Dans l'affaire des aides (de la grâce) la faculté a été donnée par le souverain pontife à ceux qui disputent comme aussi aux conseillers de retourner dans leur pays et dans leurs maisons ; et il a été ajouté que Sa Sainteté publierait en temps opportun l'explication et la décision attendues. Mais il a été interdit de façon très stricte par le même très saint Seigneur qu'en traitant de cette question quelqu'un soit juge, soit censure de quelque façon que ce soit le parti qui lui est opposé.
Bien plus, il souhaite qu'ils s'abstiennent d'utiliser les uns à l'égard des autres des paroles trop rudes qui témoignent de l'amertume du coeur.
On a différé les choses en cette affaire (à savoir quant à une décision dans la question des aides de la grâce) pour trois raisons :
Tout d'abord pour être tout à fait certain, et parce que le temps enseigne et montre la vérité des choses, puisqu'il est un grand juge et censeur des choses.
En deuxième lieu parce que l'un et l'autre parti s'accorde quant à la substance avec la vérité catholique, à savoir que Dieu nous a fait agir avec l'efficacité de sa grâce, qu'il fait vouloir des hommes qui ne veulent pas et qu'il dirige et change les volontés des hommes - et c'est de cela qu'il est question - , mais qu'ils ne sont en désaccord que quant à la manière ; les Dominicains en effet disent qu'il prédétermine notre volonté physiquement, c'est-à-dire de façon réelle et efficace, et les Jésuite tiennent qu'il le fait de façon appropriée et moralement des opinions qui l'une et l'autre peuvent être défendues.
En troisième lieu, parce que en ces temps où il existe tant d'hérésies, il convient beaucoup de préserver et de maintenir la réputation et le crédit de ces deux ordres, et parce que Si on porte le discrédit sur l'un d'eux il peut en résulter un grand dommage.
Mais s'il devait être dit qu'il est bon de savoir quelle foi doit être tenue en la matière, il est répondu qu'il faut suivre et tenir la doctrine du concile de Trente, dans la 6e session sur la justification, qui est claire et limpide, qui dit en quoi consiste l'erreur et l'hérésie des pélagiens et des semi- pélagiens ainsi que celle de Calvin, et qui enseigne la doctrine catholique selon laquelle il est nécessaire que le libre arbitre soit mû, suscité et aidé par la grâce de Dieu, et qu'il peut librement y assentir ou ne pas y assentir ; et il ne s'est pas engagé dans cette question concernant la manière dont opère la grâce ; elle a été touchée par le concile, mais a été abandonnée parce que inutile et non nécessaire, imitant en cela Célestin 1er qui, après avoir défini plusieurs questions ou propositions en cette matière, a dit qu'il n'osait pas condamner et ne voulait pas non plus affirmer quelques autres, (de nature) plus difficile et plus subtile 249
