2) Nous avons appris que la pénitence était refusée aux mourants, et que l'on ne répondait pas aux désirs de ceux qui, au moment de leur mort, désiraient qu'on vienne en aide à leur âme par ce remède. Nous restons horrifiés, nous l'avouons, devant l'impiété de ceux qui osent mettre en doute la bonté de Dieu. Comme si Dieu ne pouvait pas secourir tous les pécheurs qui se tournent vers lui, à n'importe quel moment, et comme s'il ne pouvait pas délivrer l'homme, chancelant sous le poids de ses péchés, du fardeau dont il souhaite être débarrassé. Je vous le demande : que signifie ceci , sinon apporter une nouvelle mort à celui qui va mourir et tuer son ame, en se comportant de telle sorte qu'elle ne puisse plus être purifiée ? Or Dieu est toujours disposé au pardon ; il invite à la pénitence et déclare : " Le pécheur, quel que soit le jour où il se sera converti, son péché ne lui sera plus imputé " Ez 33,16. ... Puisque c'est Dieu qui sonde les coeurs, il ne faut refuser à aucun moment la pénitence à qui la demande. ...
CELESTIN Ier : 10 septembre 422 - 27 juil
La réconciliation à l'heure de la mort
L'autorité d'Augustin.
Chap. 2. Augustin, homme de sainte mémoire par sa vie et ses mérites, nous l'avons toujours eu en communion avec nous et jamais ne fût-ce que la rumeur d'une suspicion ne l'a atteint ; et nous nous souvenons qu'il avait en son temps un si grand savoir, qu'auparavant déjà mes prédécesseurs l'ont toujours considéré comme faisant partie des maîtres les meilleurs.
La grâce
Puisque certains, qui tirent gloire du nom de catholiques, en demeurant par méchanceté ou par ignorance, dans les idées condamnées des hérétiques, osent s'opposer aux pieux argumentateurs, et que, tout en condamnant sans hésitation Pélage et Célestius, ils accusent faussement nos maîtres d'avoir dépassé la mesure nécessaire et qu'ils déclarent vouloir uniquement suivre et reconnaître ce que le très saint Siège du bienheureux apôtre Pierre a, par le ministère de ses évêques, sanctionné et enseigné contre les ennemis de la grâce de Dieu, il a fallu rechercher exactement le jugement des chefs de l'Eglise romaine sur l'hérésie qui avait surgi de leur temps, et les idées qu'ils ont estimé nécessaire d'avoir sur la grâce de Dieu contre les très néfastes défenseurs du libre arbitre. Nous y avons joint aussi quelques sentences des conciles africains : celles que les évêques Apostoliques ont certainement faites leurs en les approuvant. Pour que donc ceux qui doutent en quelque point puissent s'instruire plus complètement, nous publions, en un bref résumé (Indiculus), les constitutions des saints pères. Celui qui n'est pas trop porté à la dispute pourra reconnaître que le résultat de toutes ces discussions est inclus dans les phrases brèves des autorités alléguées et qu'il ne lui reste plus motif à contredire, s'il croit et dit avec les catholiques.
Chap. 1. Dans la prévarication d'Adam, tous les hommes ont perdu leur pouvoir naturel et leur innocence, et aucun ne peut, par son libre arbitre, remonter de l'abîme de cette ruine si la grâce du Dieu qui fait miséricorde ne le relève, comme le déclare le pape Innocent, d'heureuse mémoire, dans son épître au concile de Carthage : " Victime un jour de son libre arbitre, en usant de ses biens inconsidérément, l'homme tombe dans les profondeurs de la prévarication, où il s'enfonce, et il ne trouve rien qui puisse lui permettre d'en sortir. Trompé pour toujours par sa liberté, il demeurerait écrasé sous le poids de cette ruine si ensuite ne le relevait, par sa grâce, la venue du Christ, qui a lavé tout péché passé dans le bain du baptême par la purification d'une nouvelle naissance ".
Chap. 2. Personne n'est bon par soi-même, si celui qui seul est bon ne le fait participer à lui-même. C'est ce que nous déclare dans la même lettre la sentence du même pape : " Pourrons-nous désormais attendre quelque chose de bon d'esprits qui pensent qu'ils doivent leur bonté à eux-mêmes, sans regarder celui dont ils reçoivent chaque jour la grâce, dans la confiance où ils sont de pouvoir l'obtenir sans lui ? "
Chap. 3. Personne, même renouvelé par la grâce du baptême, n'est capable de surmonter les embûches du diable, ni de vaincre les concupiscences de la chair, s'il ne reçoit de l'aide quotidienne de Dieu la persévérance dans une bonne vie. C'est ce que confirme la doctrine du même pasteur dans ces mêmes pages où il dit : " Bien que Dieu ait racheté l'homme de ses péchés passés, parce
qu'il sait qu'il y aura des moyens de le redresser, même après ces fautes, en donnant chaque jour ces remèdes sans lesquels, si nous ne nous appuyons pas avec confiance sur eux, nous ne pourrons en aucune façon vaincre nos erreurs humaines. Il est en effet nécessaire que, comme nous sommes vainqueurs avec son aide, sans son aide, nous soyons vaincus ".
Chap. 4. Que personne n'use de son libre arbitre, sinon grâce au Christ, le même maître l'a déclaré dans la lettre envoyée au concile de Milève 219 : " Prends garde enfin, perverse doctrine d'esprits très pervertis, que sa liberté même a si bien trompé le premier homme que, tandis qu'il s'est servi plus mollement de son frein, sa présomption l'a fait tomber dans la prévarication. Il n'eût pu en être délivré si, dans le dessein de le régénérer, la venue du Christ n'avait restauré l'état de la liberté première ".
Chap. 5. Tous les efforts, toutes les oeuvres et tous les mérites des saints doivent être rapportés à la gloire et à la louange de Dieu. Personne ne lui plaît sinon grâce à ce qu'il a donné lui-même. C'est vers cette idée que nous dirige l'autorité décisive du pape Zosime, d'heureuse mémoire, lorsque, écrivant aux évêques de l'univers entier, il dit : " Pour nous, c'est par une motion divine (tous les biens doivent être en effet rapportés à leur auteur, de qui ils proviennent) que nous avons tout remis à la conscience de nos frères et collègues les évêques ". Les évêques d'Afrique vénérèrent avec tant d'honneur cette parole, où rayonnait la lumière d'une très sincère vérité, qu'ils écrivirent ainsi à leur auteur : " Cette phrase des lettres que vous avez pris soin d'envoyer à toutes les provinces, en disant : " Pour nous, c'est par une motion divine, etc. ", nous avons considéré que vous la disiez pour pourfendre rapidement, comme en passant, avec le glaive dégainé de la vérité, ceux qui exaltent la liberté du libre arbitre contre l'aide de Dieu. Qu'avez-vous fait avec un si libre arbitre sinon tout rapporter à notre humble conscience ? Et cependant, vous avez vu avec sincérité et sagesse que vous faisiez cela par une motion divine, et vous l'avez dit avec véracité et courage. C'est pourquoi, puisque " la volonté est préparée par le Seigneur " Pr 8,35 LXX ; voir Can.374 , lui-même touche les coeurs de ses fils par ses inspirations paternelles, pour qu'ils fassent quelque bien. " Car tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu " Rm 8,14 ; ainsi, nous ne pensons pas que notre libre arbitre nous manque et nous ne doutons pas que, dans chacun des bons mouvements de la volonté humaine, l'aide du Saint-Esprit ne soit prévalente ".
Chap. 6. Dieu agit dans le coeur des hommes et dans le libre arbitre lui- même, de sorte qu'une sainte pensée, un pieux dessein et tout mouvement de volonté bonne viennent de Dieu : nous pouvons quelque bien grâce à celui sans lequel nous ne pouvons rien Jn 15,5. Le même docteur, Zosime, nous a formés à le dire, lorsqu'il parlait aux évêques de l'univers entier du secours de la grâce divine : " Y a-t-il donc un temps, dit-il, où nous n'ayons pas besoin de son secours ? En tout acte, toute situation, toute pensée, tout mouvement, notre aide et protecteur doit être invoqué ". C'est orgueil, pour la nature humaine, de se targuer de quelque chose, alors que l'Apôtre proclame : " Ce n'est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les principautés et les puissances de l'air, contre les esprits du mal des espaces célestes " Ep 6,12. Et comme il dit encore : " Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort ? La grâce de Dieu par notre Seigneur Jésus Christ " Rm 7,24. Et encore : " C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n'a pas été stérile ; mais j'ai travaillé plus qu'eux tous : pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi " 1Co 15,10.
Chap. 7. Nous acceptons aussi comme un bien propre, pour ainsi dire, du Siège apostolique, ce qui a été décidé dans les décrets du concile de Carthage (418) dans son troisième chapitre : " Quiconque dit que la grâce de Dieu, qui justifie l'homme par notre Seigneur Jésus-Christ, vaut uniquement pour la rémission des péchés déjà commis, mais non pour aider à n'en plus commettre, qu'il soit anathème. "
Et de nouveau dans le quatrième chapitre : " Quiconque dit que la grâce de Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ nous aide à ne plus pécher en ce sens seulement qu'elle nous révèle et nous ouvre l'intelligence des commandements, en sorte que nous sachions ce que nous devons désirer et ce que nous devons éviter, mais qu'elle ne nous donne nullement l'amour et la force de faire aussi ce que nous avons reconnu comme notre devoir, qu'il soit anathème. Car, puisque l'Apôtre dit " La science enfle, mais la charité édifie " 1Co 8,1 il est très impie de croire que nous avons la grâce du Christ pour la science qui enfle et que nous ne l'avons pas pour la charité qui édifie, puisque c'est également un don de Dieu de savoir ce que nous devons faire et d'avoir l'amour pour le faire. Ainsi la charité qui édifie empêche que la science nous enfle. Comme il est écrit de Dieu : " Il enseigne la science à l'homme " Ps 94,10, il est aussi écrit : " La Charité vient de Dieu " 1Jn 4,7.
Et de même au cinquième chapitre : " Quiconque dit que la grâce de la justification nous est précisément donnée pour pouvoir accomplir plus facilement par elle ce que nous devons faire par notre libre arbitre, en sorte que, si la grâce n'était pas donnée, nous pourrions pourtant, quoique avec moins de facilité, observer sans elle les commandements de Dieu, qu'il soit anathème. Lorsqu'il parle du fruit des commandements, le Seigneur ne dit pas " Sans moi vous pouvez le faire plus difficilement ", mais : " Sans moi, vous ne pouvez rien faire " 1Jn 15,5.
Chap. 8. Outre ces décisions inviolables du très saint Siège apostolique par lesquelles nos saints pères, en rejetant l'orgueil de cette néfaste nouveauté, ont enseigné que les commandements de la bonne volonté, l'accroissement des efforts louables et la persévérance en eux jusqu'à la fin sont à attribuer à la grâce du Christ, considérons aussi les mystères des prières dites par les prêtres. Transmis par les apôtres, ils sont célébrés uniformément dans le monde entier et dans toute l'Eglise catholique, pour que la loi de la prière constitue la loi de la foi.
Lorsque ceux qui président aux saintes assemblées accomplissent la mission qui leur a été confiée, ils présentent à la clémence divine la cause du genre humain et, toute l'Eglise gémissant avec eux, ils demandent et ils prient pour que la foi soit donnée aux infidèles, pour que les idolâtres soient délivrés des erreurs qui les laissent sans Dieu, pour que le voile qui couvre le coeur des Juifs disparaisse, et que la lumière de la vérité luise sur eux, pour que les hérétiques se repentent et acceptent la foi catholique, pour que les schismatiques reçoivent l'esprit d'une charité ranimée, pour qu'à ceux qui sont tombés soient donnés les remèdes de la pénitence, pour qu'enfin aux catéchumènes conduits aux sacrements de la régénération soit ouvert le palais de la miséricorde céleste.
Ces demandes ne sont pas adressées à Dieu formellement ni vainement : les faits le montrent effectivement. Car Dieu daigne attirer nombre de victimes de toutes sortes d'erreurs ; " arrachés à la puissance des ténèbres, il les fait passer dans le Royaume de son Fils bien-aimé " Col 1,13 et, " de vases de colère ", il en fait " des vases de miséricorde " Rm 9,22-23. Tout cela est si fortement ressenti comme l'oeuvre de Dieu que l'action de grâces continuelle et la louange de sa gloire sont adressées à Dieu qui fait ces choses, pour avoir illuminé et corrigé ces hommes.
Chap. 9. Contemplons aussi d'un regard diligent ce que la sainte Eglise fait uniformément pour les baptisés dans le monde entier. Quand des enfants ou des adolescents viennent au sacrement de la régénération, ils n'accèdent pas à la fontaine de vie avant que l'esprit immonde n'ait été expulsé d'eux par les exorcismes et les exsufflations des prêtres ; afin que soit vraiment mis en lumière comment " le prince de ce monde est jeté dehors " Jn 12,31 comment " d'abord l'homme fort est ligoté " Mt 12,29, comment ensuite " on lui prend ses biens " Mc 3,27 passés en possession du vainqueur qui " a emmené captive la captivité " Ep 4,8 et qui " fait des dons aux hommes " Ps 68,19
Ces règles de l'Eglise et ces preuves fondées sur l'autorité divine nous ont tellement confirmés, avec l'aide du Seigneur, que nous professons que Dieu est l'auteur de tous les bons mouvements et des bonnes actions, de tous les efforts et de toutes les vertus qui, depuis les commencements de la foi, nous font tendre vers Dieu. Nous ne doutons pas que sa grâce prévienne tous les mérites de l'homme. Par lui, nous commençons à " vouloir " et à " faire " quelque bien Ph 2,13
Cette aide et ce secours de Dieu n'enlèvent certes pas le libre arbitre, mais ils le libèrent, pour que d'obscur il soit lumineux, de pervers il soit droit, de languissant il soit sain, d'imprudent il soit sage. Si grande est en effet la bonté de Dieu pour tous les hommes qu'il veut que nos mérites soient ses propres dons, et qu'il nous donnera une récompense éternelle pour ce qu'il nous a prodigué. Il agit en nous pour que nous voulions et fassions ce qu'il veut, et il ne souffre pas que demeure en nous inactif ce qu'il nous a donné pour nous en servir. non pas pour le négliger. afin que nous soyons aussi les coopérateurs de la grâce de Dieu. Si nous voyons quelque chose s'alanguir en nous par suite de notre lâcheté, recourons instamment à celui qui guérit toutes nos langueurs et rachète notre vie de la mort Ps 103,3-4, lui à qui nous disons chaque jour : " Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal " Mt 6,13
Chap. 10. Pour les points plus profonds et plus difficiles des questions qui se posent, et qu'ont traitées au plus large ceux qui ont résisté aux hérétiques, nous n'osons pas les mépriser, pas plus que nous ne jugeons nécessaire de les alléguer, car pour confesser la grâce de Dieu, à l'oeuvre miséricordieuse de qui rien absolument ne saurait échapper, nous croyons suffisant ce que ces écrits nous ont enseigné, en accord avec les règles du Siège apostolique déjà mentionnées, si bien que nous ne considérons plus comme catholique ce qui se présenterait comme contraire aux sentences déterminées ci-avant.
