Chapitre 7

Le Rédempteur

Précisions de vocabulaire :

Le mot « Messie » vient de l’hébreu, et signifie « oindre », donner l’onction.

Le mot « Christ » vient du grec, et signifie « oint », qui a reçu l’onction.

Le nom « Jésus » vient de l’hébreu, et signifie « Dieu Sauveur ».

Les trois noms de Messie, Christ et Jésus désignent l’Envoyé de Dieu par excellence, le Sauveur et le libérateur du genre humain, la deuxième Personne de la Sainte Trinité.

Le mot « rédemption » vient du latin, et signifie racheter, sauver. La Rédemption est donc l’acte par lequel le Christ nous donne le Salut.

La promesse et l’attente d’un Sauveur

Les Promesses du Sauveur

Après le péché originel, Dieu ne devait pas abandonner sa créature. Il promit un médiateur, à la fois homme et Dieu, qui devrait un jour rapprocher la créature du Créateur et rendre à celle-ci la vie surnaturelle.

Médiateur

Une personne qui sert d’intermédiaire entre deux autres, par exemple dans le cas d’une dispute ou d’un procès. Jésus est notre médiateur, car il est homme comme nous et Dieu comme le Père.

Dieu le promit tout d’abord à Adam et Eve, puis à Abraham : « Je multiplierai ta race lui dit-il, comme les étoiles du firmament et toutes les nations de la terre seront bénies en Celui qui naîtra de toi (Gn 22, 17s) ». Il renouvela encore cette promesse à Isaac et Jacob, ainsi qu’à tout le peuple juif par la voix des prophètes.

A l’époque du Christ lui-même

Illustration

Après les nombreuses prophéties que Dieu avait faites (nous allons les voir), il n’y a pas de quoi s’étonner que tous les juifs attendent le Messie avec tant de foi. Et ils avaient en général bien compris ces prophéties : quand Hérode demande aux docteurs où doit naître le Rédempteur, ceux-ci ne mettent aucune hésitation à lui répondre que c’est à Bethléem en Judée, par ce que cela est annoncé par les Prophètes.

Siméon, le vieillard qui prend l’enfant Jésus dans ses bras le jour de sa Présentation au Temple, remercie Dieu d’avoir vu le Sauveur du monde, la gloire d’Israël. Enfin, quand Saint Jean-Baptiste se mit à baptiser et à prêcher dans le désert, les juifs lui demandent si par hasard il ne serait pas le Messie attendu et promis.

Le temps de la Rédemption

Pourquoi le Christ est venu à une époque plutôt qu’à une autre ?

Le Sauveur promis ne devait pas venir tout de suite après le Péché Originel. La promesse, renouvelée de nombreuses fois, ne fut réalisée que bien longtemps après, et cela pour plusieurs raisons : Dieu devait montrer à l’homme la gravité de son péché d’orgueil, et en même temps montrer la grandeur du salut qu’il donne aux hommes.

Puisque les hommes attendaient le Sauveur depuis très longtemps, alors leur attente et leur désir était très fort.

Enfin, il fallait que Dieu prépare le monde à la venue de son Fils par des signes et des prophéties claires, pour que Jésus soit accepté et compris quand il viendrait.

Conséquences de ce délai

Le Salut est une œuvre universelle qui s’est déroulée à un moment donné, mais qui vaut pour tous les moments du temps et sur toute la terre.

Avant la venue du Messie, Adam et tous ses descendants ont donc pu se sauver, car Dieu leur appliquait par avance les mérites de la Rédemption de Jésus. L’Ecriture Sainte parle souvent des justes qui ont vécu sous l’ancienne Loi. Or, comme il n’y a pas de justes sans la grâce, cela veut dire que les hommes pouvaient déjà mériter le Ciel avant la venue de Jésus.

Mais il fallait que le Christ leur ouvre le Ciel par sa Résurrection et son Ascension. Les hommes bons de l’Ancien Testament ont donc attendu l’ouverture du Ciel dans les Limbes, c’est-à-dire dans un lieu d’attente, où ils ne souffraient pas, mais ne voyaient pas encore Dieu face-à-face.

Jésus est le divin Messie

Jésus a existé

Il est facile de prouver l’existence historique du Christ. Nous avons beaucoup de documents de l’époque, écrits soit par ses disciples, soit par des historiens païens. Les documents les plus connus sont bien sûr les quatre évangiles, écrits par Saint Matthieu et Saint Jean, deux des disciples de Jésus, par Saint Marc, qui a été le secrétaire de Saint Pierre, et par Saint Luc, un disciple de Saint Paul.

Ces textes ont été écrits quelques années seulement après la mort et la résurrection du Christ, et on en a trouvé de très nombreux exemplaires. On peut donc dire qu’on a beaucoup plus de preuves de l’existence de Jésus que de celle de Jules César, dont pourtant personne ne doute. De plus, malgré de petites différences, les quatre récits indépendants sont d’accord sur l’essentiel de la vie du Christ.

L’Evangile, au singulier, est la Bonne Nouvelle du salut des hommes apporté par Jésus-Christ. Il désigne aussi l’ensemble des quatre récits évangéliques.

Les évangiles, au pluriel, sont les quatre textes qui racontent la vie de Jésus.

Chez les non chrétiens, Flavius Josèphe, un historien juif écrit au I° siècle : « En ces temps-là, était Jésus qui était un homme sage… Des principaux de notre nation l’ayant accusé devant Pilate, il le fit crucifier (Ant. Jud. 5, 1-7) ». L’historien Suétone, qui a écrit la très célèbre Vie des Douze Césars, explique que l’empereur Claude « expulsa de Rome les juifs devenus, sous l’impulsion de Chrestus, une cause permanente de désordre (Vita Claudii, 25, 4) ».

Jésus est le Messie

Il réalise les prophéties :

Le Messie était attendu par tout le peuple hébreu, et annoncé par tous les prophètes. Nous allons donc voir que Jésus a accompli toutes les prophéties de l’Ancien Testament, en ne parlant ici que des principales, car il faudrait une vie pour les trouver toutes.

Famille et lieu de naissance de Jésus :

« Une tige sortira de Jessé (le père du roi David), et une fleur grandira sur cette tige (Is 11, 1) ».

Jésus est de la famille du roi David.

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« Et voilà qu’une vierge concevra et enfantera un fils, et il s’appellera Emmanuel (Is 7, 14) ».

La Vierge Marie a eu un enfant, qui est Emmanuel, « Dieu avec nous ».

« Et toi Bethléem Ephrata, tu es petite parmi les villes de Juda ; mais c’est de toi que sortira celui qui doit devenir le Dominateur d’Israël (Mi 5, 1) ».

Jésus est né à Bethléem, et les prêtres de Jérusalem savaient que le Messie devait y naître.

Vie publique du Messie :

« Alors le Seigneur lui-même viendra et vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, les oreilles des sourds entendront, le boiteux marchera et la langue des muets sera déliée (Is 35, 4ss) ». Jésus a fait tout cela durant sa vie publique, par tous ses miracles. Il fait même remarquer à Saint Jean Baptiste qu’il accomplit cette prophétie.

« Réjouis-toi Jérusalem, voici ton roi qui va venir à toi, Roi de justice et ton Sauveur. Il est pauvre et il viendra, monté sur une ânesse et sur le petit de l’ânesse (Za 9, 9) ».

Le Christ entre le jour des Rameaux à Jérusalem, monté sur une ânesse suivie de son petit, et les Juifs l’acclament, l’appelant Roi d’Israël.

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Passion du Messie :

« Ils estimeront mon prix à trente pièces d’argent (Za 11, 12) ».

Les prêtres du Temple payèrent à Judas trente pièces d’argent pour le prix de sa trahison.

« On le maltraite, et il se soumet et n’ouvre pas la bouche, semblable à l’agneau qu’on mène à la tuerie, et à la brebis muette devant ceux qui la tondent ; il n’ouvre point la bouche (Is 53, 7) ».

Jésus ne se plaint pas, il ne répond pas aux insultes.

« Mais lui, il a été transpercé à cause de nos péchés, broyé à cause de nos iniquités (Is 53, 5) ».

« Ils ont percé mes mains et mes pieds ; ils ont compté tous mes os (Ps 21, 17) ».

Jésus a été crucifié, et on lui a transpercé le côté avec une lance.

« Je ressemble à un ver de terre plutôt qu’à un homme ; je suis l’opprobre des hommes et le rebut du peuple. Ceux qui me voient se sont moqués de moi et secouant la tête ils ont dit : Il a espéré dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre donc et le sauve maintenant (Ps 21, 7) ».

C’est exactement ce que les Juifs ont dit de Jésus devant la Croix, pour se moquer de lui.

« Ils se partageront mes vêtements et tireront ma robe au sort (Ps 21, 19) ».

Les soldats l’ont fait devant la Croix.

« Ils m’ont donné du fiel et du vinaigre, et dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre (Ps 68, 22) ».

On a donné cela à boire à Jésus sur la Croix.

« Dans sa mort il est avec le riche (Is 53, 9) ».

Jésus fut enterré dans le tombeau de Joseph d’Arimatie, un riche disciple.

En plus de la réalisation de toutes ces prophéties, la sagesse de Jésus et sa sainteté montrent qu’il est envoyé de Dieu. Ses ennemis ont tenté plusieurs fois de lui faire dire des erreurs ou faire des péchés, mais ils n’y ont jamais réussi.

Les miracles de Jésus :

Un miracle est un fait sensible et certain, dépassant toutes les forces humaines, en dérogation évidentes aux lois de la nature, et qui n’est pas possible sans l’intervention spéciale de Dieu.

Jésus a fait de très nombreux miracles, qui sont racontés dans les évangiles. Saint Jean explique même que Jésus en a fait beaucoup d’autres, qui n’ont pas été écrits, car il aurait fallu plusieurs livres entiers. Ces miracles ne montrent pas directement que Jésus est Dieu, car des prophètes de l’Ancien Testament en ont fait aussi. Mais les prophètes faisaient des miracles au nom de Dieu, alors que Jésus les faits en son propre nom.

Jésus est Dieu

Jésus est appelé Seigneur et Fils de Dieu dans l’Evangile, et il accepte ces titres.

Aujourd’hui, cela semble normal, parce qu’on appelait aussi les nobles « Seigneur » au Moyen-Age, et que nous disons que nous sommes tous fils de Dieu. Mais à l’époque de Jésus, on n’avait pas le droit de prononcer le nom de Dieu, Yahvé, alors on l’appelait Elohim, qui se traduit par « Seigneur ». C’est donc le nom-même de Dieu que l’on donne à Jésus.

Pour le nom de Fils de Dieu, les juifs ont très bien compris que Jésus se disait le Fils unique du Père, qu’il se faisait Dieu, et c’est pour cela qu’ils veulent le tuer.

De plus, Jésus dit que Dieu est son Père, et qu’il est égal à lui. Il dit à ses disciples « Mon Père et moi nous sommes Un (Jn 10, 30) ». Et quand Saint Philippe, l’un des Apôtres, demande à Jésus de leur donner une vision du Père, il lui répond : « Philippe, qui me voit, voit aussi le Père. Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? (Jn 14, 9-11) ».

Il s’est attribué des perfections et des pouvoirs qui n’appartiennent qu’à Dieu. Il dit qu’il est éternel : « Avant qu’Abraham fût, je suis (Jn 8, 58) ».

On se souvient que le nom « Je suis » est le nom propre de Dieu. Dieu est celui qui est.

Il affirme sa toute-puissance, à égalité avec le Père : « Quelque chose que le Père fasse, le Fils le fait pareillement. Comme le Père ressuscite les morts et leur donne la vie, aussi le Fils donne la vie à qui lui plait (Jn 5, 19) ». Il pardonne les péchés, ce qui est un pouvoir de Dieu : « Ayez confiance, mon fils, dit-il au paralytique, vos péchés vous sont pardonnés (Mt 9, 2) ».

Le Mystère de l’Incarnation

Explications générales

Il faut faire très attention à cette partie du cours, parce qu’elle est assez compliquée !

Le mystère de l’Incarnation est le mystère de l’union de la nature humaine et de la nature divine dans la seule personne du Verbe. Cette union s’est réalisée en Jésus-Christ, c’est pourquoi on peut l’appeler l’Homme-Dieu.

On appelle cette union l’union hypostatique : ce terme compliqué vient du grec, car le mot « hypostase » veut dire « personne ». Donc en Dieu il y a une nature divine et trois Personnes, mais dans le Christ Jésus il y a deux natures (humaine et divine, puisque Jésus est à la fois homme et Dieu), mais une seule personne, la deuxième Personne de la Sainte Trinité, le Fils.

On peut donc dire que l’Incarnation est l’entrée de la Personne divine dans la nature humaine. C’est l’union de la nature humaine et de la nature divine dans l’unique Personne du Fils.

Il n’y a pas de personne humaine dans le Christ. Il ne peut pas y avoir deux personnes dans un seul homme ! La personne de Jésus est donc la seule Personne divine du Fils.

La nature et la Personne divine du Christ

On se souvient que quand Dieu agit dans le monde, c’est la Trinité toute entière qui agit. Mais dans le cas de l’Incarnation, seule la deuxième Personne de la Trinité, le Fils, s’est incarné.

Mais quand le Fils a pris une nature humaine, il n’a pas laissé sa nature divine, car sinon il ne serait plus Dieu ! Il a caché sa divinité pour vivre parmi les hommes. On se souvient que quand les Apôtres ont vu Jésus avec la gloire de sa divinité, pendant la Transfiguration, ils n’ont même pas pu le regarder en face.

La nature humaine de Jésus a commencé au moment de sa conception dans le ventre de la Vierge Marie, le jour de l’Annonciation.

La nature humaine du Christ

Comme toute nature humaine, comme nous, le Christ est composé d’un corps et d’une âme. Mais dans son cas, il faut expliquer un peu plus !

Le corps du Christ

le corps de Jésus a été formé dans le ventre de la Vierge Marie. Ce corps était parfait, sans défauts ; mais il pouvait avoir faim, soif, sommeil, il pouvait souffrir.

Le Christ a accepté librement ces défauts de son corps : comme il était Dieu, il aurait pu les supprimer comme il voulait.

L’âme du Christ

l’âme du Christ a été créée directement par Dieu, comme la nôtre. Comme nous, Jésus avait une intelligence et une volonté humaine.

Mais la science de Jésus est très spéciale, parce qu’il en a trois ! Comme homme, il a commencé par être un bébé, qui a dû apprendre à marcher et à parler, mais comme Dieu, il sait tout. Jésus avait donc en même temps sa science divine, sa science humaine (qui a progressé, pour apprendre un métier par exemple), et une troisième science, appelée infuse. On a vue qu’une chose infuse, comme les dons du Saint-Esprit, est directement mise par Dieu dans notre âme. Le Christ a reçu, en plus de sa science humaine, des éléments de science directement mis par Dieu dans son âme humaine.

De plus, le Christ avait une entière liberté, mais il n’a jamais connu de péché.

On a dit que le péché était une action par laquelle on se détourne de Dieu pour lui désobéir. Puisque Jésus est Dieu, il ne peut pas se désobéir à lui-même.

Enfin, Jésus a eu des sentiments vraiment humains : il a aimé, il a été triste, il a eu peur, il s’est ennuyé, etc.

Le Culte du Sacré-Cœur

Le culte que l’on rend à quelqu’un s’adresse à la personne toute entière. Mais il est permis de considérer dans la personne telle ou telle qualité, et telle partie plutôt que telle autre.

Toutes les parties de la nature humaine peuvent être adorées, car elles ont toutes été unie à la Personne du Fils. Mais certaines parties de son corps sont plus honorées, parce qu’elles ont plus participés à notre salut : ses blessures, son sang, et surtout le Sacré-Cœur.

Quand on vénère le Sacré-Cœur, on vénère le vrai cœur de Jésus-Christ, uni à son âme et à sa Personne divine. Le cœur du Christ est la partie la plus noble et la plus belle de sa nature humaine. C’est de ce cœur qu’a coulé le sang très précieux qui a racheté nos âmes. Mais on vénère aussi l’amour humain et divin du Jésus dont ce cœur est le symbole.

Le culte du Sacré Cœur a pour but de nous faire aimer de plus en plus Notre-Seigneur et de réparer les blessures qui lui sont faites, par des actes d’adoration, d’amour et de réparation.