Chapitre 4

Les cloches

D’où viennent les cloches ?

La trompette

Sous l'Ancienne Loi et dans les monastères égyptiens, on se servait de trompettes pour convoquer à la prière. La règle de saint Pacôme (IV° siècle) parle de la vocem tubae (la voix de la trompette) qui appelle le moine à la prière et saint Jean Climaque (VI° siècle) déclare : « Si nous y prenons garde, nous reconnaîtrons que, lorsqu'au son de la trompette sacrée, les frères se lèvent et s'assemblent visiblement pour aller à l'office de la nuit, nos ennemis invisibles s'assemblent invisiblement ; qu'ils s'approchent de notre lit et qu'ils s'efforcent de nous y faire rester après que nous avons été éveillés ».

Le simandre

On ne trouve pas de trace d’usage des cloches en Orient avant le XI° siècle, pour convoquer les fidèles à l'église. Les Grecs connurent dès le VI° siècle les cloches, mais ils ne les employèrent que pour des usages profanes. A la place de cloches ou clochettes, ils se servaient de simandres, de cliquettes et de crécelles. Le simandre était une planche percée de trous pour la suspendre ou pour la rendre sonore et sur laquelle on frappait avec un marteau de fer ou un maillet de bois. Cette planche était parfois longue de deux mètres, on l'appelait alors le grand simandre, ou courte et c'était le petit simandre. Cet instrument n'était ni gracieux, ni pratique, mais il était sonore. Le simandre émettait des notes distinctes et on le frappait avec plus ou moins de rapidité de façon à obtenir des mélodies différentes.

Lorsque vers 865 l'empereur Michel III installa à Sainte-Sophie douze cloches envoyées par le doge de Venise, ce fut un événement considérable en Orient. Et pourtant le simandre resta encore longtemps à l'honneur puisqu'au XVI° siècle, Pierre Belon parle d'un simandre en fer épais de trois doigts, long comme le bras, et quelque peu vouté en arc, pendu à la porte de l'église, lequel rend un son presque semblable à une cloche. Ce n'est qu'après la conquête latine, au XV° siècle que la cloche commença à jouer un rôle plus prépondérant en Orient. Une inscription à Lavra indique l'efficacité que l'on attribuait aux sons du simandre en 1060. Elle est semblable à celle des cloches : « Comme une trompette, il pousse un grand cri de guerre ; il détruit les bataillons rangés des démons, il fait retentir un chant ferme et retenu ». L'évêque de Petrae, Théodore (+ 529), avait dit auparavant en convoquant sa communauté lors d'un tremblement de terre : « De même que la trompette de guerre excite un bataillon contre l'adversaire, ainsi, contre les ennemis invisibles, le son sacré du simandre appelle au combat les soldats du Christ, les entraine et, comme des traits, les paroles du chantre sacré David, transpercent les démons ».

Les simandres avaient parfois la forme d'une simple planche que l'on frappait avec un maillet ; parfois celle d'une roue qu'actionnait une manivelle, ou, encore, dans nos pays, celle d'une croix creuse de grande résonnance avec une manivelle qui actionne des marteaux qui sont à l'intérieur.

Les cloches

La cloche est le premier instrument de musique dans la liturgie : la bénédiction qu'elle reçoit, le fréquent usage que l'on en fait selon les règles ecclésiastiques, le lien qui l'unit intimement à toutes les fêtes et aux principaux actes de la vie du chrétien, son antiquité, déterminent l’importance qu'on doit lui assigner.

Origine des cloches

L'usage des cloches telles que nous les avons maintenant est relativement récent. L'emploi des clochettes, au contraire, remonte à une très haute antiquité. Les Chinois, plus de mille ans avant Jésus-Christ, fabriquaient des clochettes. Le Grand-Prêtre Aaron, (1500 ans avant Jésus-Christ) portait des clochettes d'or au bas de sa robe : « Vous mettrez en bas et tout autour de cette robe, dit Moïse, des grenades faites d'hyacinthe, de pourpre, d'écarlate entremêlées de sonnettes, en sorte qu'il y aura une sonnette d'or et une grenade, et une sonnette d'or et une autre grenade, et ainsi de suite. Aaron se revêtira de cette tunique dans l'exercice de son ministère, afin qu'on entende le son de ces sonnettes lorsqu'il entrera dans le sanctuaire, en présence du Seigneur, ou qu'il en sortira ».

C'est en s'inspirant de cette prescription qu'on attacha au Moyen-Age de petits grelots ou sonnettes aux ornements sacrés : chapes, tuniques, étoles et manipules. On en mit aussi aux calices. Ces sonnettes rappelaient aux fidèles qui les entendaient qu'ils devaient persévérer dans la prière pendant le sacrifice.

Dans les catacombes, on trouva de nombreuses clochettes. On les appelait, par harmonie imitative, des « tintinnabula ». Elles sont suspendues à un anneau de bronze ou de fer. Elles sont parfois en or ou en argent, mais le plus souvent en bronze, en cuivre, en étain ou en fer.

Parmi les clochettes anciennes, quelques-unes sont déjà très grandes, au point de mériter le nom de petites cloches. Les clochettes servaient chez les Romains à éveiller esclaves et clients, à annoncer l'ouverture du marché et des bains publics et à d'autres usagés analogues à ceux que nous leur avons conservés. Les païens employaient des clochettes comme porte-bonheur et saint Jean-Chrysostome se verra obligé d'adresser ces reproches à son peuple : « Que dirons-nous des bandelettes, des clochettes attachées aux mains, des bandes de pourpre et autres choses pleines de folies, quand il ne faudrait s’entourer d'aucun autre protection que celle qui vient de la croix ? »

Quand les abbés, les évêques, les prêtres durent réunir les religieux ou les fidèles dont ils avaient la charge, ils ne cherchèrent pas une nouvelle méthode : ils agitèrent une clochette. Le son et les combinaisons convenues d'avance ne permettaient ni doute ni hésitation aux intéressés. Assez naturellement, les plus anciennes indications nous acheminent vers les monastères. Là, où les exercices conventuels se succédaient à heure fixe pour un groupe de moines, il devenait indispensable de faire usage d’un signal sonore, afin d'avertir les religieux et de presser les retardataires. Les églises empruntèrent aux monastères l'instrument qui avait désormais fait ses preuves.

L’usage des clochettes :

Les cloches à main servaient pour accompagner le saint Viatique, pour honorer dans les processions les reliques des Saints ; on attribue la première institution du tintement à l'élévation au Cardinal Guido, légat en Allemagne en 1194, la sonnerie au Sanctus est encore plus tardive.

Hildebert, évêque du Mans (1097-1125), fut un des premiers à signaler l'élévation par la clochette. Guillaume, évêque de Paris, en 1179 ou 1202, ordonna qu'on observât cet usage. Grégoire IX (1227-1241) confirma cette décision. Et un synode de 1240 déclara : « Lorsque, pendant la célébration de la messe le prêtre élève le corps du Seigneur, l'on sonnera la campanella afin que la dévotion de ceux qui ressentent une certaine torpeur soit excitée et que la charité des autres soit enflammée davantage ».

De plus, afin d'écarter autant que possible l'inconvénient consistant en ce que certains, éloignés ou rapprochés de l'autel, assistent sans attention et sans respect même aux principales actions des divins mystères, il convient tout à fait qu'un peu avant la consécration, on donne quelques coups de clochette, conformément à l'usage commun des églises.

Aujourd’hui quelles sont les sonneries de la clochette ?

Pendant la messe:

  • Au début de la messe en sortant de la sacristie.
  • Au Sanctus pour annoncer le début du Canon bien sûr mais surtout en l’honneur du mystère qui va se dérouler. L'esprit de l'Eglise, en prescrivant l'usage de la sonnette à la messe, n'est pas tout d'abord, comme on pourrait le croire, d'avertir les fidèles ou d'attirer leur attention, puisqu'on doit la sonner aux messes privées, alors même qu'il n'y a pas d'autre assistant que le seul servant de messe. C'est surtout en signe d'honneur et de joie que le servant doit l'agiter un peu au Sanctus pour accompagner la louange du ciel au Dieu trois fois saint, et à l'élévation de l'hostie et du calice pour saluer la venue de Jésus-Christ sur l'autel. C’est pourquoi la clochette est un instrument obligatoire de la messe, placé près de l'autel, du côté de l'épître.
  • A l’élévation de l’hostie et du calice : une fois quand le prêtre fait lé génuflexion, trois fois quand il fait l’élévation proprement dite, et enfin un dernier coup pour la seconde génuflexion.
  • A la petite élévation : Avant la décision de sonner à cette deuxième génuflexion, on sonnait à l’élévation de la fin du canon. Celle coutume a été maintenue par le Pape Benoit XIV.
  • A la communion du prêtre, trois fois au « Domine non sum dignus » pour prévenir les fidèles de se préparer à la communion sacramentelle ou spirituelle.

Occasion particulière:

  • Le Jeudi Saint pendant le Gloria. Les cloches ne sonneront plus jusqu’à Pâques.
  • On sonne durant le Gloria de la messe de minuit à Noël.

Usage des cloches :

  • Avant la Messe et les offices divins.
  • Pendant la Consécration et l’Elévation à la Messe Solennelle.
  • Le Jeudi Saint pendant le Gloria.
  • Au sortir de l’église et au retour de la procession du Très Saint Sacrement.
  • A l’angélus.
  • Pour l’arrivée de l’évêque (ou d’un personnage princier catholique).

Origine de la bénédiction des cloches

Le plus ancien rituel où se trouve la bénédiction des cloches est le Liber ordinum qui était en usage en Espagne avant la conquête musulmane de 712. La bénédiction solennelle, qu'on appelle communément « baptême » (parce qu'elle a quelque ressemblance avec le baptême, sans être un sacrement), est destinée seulement aux cloches des églises consacrées. Le ministre ordinaire est l'Evêque, assisté d'un diacre et d'un sous-diacre.

La mention d'un nom imposé à la cloche ne se trouve qu'au XI° siècle dans les Pontificaux de Noyon (vers 1100) et de Saint-Remy de Reims (vers 1200) et encore ce dernier fait-il remarquer que cette addition est facultative. L'usage de donner aux cloches des parrains et marraines est signalé par le Pontifical de Sarum (XII° siècle). Outre une formule de bénédiction destinée au métal qui doit servir à la fonte, notre rituel renferme une bénédiction abrégée pour les cloches des églises et des chapelles seulement bénites. Elle est réservée à l'Évêque ou à son délégué. Après la récitation des psaumes, le Prélat bénit de l'eau, en asperge et en lave la cloche, puis fait des onctions, à l'intérieur et à l'extérieur, avec l'huile des infirmes et le saint Chrême. Des aromates sont ensuite brûlés sous la cloche, afin de la parfumer entièrement. Pour terminer, le diacre chante l'Evangile de Marthe et de Marie, avec tous les rites habituels.

Symbolisme et efficacité de la cloche

L'Eglise, en instituant cette bénédiction et en la réservant à l'Evêque, a voulu non seulement sanctifier la cloche en l'élevant pour ainsi dire à l'ordre surnaturel, mais aussi nous donner un grand respect pour cet instrument. La cloche est la voix de Dieu. Elle a pour but d'inviter les fidèles à assister au Saint Sacrifice et aux autres cérémonies de l'Église. Aussi leur bruit semble nous dire au nom de Dieu : « Aujourd'hui, si vous entendez la voix du Seigneur, n'endurcissez pas vos cœurs ». On comprend dès lors comment les cloches remplacent pour nous les trompettes d'argent de la Loi Ancienne qui servaient à rassembler le peuple pour le sacrifice.

La consécration des cloches a pour objet spécial, non seulement de convoquer les fidèles au sacrifice, mais aussi de préserver des tempêtes et de la foudre. Cela ressort des rites et des textes de la bénédiction des cloches, ce n'est donc pas l'effet d'une superstition que de leur attribuer une vertu particulière pour dissiper les ouragans et faire cesser les orages. Sans doute les cloches n'ont pas par elles-mêmes cette puissance, mais elles en sont revêtues par suite de leur bénédiction par l'Eglise.

A retenir !

Quels sont les instruments sonores employés autrefois avant l'usage des cloches ?

Sous l'Ancienne Loi et dans les monastères égyptiens on se servait de trompettes pour convoquer à la prière. Les Grecs se servaient de simandres, de cliquettes et de crécelles.

L'usage des clochettes est-il ancien ? A quoi les clochettes servaient-elles?

L'emploi des clochettes remonte à une très haute antiquité. Les Chinois, plus de mille ans avant Jésus-Christ, fabriquaient des clochettes. Les clochettes servaient chez les Romains à éveiller les gens, à annoncer l'ouverture du marché et des bains publics.

D'où vient l’usage des cloches dans la liturgie chrétienne ?

Quand les abbés, les évêques, les prêtres durent réunir les religieux ou les fidèles dont ils avaient la charge, ils reprirent l’usage ancien et agitèrent une clochette.

Quel est l'usage actuel des clochettes dans la liturgie ?

Pendant la messe : au début de la messe, au Sanctus, à l’élévation de l’hostie et à l’élévation du calice, à la petite élévation, à la communion du prêtre, pour accompagner le saint Viatique,

Quel est la signification de l’usage de la cloche et des clochettes ?

C'est surtout en signe d'honneur et de joie que le servant doit l'agiter un peu au Sanctus pour accompagner la louange du ciel au Dieu trois fois saint, et à l'élévation de l'hostie et du calice pour saluer la venue de Jésus-Christ sur l'autel.

Quand les cloches se taisent-elles?

Elles se taisent du Jeudi Saint au Dimanche de Pâques.

Qu'est-ce que le tocsin?

Le Tocsin est le tintement d’une cloche que l’on sonne à coup répétés pour donner l’alarme.

Qu’est-ce que le glas ?

Le Glas est la sonnerie des cloches annonçant l’agonie, la mort ou les funérailles de quelqu’un.