalle de pierre, en marquant leur base d'une croix ou du monogramme du christ « Désormais ce n'est plus au dieu Mars, mais au Christ, vrai Dieu, que tu seras consacré », disait l'inscription latine trouvée sur l'un d'eux ainsi transformé, dans les ruines du monastère de Morteroy, près de Vesoul, au XVII° siècle.

Etroites dimensions des anciens autels : Ces autels des premiers âges sont de petites dimensions, carrés, ou plus souvent rectangulaires, de plus ou moins un mètre. Pendant plusieurs siècles ils conserveront ces petites mesures. Elles suffisaient, d'ailleurs, pour permettre d'y placer le pain et le vin, matière du sacrifice, les vases sacrés destinés à la contenir, et le livre des évangiles : rien d'autre, en effet, ne pouvait encore y être mis. C'est beaucoup plus tard, vers le XIII° siècle, qu'on commença à y poser deux flambeaux, aux côtés d'une croix. Les fleurs n'y apparaîtront, et encore très discrètement, qu'au XVI° siècle.
L’autel aujourd’hui
Définition
L'autel est une sorte de table, de forme rectangulaire, placée à un endroit surélevé et sur laquelle on célèbre le saint sacrifice de la Messe.
Espèces

On distingue deux sortes d'autels : l'autel immobile ou fixe, et l'autel mobile ou portatif. L'autel immobile ou fixe consiste en une table entière reposant sur des supports qui font corps et sont consacrés avec elle. L'autel mobile ou portatif consiste en une pierre, généralement petite, qui seule est consacrée et qu'on appelle pierre sacrée ; elle doit être assez large pour supporter l'hostie et la majeure partie de la base du calice. La table de l'autel et la pierre sacrée doivent être d'un seul bloc de pierre naturelle, entier et non friable. La table ou pierre sacrée sont marquées de cinq croix, en mémoire des cinq plaies de Notre-Seigneur ; elles doivent contenir des reliques des saints dans un petit trou, appelé tombeau ou sépulcre, et fermée par une pierre.
Quand on ne peut avoir un autel fixe, on construit, en pierre ou en bois, un meuble de même forme et l'on place, au milieu, une pierre sacrée ou autel portatif. Le meuble ne reçoit lui-même aucune bénédiction, mais la pierre est consacrée par l'Evêque en particulier. C'est le petit autel qu'emportent les missionnaires et les prêtres-soldats, de grandeur suffisante pour recevoir le calice, la sainte Hostie, et au besoin un ciboire. Sur cette pierre on voit, comme sur les autels fixes, l'emplacement des onctions et le couvercle qui recouvre les saintes reliques.

On peut aussi en voyage, utiliser un corporal grec, qui se présente comme un véritable corporal, mais qui contient des reliques cousues. On ne peut jamais l’utiliser comme corporal, mais on le place sous les nappes pour remplacer une pierre d’autel.
Consécration
Pour que le sacrifice de la Messe puisse être célébré sur un autel, celui-ci doit avoir été consacré totalement s'il est fixe ; ou seulement la pierre sacrée s'il s'agit de l'autel portatif. Tout évêque peut consacrer les autels portatifs ; quant aux autels fixes, la consécration en est réservée à l'Ordinaire du lieu, qui doit être revêtu caractère épiscopal. La consécration d'un autel fixe qui se fait eu dehors de la dédicace de l'église où il se trouve, peut avoir lieu tous les jours, mais de préférence le dimanche ou un jour de fête de précepte.
Cérémonie de consécration : L'évêque consacre sur place cet autel fixe. Avec une eau spécialement bénite, il trace cinq signes de croix sur la table, au milieu et aux quatre coins, puis fait sept fois le tour de l'autel, en l'aspergeant. Le Prélat dépose ensuite dans un petit trou, appelée sépulcre, des reliques de martyrs, et scelle un couvercle de pierre. Enfin, il fait avec les saintes Huiles des onctions au milieu et aux quatre coins, où des croix ont été gravées ; puis il imbibe toute la surface de la table avec le saint Chrême et l'Huile des catéchumènes. On essuie l'autel, on le couvre d'une toile enduite de cire (le chrémeau) et des nappes prescrites, on y place la croix et les chandeliers pour la célébration de la sainte Messe, qui est le couronnement indispensable de cette consécration. (Le Titre de l'autel principal est le même que celui de l'église ; mais les autels secondaires peuvent avoir des titulaires différents).
Perte de la consécration
L'autel consacré peut, comme l'église, perdre sa consécration. Un autel fixe la perd quand la table est séparée même pour un moment, de son support. Dans ce cas, l’Ordinaire peut autoriser un prêtre à refaire la consécration dans la forme rituelle abrégée. L'autel fixe et la pierre sacrée perdent leur consécration :
- lorsque se produit une fracture notable, soit en raison de la quantité, soit qu'elle porté sur l'endroit de l'onction ;
- lorsqu'on en retire les reliques, lorsqu'on brise ou retire le couvercle du sépulcre, sauf lorsque l'évêque ou son délégué le retire pour l'affermir, le réparer ou le remplacer, ou pour visiter les reliques.
A retenir !
Qu'est-ce que l'autel ?
L'autel est une sorte de table, de forme rectangulaire, placée à un endroit surélevé et sur laquelle on célèbre le saint sacrifice de la Messe.
Qu'est-ce qu'un autel fixe ?
L’autel fixe consiste en une table entière reposant sur des supports qui font corps et sont consacrés avec elle.
Qu'est-ce qu'un autel portatif ?
L'autel portatif consiste en une pierre, généralement petite, qui seule est consacrée et qu'on appelle pierre sacrée ou pierre d’autel.
Que désigne-t-on par le mot confession ?
On désignait sous le nom de confession, ou de crypte, le caveau où se déposaient les reliques.
L'autel doit-il être consacré ?
Pour que le sacrifice de la Messe puisse être célébré sur un autel, celui-ci doit avoir été consacré totalement s'il est fixe ; ou seulement la pierre sacrée s'il s'agit de l'autel portatif.
Que représentent les croix ?
La table ou pierre sacrée sont marquées de cinq croix, en mémoire des cinq plaies de Notre-Seigneur.
Comment un autel peut-il perdre sa consécration ?
Lorsque se produit une fracture notable, soit en raison de la quantité, soit qu'elle porté sur l'endroit de l'onction ;
Lorsqu'on en retire les reliques, lorsqu'on brise ou retire le couvercle du sépulcre, sauf lorsque l'évêque ou son délégué le retire pour l'affermir, le réparer ou le remplacer, ou pour visiter les reliques.
