Section 28 · 451–498

Une heure de grâce

Le viatique, sacrement des mourants

451 Pour les mourants l'eucharistie est vraiment le "dernier sacrement". Reçue à l'intérieur ou en dehors de la messe, l'ultime communion du chrétien porte le nom de viatique : nourriture pour la dernière étape, celle du passage vers le Père et de l'entrée dans le Royaume. Le viatique est la grande communion pascale du chrétien. Elle porte jusqu'aux extrêmes limites de cette vie la présence réelle du Christ et les lumières de son Alliance, capables de transfigurer la souffrance et même la mort. Cette communion est semence de vie éternelle et suprême profession de foi en cette vie éternelle. "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour" (Jn 6,54).

"A l'heure où pour le malade tout semble s'effondrer, la communion au Corps et au Sang du Christ manifeste qu'en Jésus Christ, Dieu fait avec nous une Alliance éternelle ; elle annonce aussi qu'au-delà de la mort Dieu invite à la joie du banquet messianique" (rituel romain, 26).

L'ordre

452 Le Seigneur Jésus, pour le service du peuple de Dieu, a institué dans son Église des pasteurs qui tendent au bien de tout le corps ecclésial. Ces chrétiens, à qui est confié le ministère pastoral, sont habilités à cette tâche par le sacrement de l'ordre. "Par la vertu du sacrement de l'ordre, à l'image du Christ prêtre suprême et éternel", les prêtres "sont consacrés pour prêcher l'Évangile, pour être les pasteurs des fidèles et pour célébrer le culte divin en vrais prêtres du Nouveau Testament" (LG 28).

Un unique médiateur

453 Dieu ne cesse de proposer à l'homme son Alliance. Il choisit un médiateur pour la première Alliance : Moïse. Celui-ci est l'artisan visible de la libération du peuple, son guide dans la marche au désert, l'intermédiaire par lequel Dieu donne sa Loi et scelle l'Alliance au Sinaï. En faveur du peuple qui a péché, Moïse intercède et devient ainsi la figure du médiateur.

L'Évangile nous présente Moïse et Élie auprès du Christ transfiguré (cf. [Mt 17,3). Ils soulignent ainsi que la réalité définitive est désormais présente en Jésus dont ils n'étaient que la figure. Le Christ agit comme médiateur de la Nouvelle Alliance. Sur la montagne, il donne les béatitudes, charte du Royaume qu'il institue. Il parle en médiateur avec une autorité totalement nouvelle. Cette loi vient de lui, comme Fils unique du Père. "Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le !" (Mt 17,5). Le Christ n'est pas seulement le porte-parole de Dieu, comme Moïse et Élie. Il est Dieu fait homme. A lui seul, il est déjà la Nouvelle Alliance réalisée. Quand il prie et intercède, il présente à Dieu toutes les aspirations et les ! souffrances de l'humanité. Quand il parle, ce sont les secrets du Père qui prennent chair en des paroles humaines. Il est médiateur au sens le plus fort.

La communion entre Dieu et l'humanité ne s'accomplira jamais parfaitement qu'en la personne du Christ. Il en est l'unique artisan. "Il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous les hommes" (1Tm 2,5-6 He 8,6 He 9,15 He 12,24). "Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix" (Col 1,19-20).

Un unique Prêtre

454 Les prêtres, selon les récits de l'Ancien Testament, offraient régulièrement à Dieu des sacrifices de louange et de repentance. Ils étaient choisis dans la descendance d'Aaron, de la tribu de Lévi. Leurs fonctions étaient héréditaires. Ils entraient dans une longue tradition d'offrants depuis Abel le juste, Abraham, le père des croyants, et Melchisédech, le grand prêtre (cf. prière eucharistique I). Par eux la fonction sacerdotale d'offrande sacrificielle était institutionnalisée.

Jésus, lui, n'était pas descendant de la famille sacerdotale d'Aaron. Il n'avait donc ni rang ni fonction de prêtre. Il n'a offert qu'un seul et unique sacrifice, entièrement nouveau : le sacrifice de sa propre vie. Il accomplissait et dépassait ainsi tous les sacrifices de la première Alliance (cf. [He 8-10). Il a scellé l'Alliance nouvelle dans son sang. C'est par sa naissance de Fils unique de Dieu en notre chair qu'il est devenu Prêtre en ce sens exceptionnel. S'étant aussi présenté comme nouveau Temple de Dieu, il affirme que, désormais, le vrai sacrifice sera célébré dans ce Temple, lieu où l'homme rencontre Dieu.

La lettre aux Hébreux souligne ce caractère absolument unique du sacerdoce de Jésus (cf. He 9,11 He 9,13-14).

De même qu'il est l'unique médiateur de la Nouvelle Alliance, le Christ en est l'unique Prêtre. A juste titre, l'épître aux Hébreux réserve donc au Christ seul le mot antique de "prêtre", au sens de : homme du sacré, homme du temple, homme sacerdotal.

Une "communauté sacerdotale"

455 C'est toute la communauté de la Nouvelle Alliance qui est désormais appelée "sacerdotale". Elle prend le relais de la descendance d'Aaron, mais dans un sens radicalement transformé. Grâce au Christ et en lui, tous les fidèles de la Nouvelle Alliance deviennent temple de Dieu, lieu où il demeure et où il est célébré. A la suite du Christ, "par lui, avec lui et en lui" ils offrent le sacrifice spirituel de leur propre existence. Le Christ, unique prêtre, les consacre par le don de l'Esprit (cf. [Jn 17,19). Ils ont à devenir ensemble hostie vivante, offerte au milieu du monde. "Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable" (Rm 12,1). "Comme des pierres vivantes, vous êtes édifiés en maison spirituelle, pour constituer une sainte communauté sacerdotale, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ" (1P 2,5).

Lorsque Pierre dit aux chrétiens qu'ils forment un "sacerdoce saint", un "sacerdoce royal", il souligne cette nouveauté du sacerdoce chrétien. Il aide les fidèles à prendre conscience de ce qu'ils sont : un peuple s'offrant et se consacrant dans l'Alliance. Il rappelle que cette qualité d'offrants et d'offerts à Dieu doit sans cesse progresser.

Cette communauté sacerdotale reçoit son identité de celui qui en demeure la "tête" (Ep 1,22). Plus elle vit en communion avec le Christ, plus elle devient le peuple sacerdotal dont le Christ demeure l'unique Tête.

Le sacerdoce ministériel

456 Pourtant, nous voyons Jésus instituer des ministres pour son Église. Ces ministres ne prennent pas sa place d'unique prêtre et n'enlèvent pas à la communauté son caractère sacerdotal, prophétique et royal. "Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d'un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l'offrir à Dieu au nom du peuple tout entier" ([LG 10).

Au début de son ministère public, Jésus choisit, par un appel souverain, douze disciples qu'il associe de manière particulière à sa tâche (cf Mc 3,13-18). Il les envoie dans une première mission, de courte durée, à travers les villages où il avait l'intention de se rendre. Il les charge d'annoncer la paix et l'imminence du Royaume. Il leur demande une grande disponibilité. Pour être les précurseurs du Royaume, ils doivent mener une vie simple, vivre au milieu des gens et guérir (cf Lc 9,1-6). "Quand les Apôtres revinrent, ils racontèrent à Jésus tout ce qu'ils avaient fait. Alors Jésus, les prenant avec lui, partit à l'écart" (Lc 9,10). Il leur explique le sens des paraboles qui demeure encore partiellement incompris des foules (cf Lc 8,10). Il les interroge sur ce que les foules pensent de lui (cf. Mt 16,13-20). Jusqu'au dernier moment, Jésus forme, en les associant au service du Royaume, ceux auxquels il veut confier la charge de continuer cette mission de Pasteur.

457 A la veille de sa mort, il les institue dans le sacerdoce en leur demandant de perpétuer la présence efficace et la célébration de soli sacrifice rédempteur dans l'eucharistie : "Faites cela en mémoire de moi" (Lc 22,19 cf. concile de Trente, DS 1740 FC 766). Après la résurrection, il apparaît aux Onze, se fait reconnaître d'eux, les invite à la paix. Il guérit en eux la blessure causée par leur propre absence au moment où il offrait sa vie sur la croix. Il leur communique l'Esprit Saint pour pardonner les péchés (cf Jn 20,22-23). Il leur ouvre l'esprit à l'intelligence des Écritures et il conclut : "C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis" (Lc 24,45-48). Au moment de les quitter, il leur confie la mission de baptiser et de porter son Évangile jusqu'aux extrémités de la terre (cf Mt 28,19-20).

Pierre demande à l'assemblée réunie au cénacle de choisir un homme pour remplacer Judas. Il rappelle que ce choix doit porter sur des hommes qui ont accompagné le Seigneur depuis le baptême de Jean jusqu'au jour où le Christ leur fut "enlevé". Car la mission de cet homme sera essentiellement de "devenir témoin de sa résurrection" (cf. Ac 1,22). Un lien très fort est donc établi, dès le début, entre le ministère des apôtres et le témoignage à rendre au Christ devant le monde. C'est désormais le collège des apôtres qui authentifie le choix des témoins au sein de la communauté ecclésiale. Il a conscience de le faire au nom du Christ. Il sait que ce choix devient choix du Christ Tête. Le collège des Douze montre ainsi que sa responsabilité ne vient pas de lui-même mais du Christ qui demeure la véritable Tête vivante de l'Église.

458 Les Actes des apôtres décrivent les rites essentiels de cet établissement dans le ministère de témoin de la Résurrection. La communauté prie, souvent en jeûnant. Elle discerne les aptitudes du nouveau témoin. Les apôtres, une fois la décision prise, imposent les mains sur les hommes choisis et les envoient. C'est de l'Esprit que ces envoyés tiennent leur mission (cf. Ac 13,1-4 Ac 20,28).

Au temps des apôtres comme dans les années qui vont suivre, nous voyons ces ministres de l'Évangile rappeler le commandement de Jésus, rassembler les fidèles et célébrer la fraction du pain ou eucharistie. Ils président à la charité et à l'entraide. C'est au nom du Christ qu'ils assument cette responsabilité diversifiée. Ils demeurent toujours situés dans une communauté, même s'ils passent de communauté en communauté pour porter le Christ jusqu'aux extrémités du monde. Leur assurance vient de l'Esprit, reçu par l'imposition des mains, et du rayonnement de l'Évangile qu'ils proclament (cf. 2Tm 1,6-14). Choisis, envoyés, investis de cette grâce de témoignage, de présidence et de responsabilité, ils demeurent sous l'influence du Christ, non seulement par ce qu'ils font mais aussi par ce qu'ils sont.

Un sacrement appelé "ordre"

459 Très tôt, s'appuyant sur les épîtres de saint Paul qui emploient les trois termes d'évêque, de presbytre (que l'on traduit en français par prêtre) et de diacre, l'Église a distingué trois degrés dans ce sacrement unique. Le mot choisi pour le caractériser, ordre, désignait dans l'antiquité romaine les corps constitués, au sens civil. L'Église a repris ce terme à propos de ses propres corps constitués et notamment de l'ordre des évêques, des prêtres et des diacres. L'intégration dans l'un de ces corps de l'Église se fait par une ordination comprenant l'imposition des mains et la prière de consécration, qui fait d'un fidèle baptisé un ministre ordonné.

Les évêques

460 Les évêques reçoivent "la plénitude du sacrement de l'ordre" ([LG 21). Ils entrent ainsi dans le Collège apostolique, qui succède au Collège des douze Apôtres. Ils sont collégialement envoyés au monde entier et portent en commun le souci de toutes les Eglises. Au sein et à la tête de ce Collège épiscopal, l'évêque de Rome assume la charge confiée par le Christ à Pierre au milieu des Douze. "Le Collège des évêques, dont le chef est le pontife suprême [...\, et dans lequel se perpétue le corps apostolique, est lui aussi en union avec son chef et jamais sans lui, sujet du pouvoir suprême et plénier sur l'Église tout entière" (CIC 336). "Par la consécration épiscopale elle-même, les évêques reçoivent, avec la charge de sanctifier, celles d'enseigner et de gouverner, mais, en raison de leur nature, ils ne peuvent les exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef et les membres du Collège" (CIC 375 LG 21).

Les évêques reçoivent ordinairement la charge d'un diocèse. Ils président au nom et en place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, avec l'aide des prêtres et des diacres qu'ils sont les seuls à ordonner (cf. LG 20).

461 La consécration épiscopale est célébrée par trois évêques au moins. Ils imposent les mains sur le nouvel évêque. Une prière de consécration est prononcée tandis que le livre des évangiles est tenu sur sa tête et ses épaules : elle exprime le sens du ministère épiscopal et sa réalisation par l'Esprit du Christ. Les évêques consécrateurs disent ensemble : "Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l'Esprit qui fait les chefs, l'Esprit que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus Christ, celui qu'il a donné lui-même aux saints Apôtres qui établirent l'Église en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange incessante et à la gloire de ton Nom."

Le mot "évêque" vient du grec "episcopos" et désigne la mission de veiller sur le troupeau, en voyant ce qui lui convient et en intervenant pour qu'il se comporte le plus parfaitement possible en peuple de Dieu.

Les prêtres

462 Dans l'unité du "presbyterium", les prêtres sont établis par l'ordination coopérateurs des évêques, participant à "l'autorité par laquelle le Christ lui-même construit, sanctifie et gouverne son Corps". En effet, ils sont configurés au Christ Prêtre pour être rendus "capables d'agir au nom du Christ Tête en personne" (PO 2).

Le mot "prêtre" qui les désigne, et mieux encore celui de "presbyterium", collège des prêtres (comme aussi le mot de "presbytère"), vient d'un mot grec signifiant "ancien". Il rappelle que, depuis l'époque apostolique, les prêtres sont choisis parmi des baptisés qui ont donné la preuve de leur attachement au Seigneur et de leurs aptitudes à servir le bien de la communauté qui leur est confiée.

L'ordination presbytérale est conférée à des hommes choisis et formés au sein de la communauté ecclésiale et, dans l'Église latine, ayant choisi le célibat dans un esprit de consécration totale de leur personne.

463 La tradition antique de l'Église latine d'exiger que les clercs majeurs s'abstiennent du mariage est attestée par des canons conciliaires dès le début du IVème siècle. Par le signe de la chasteté vécue dans le célibat les prêtres expriment leur attachement déterminant au Christ Prêtre et à l'Église son Épouse. Ce signe n'est pas d'abord celui d'un effort de perfection personnelle dans une rupture avec le monde, mais la manifestation et le moyen d'une vie donnée, saisie par le Christ et le service de son Évangile, au point de "n'appartenir" à personne d'autre.

L'évêque interroge ceux qu'il a choisis et appelés pour s'assurer de leur liberté et de leurs aptitudes à devenir pasteurs. Il leur impose les mains et prononce la prière d'appel à l'Esprit Saint qui précise le sens de leur ministère : "Nous t'en prions, Père tout-puissant, donne à tes serviteurs que voici d'entrer dans l'ordre des prêtres ; répands une nouvelle fois au plus profond d'eux-mêmes l'Esprit de sainteté. Qu'ils reçoivent de toi, Seigneur, la charge de seconder l'ordre épiscopal. Qu'ils incitent à la pureté des moeurs par l'exemple de leur conduite. Qu'ils soient de fidèles collaborateurs des évêques pour faire parvenir à toute l'humanité le message de l'Évangile et pour que toutes les nations ressemblées dans le Christ soient transformées en l'unique peuple de Dieu." Les prêtres présents s'associent à cette imposition des mains pour signifier l'entrée dans un "presbyterium".

464 "La fonction des prêtres, en tant qu'elle est unie à l'ordre épiscopal, participe à l'autorité par laquelle le Christ lui-même construit, sanctifie et gouverne son Corps. [...] Participant, pour leur part, à la fonction des apôtres, les prêtres reçoivent de Dieu la grâce qui les fait ministres du Christ Jésus auprès des nations, assurant le service sacré de l'Évangile" (PO 2).

A la suite de Jésus, le bon pasteur (cf. Jn 10,1-21), les prêtres ont charge de conduire le peuple de Dieu. Revêtus du ministère sacerdotal, ils communiquent la grâce par les sacrements qu'ils confèrent. Ils annoncent la Parole dont eux-mêmes et tous les chrétiens sont invités à témoigner dans le monde. Ils président la célébration de l'eucharistie où leur ministère trouve son accomplissement (cf. PO 2). Ils pardonnent les péchés et donnent l'onction des malades.

465 Continuateur pour sa part du ministère apostolique, le ministère des prêtres, comme celui des évêques, est tout à la fois pastoral, sacramentel et missionnaire. En rattachant l'institution du ministère sacerdotal aux paroles de Jésus à la Cène : "Faites cela en mémoire de moi" (Lc 22,19 1Co 11,24), le concile de Trente (cf. DS 1740 FC 766) souligne que l'eucharistie est le sommet et l'aboutissement de ce ministère.

Les prêtres sont choisis par Dieu à l'intérieur de son peuple. C'est au sein de ce peuple qu'ils entendent son appel (la vocation), dont l'authenticité est vérifiée par l'Église. La perception des besoins de la mission, la rencontre Je l'incroyance comme l'appel à guider et animer les communautés ecclésiales constituent les chemins par lesquels est perçu l'appel au ministère de prêtre. Mais la réponse positive demande un climat de prière et de générosité spirituelle. La qualité de la vie chrétienne des familles et des communautés constitue un soutien important. Tout le peuple de Dieu a ainsi la responsabilité d'entretenir les conditions qui permettent à ces vocations particulières d'éclore et de s'épanouir, pour son propre service et celui de l'Évangile.

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Les diacres

466 Les diacres (ce mot signifie serviteur) "en communion avec l'évêque et son presbyterium" (LG 29) sont ordonnés à la "diaconie", c'est-à-dire au service de la liturgie, de la parole et de la charité (cf. LG 29). Le diaconat, premier degré du sacrement de l'ordre, est au coeur de l'Église le signe efficace du Christ Serviteur. Il fait du diacre un collaborateur de l'évêque dans le service de l'Église et du monde, spécialement le monde des plus petits et des pauvres. Il donne le pouvoir de prêcher l'Évangile dans la communauté rassemblée, d'assister le ministre qui préside l'eucharistie et 'de donner la communion, de baptiser, de bénir les mariages au nom de l'Église, de présider la prière officielle de l'assemblée, par exemple lors des funérailles. Il ne donne pas le pouvoir de présider l'eucharistie, ni celui de remettre les péchés au nom du Christ ou de donner l'onction des malades. Il rend apte à coopérer à la charge pastorale (cf. CIC 517).

467 L'ordination diaconale est conférée par l'évêque. A ceux qu'il a choisis et auxquels il a fait donner une formation adaptée, l'évêque impose les mains en invoquant l'Esprit du Christ qui n'est "pas venu pour être servi, mais pour servir" (Mt 20,28). Il fait ce geste seul : ni les prêtres ni les diacres ne l'accompagnent dans l'imposition des mains. L'évêque dit : "Regarde maintenant, Dieu très bon, N. à qui nous imposons les mains aujourd'hui : nous te supplions de le consacrer toi-même, pour qu'il serve dans l'ordre des diacres. Envoie sur lui, Seigneur, l'Esprit Saint. Qu'il soit ainsi fortifié des sept dons de ta grâce, pour remplir fidèlement son ministère. Fais croître en lui les vertus évangéliques : qu'il fasse preuve d'une charité sincère, prenne soin des malades et des pauvres et s'efforce de vivre selon l'Esprit." Cette célébration met en relief le lien direct créé par le diaconat entre l'évêque, pasteur de l'Église, et ceux qu'il se donne comme assistants, pour des services particuliers et non comme responsables de communautés.

Que le diaconat soit conféré à titre de degré vers le presbytérat ou à celui de diacre dit permanent, c'est-à-dire demeurant à ce degré, sa nature est toujours d'être conféré "non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du service" (LG 29). Les diacres permanents peuvent être choisis parmi les hommes mariés ; ils continuent alors à vivre dans le sacrement du mariage, à assurer leurs charges d'époux, de père de famille et, selon les pays, leur activité professionnelle.

Ministres et serviteurs

468 Un terme commun convient à tous ceux qui reçoivent le sacrement de l'ordre : celui de "ministres" ou "serviteurs". La racine des deux mots est identique. Elle convient à ceux qui sont choisis dans la communauté des baptisés pour en devenir les serviteurs (cf. Lc 22,24-27).

Par les "ministres ordonnés", évêques, prêtres, diacres, le Seigneur Jésus, Prêtre et Serviteur, demeure sacramentellement présent à son Église. C'est par leur ministère que le Christ prend corps dans l'histoire des hommes. Ils sont consacrés à donner aux hommes la vie nouvelle, à assurer la communion entre tous les fidèles en éveillant chacun à sa responsabilité de baptisé. Veilleurs, guides, pasteurs, les évêques et les prêtres incarnent dans le peuple de Dieu la présence du Christ ressuscité qui marche à sa tête.

Et puisqu'il n'y a pas d'Église sans eucharistie, il ne peut non plus y avoir d'Église sans prêtres ni sans le sacrement de l'ordre.

L'ordre est, avec le baptême et la confirmation, un des trois sacrements qui confèrent à ceux qui le reçoivent un caractère indélébile. Il les configure au Christ, envoyé du Père pour le salut des hommes, annonçant son dessein, distribuant les richesses de sa grâce, rassemblant et envoyant tous les disciples dans le monde pour l'accomplissement du royaume de Dieu.

Le mariage

469 Dans les desseins du Créateur

Tandis que le sacrement de l'ordre est destiné à la sanctification de l'ensemble du peuple de Dieu, le sacrement de mariage vient sanctifier l'union de l'homme et de la femme, par laquelle la croissance de ce même peuple de Dieu ne cesse de se poursuivre au long des âges.

Depuis les origines le mariage est inscrit dans l'ordre de la Création. Le livre de la Genèse révèle l'intention du Créateur : susciter l'homme et la femme comme deux êtres capables de lier leur destin dans an amour intégral. Unis par leur relation d'amour au point d'être considérés comme "une seule chair", ils sont déclarés, l'un avec l'autre image de Dieu et invités à vivre en ressemblance avec Dieu. C'est du Créateur qu'ils reçoivent mission de croître, de se multiplier et de dominer la terre. Ils deviennent ainsi "procréateurs", associés par Dieu même à la naissance de nouveaux êtres humains.

La Genèse présente cette union de l'homme et de la femme comme la première institution. Les différents livres de l'Ancien Testament utilisent fréquemment l'image de l'union de l'époux et de l'épouse pour parler de l'Alliance que Dieu établit avec son peuple (cf. [Os 2,1 Jr 2,32).

L'amour, la sexualité, la fécondité, la relation de l'homme et de la femme tiennent ainsi une grande place dans la Révélation et dans la vie lu peuple d'Israël.

Dans la lumière de la Nouvelle Alliance, un sacrement

470 Pour rendre compte de son oeuvre, Jésus (et le Nouveau Testament) utilise également le langage de l'union conjugale. Venu sceller l'Alliance définitive entre Dieu et l'humanité, il se révèle comme époux plein d'amour (cf. [Lc 5,34-35). Jean Baptiste le désigne comme "l'époux" (Jn 3,29) et se présente comme "ami de l'époux". L'Apocalypse termine la Révélation en parlant de l'Église comme de "l'épouse" aimée, purifiée, parvenue à la maturité dans l'Alliance (cf. Ap 22,17).

Dans le mystère de l'union du Christ et de l'Église

471 Le mariage est une réalité humaine importante, qui a sa consistance propre dans la construction de l'humanité. C'est cette réalité même que le Christ a élevée à la dignité de sacrement.

Lorsque deux baptisés se marient, leur union est un sacrement parce qu'elle est une expression visible et un fruit effectif de l'union du Christ et de l'Église (cf. [Ep 5,25-32). "Le mariage des baptisés devient ainsi le symbole réel de l'Alliance nouvelle et éternelle, scellée dans le sang du Christ. L'Esprit, que répand le Seigneur, leur donne un coeur nouveau et rend l'homme et la femme capables de s'aimer, comme le Christ nous a aimés. L'amour conjugal atteint cette plénitude à laquelle il est intérieurement ordonné" (FC 13).

Le mariage des baptisés donne la grâce d'aimer dans la fidélité et la fécondité. Il rend l'homme et la femme capables de vivre la communion entre eux et, ensemble, avec Dieu. Il suscite entre les époux une donation personnelle et réciproque, définitive et ouverte aux exigences d'une fécondité responsable.

472 Comme tous les sacrements, le mariage concerne l'Église. Par lui, l'amour de l'homme et de la femme devient signe de l'amour dont elle est aimée par son Seigneur.

Si le mariage concerne l'Église c'est aussi "qu'au sein du mariage et de la famille se tisse un ensemble de relations interpersonnelles - rapports entre conjoints, paternité-maternité, filiation, fraternité - à travers lesquelles chaque personne est introduite dans la famille humaine et dans la famille de Dieu qu'est l'Église" (FC 15).

Ainsi le mariage comporte-t-il toutes les caractéristiques du sacrement. "Le mariage, comme tout sacrement, est un mémorial, une actualisation et une prophétie de l'événement du salut. Mémorial, le sacrement leur donne [aux époux] la grâce et le devoir de faire mémoire des grandes oeuvres de Dieu et d'en témoigner auprès de leurs enfants ; actualisation, il leur donne la grâce et le devoir de mettre en oeuvre dans le présent, l'un envers l'autre et envers leurs enfants, les exigences d'un amour qui pardonne et qui rachète ; prophétie, il leur donne la grâce et le devoir de vivre et de témoigner l'espérance de la future rencontre avec le Christ" (FC 13).

Engagement célébré

473 Comme tous les sacrements, la célébration du mariage comporte des paroles et des actes. Il est engagement, "serment", consentement.

"C'est le consentement des parties légitimement manifesté entre personnes juridiquement capables qui fait le mariage ; ce consentement ne peut être suppléé par aucune puissance humaine. Le consentement matrimonial est l'acte de la volonté par lequel un homme et une femme se donnent et se reçoivent mutuellement par une alliance irrévocable pour constituer le mariage" (CIC 1057). C'est donc l'expression de ce consentement qui constitue l'essentiel des rites du mariage entre baptisés. "Entre baptisés, il ne peut exister de contrat matrimonial valide qui ne soit, par le fait même, un sacrement" (CIC 1055).

Selon l'opinion la plus courante dans l'Église latine, ce sont les époux qui se donnent le sacrement de mariage lorsqu'ils concluent, dans la foi, l'engagement de réaliser ensemble une communauté de vie et d'amour, telle que l'a voulue le Créateur, et représentant le mystère d'amour qui lie le Christ et son Église.

Toutefois, l'engagement ainsi contracté, quand il s'agit de deux conjoints catholiques, requiert, pour la validité du sacrement, la présidence du prêtre ou du diacre, comme "témoin autorisé" de cet engagement, auquel viennent se joindre les autres témoins choisis par les époux. Le prêtre (ou le diacre) reçoit alors l'engagement au nom de l'Église. A sa demande s'engage le dialogue de la fiancée et du fiancé : "Le fiancé : M., veux-tu être ma femme ? La fiancée : Oui (je le veux). Et toi, N., veux-tu être mon mari ? Le fiancé : Oui (je le veux). N., je te reçois comme épouse et je me donne à toi pour t'aimer fidèlement tout au long de notre vie. La fiancée : N., je te reçois comme époux et je me donne à toi pour t'aimer fidèlement tout au long de notre vie." L'Église a progressivement précisé les conditions de validité du sacrement afin de mettre fin à l'indétermination dans laquelle s'établissaient certains baptisés qui vivaient ensemble sans avoir pris et manifesté devant l'Église leur décision définitive de se lier en mariage de manière non équivoque.

474 L'engagement prend place dans une célébration qui comporte au moins l'écoute de la Parole de Dieu, le Notre Père et la bénédiction nuptiale. Cette célébration doit permettre aux époux de comprendre, vouloir et demander que leur engagement mutuel mette en lumière le mystère d'unité et d'amour fécond entre le Christ et l'Église (cf. CIC 1063).

La bénédiction et la remise réciproque des deux "alliances" symbolisent très heureusement l'Alliance du Seigneur et de son peuple, à l'intérieur de laquelle s'inscrit l'alliance sacramentelle de l'homme et de la femme.

La célébration du sacrement de mariage est particulièrement bien située au cours d'une messe puisque l'eucharistie est, par excellence, le sacrement de la Nouvelle Alliance.

Un lien unique et indissoluble

475 "Les propriétés essentielles du mariage sont l'unité et l'indissolubilité" (CIC 1056 cf. GS 48). Elles en sont les conditions indispensables. Il ne peut y avoir de mariage valide entre baptisés refusant de se donner l'un à l'autre de manière exclusive et définitive. La grâce sacramentelle donne chaque jour aux époux la capacité de vivre selon cet engagement.

La fidélité conjugale peut être un signe caractéristique de l'amour chrétien. Elle est particulièrement signifiante dans un monde où le divorce est souvent considéré comme une solution normale aux difficultés ou aux échecs. En certaines circonstances, elle ne peut être vécue ou retrouvée qu'avec une force spirituelle dépassant les capacités humaines. Elle reproduit alors l'un des traits de l'Alliance indéfectible conclue par Dieu avec son peuple dans le sang du Christ.

Tout au long de leur vie conjugale, les époux doivent se rappeler que leur union est non seulement le fruit de leur décision, mais celui de la puissance de Dieu. L'homme ne doit pas séparer "ce que Dieu a uni" (Mt 19,6). Ce lien sacramentel que les baptisés ont librement tissé entre eux est "un lien sacré" (GS 48). L'Église ne cesse donc de prier pour leur croissance dans la fidélité. Elle en a contracté elle-même le devoir en accueillant la célébration du sacrement.

L'Église est, en retour, soutenue elle-même dans la fidélité à son Seigneur par la fidélité que se gardent les époux unis par elle dans le mariage. L'héroïsme que cette fidélité peut parfois impliquer est un témoignage du plus haut prix pour l'ensemble des baptisés.

476 Questionné par les pharisiens au sujet de la répudiation de la femme, Jésus s'exprime de manière très claire : "N'avez-vous pas lu l'Écriture ? Au commencement, le Créateur les fit homme et femme, et il leur dit : Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. A cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !" Les pharisiens lui répliquèrent : "Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d'un acte de divorce avant la séparation ?" Jésus leur répond : "C'est en raison de votre endurcissement que Moïse vous a concédé de renvoyer vos femmes. Mais au commencement il n'en était pas ainsi" (Mt 19,4-8).

Parlant avec autorité, Jésus rappelle ainsi l'origine et l'idéal à retrouver. Les disciples eux-mêmes font alors état de leur interrogation : "Si telle est la situation de l'homme par rapport à sa femme, il n'y a pas intérêt à se marier" (Mt 19,10). La réponse de Jésus suggère que, bien que tous ne comprennent pas, Dieu est capable de soutenir l'homme et la femme dans cette alliance difficile, tout comme il en aide d'autres à découvrir la possibilité de vivre sans se marier

Les biens du mariage

477 Le mariage est ordonné au bien des conjoints en même temps qu'à la génération et à l'éducation des enfants.

"Les actes qui réalisent l'union intime et chaste des époux vécus d'une manière vraiment humaine, [...\ signifient et favorisent te don réciproque par lequel les époux s'enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance (GS 49). Par ces actes, ils sont appelés 'normalement à être féconds et à donner vie à des enfants, reflets vivants de leur amour, dons de Dieu, signes durables de leur unité, synthèse vivante et indissociable de leur être de père et de mère (cf. FC 14). Ils correspondent alors aux vues du Créateur : "Soyez féconds et multipliez-vous" (Gn 1,28). Tel est le commandement, qui est en même temps une bénédiction et que, dès l'origine, Dieu donne à l'homme et à la femme. "Le mariage et l'amour conjugal sont d'eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l'éducation. D'ailleurs, les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes. [...] Dès lors, un amour conjugal vrai et bien compris, comme toute la structure de la vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-estimer pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux disponibles pour coopérer courageusement à l'amour du Créateur et du Sauveur qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille" (GS 50).

478 Donner la vie implique d'accompagner la croissance de cette vie, de l'éduquer. C'est une des premières responsabilités des époux. Cette éducation s'opère d'abord à l'intérieur de la famille et dure le temps nécessaire pour que les enfants parviennent à leur maturité de personnes (cf. GS 52).

Elle s'exerce en suscitant la coopération de l'enfant à sa propre croissance. Elle met les parents en relation avec les multiples instances éducatives qui conjuguent leurs efforts pour que l'enfant devienne vraiment une personne, humainement et chrétiennement.

Par la grâce du sacrement de mariage, la mission éducative des parents est élevée à la dignité et à la vocation d'un service authentique de l'Église pour l'édification de ses membres (cf. FC 38).

Sainteté du mariage et construction du royaume de Dieu

479 Dans l'amour du Christ pour son Église, le mariage chrétien se présente comme une école de perfection personnelle et de sanctification mutuelle. Les enfants bénéficient de l'exemple de leurs parents et des réponses qu'ils donnent à leurs interrogations sur la vie et la foi chrétiennes. Ils concourent à la sanctification de leurs parents. Le foyer chrétien est un lieu de communication mutuelle des valeurs d'humanité et de sainteté, spécialement par la prière en famille et la sanctification du dimanche. Chacun y joue le rôle de coopérateur de la grâce et de témoin de la foi. Tous donnent et reçoivent (cf. GS 48).

L'amour conjugal et l'amour familial, comme tout amour, s'éprouvent et se construisent dans le temps. Souvent le meilleur et le pire sont mêlés : don et possession, amour et haine, réconciliation et refus. La grâce du sacrement de mariage exerce son action à l'intérieur de l'amour humain et de ses fragilités, pour conformer cet amour à celui qui constitue toute la vie du Christ, et qu'il ne cesse de nous témoigner.

Sous le rayonnement de l'eucharistie

480 L'eucharistie demeure la nourriture de ceux qui sont engagés sur ce chemin de perfection. L'amour humain est affermi, purifié et transfiguré par le mystère de l'Alliance qui y est célébré. Vécue en couple et en famille, l'eucharistie nourrit et soutient la marche de chacun vers la sainteté à laquelle Dieu invite tout être humain. La cellule familiale, créée par le sacrement du mariage, est comme un monde et une Eglise en miniature où prennent forme et se développent la création et le royaume de Dieu.

L'eucharistie, source de tous les sacrements, irrigue de sa grâce l'ensemble de la vie de l'Église, cette communauté de l'Alliance nouvelle, scellée dans le sang du Christ.

481 Homme, le Seigneur t'a fait savoir ce qui est bien, ce qu'il réclame de toi : rien d'autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec ton Dieu. (Mi 6,8)

482 Quant à vous, menez une vie digne de l'Evangile du Christ. Soit que je vienne vous voir, soit que de loin j'entende parler de vous, il faut que vous teniez bon dans un seul esprit luttez ensemble, d'un seul coeur, pour la foi en l'Évangile. Ne vous laissez pas intimider par les adversaires vous donnerez ainsi la preuve de leur perte et de votre salut. Et tout cela vient de Dieu qui, pour le Christ, vous a fait la grâce non seulement de croire en lui mais aussi de souffrir pour lui. Ce combat que vous soutenez, vous m'avez vu le mener moi aussi, et vous savez que je le mène encore. S'il est vrai que dans le Christ on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage dans l'amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus. (Ph 1,27-2,5)

Vivre en fils et filles de Dieu

[483 Le Dieu vivant fait Alliance avec nous. Il nous offre son amour et sa vie. l'Alliance scellée avec Moise est accomplie par Jésus dans la Nouvelle Alliance, infiniment au-delà de nos demandes et de nos pensées (cf. Ep. 3,20).

Non seulement nous sommes le peuple choisi par Dieu, mais nous devenons réellement ses enfants : "Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes. [...] Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est" (1Jn 3,1-2).

484 Ce n'est pas toi qui fais Dieu mais Dieu qui te fait. Si donc tu es l'ouvrage de Dieu, attends la main de l'Artiste qui fait tout en temps opportun, par rapport à toi qui es façonné. Présente-lui un coeur souple et meuble et conserve la forme que l'Artiste t'a donné ; tu possèdes en toi l'Eau (l'Esprit), sans laquelle, en te durcissant, tu perds l'empreinte de ses doigts. En gardant cette conformité, tu monteras jusqu'à la perfection, car l'art de Dieu dissimulera en toi la glaise. (Irénée, évêque de Lyon, mort martyr vers l'an 200)

Marcher à la suite du Christ

485 C'est l'Esprit du Père et du Fils, donné par le baptême et la confirmation qui fait de nous des enfants de Dieu. Il importe de mener une vie digne de cette qualité de fils et de filles de Dieu. L'Ancienne Alliance appelait déjà à la perfection : " Soyez saints, moi, le Seigneur votre Dieu, Je suis saint" (Lv 19,2). Jésus rend en écho : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mi 5,48). Tout chrétien est appelé à vivre en ressuscité s sa vie présente : "Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, assis à la droite de Dieu" (Col 3,1).

486 Le Christ invite à marcher à sa suite. Croire n'est pas seulement adhérer intellectuellement à ce qu'il dit. C'est s'engager avec lui. "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renne sa croix et qu'il me suive" (Mt 16,24).

Saint Jean met les deux termes sur le même plan : marcher (aller vers, aller avec) et croire : "Voulez-vous partir, vous aussi ?", demande Jésus à ses disciples. Simon Pierre répond : "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu" (Jn 6,67-69). Se laisser conduire par l'Esprit du Christ, c'est être enfant du Père : "Tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu" (Rm 8,14).

La foi chrétienne et la fidélité au Christ, nourries par la prière et les sacrements, débordent largement les comportements religieux et une simple profession de foi. Elles engagent toute la vie de chaque baptisé et des communautés elles-mêmes : "Il ne suffit pas de me dire : 'Seigneur ! Seigneur !' pour entrer dans le royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux" (Mt 7,21).

487 La volonté de Dieu n'est pas le caprice d'un tyran ; Dieu n'a pas d'autre dessein que notre vie et notre joie : "Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance" (Jn 10,10). "C'est nous qui écrivons cela, afin que nous ayons la plénitude de la joie" (1Jn 1,4). La volonté du Père, révélée dans l'Alliance avec Moïse formulée à nouveau par Jésus, est déjà comme inscrite au coeur des hommes qui peuvent entrevoir au tréfonds d'eux-mêmes le vrai sens de la vie, ce qui est bon pour l'homme et ce qui est mauvais (cf. Rm 2,15).

En effet, pour les chrétiens, l'homme est créé à l'image de Dieu et pour Dieu. Il ne peut trouver le bonheur qu'en acceptant de devenir ce pour quoi il a été créé et ce que, fondamentalement, il est. Même combattues par toutes sortes de tendances, son intelligence, sa responsabilité, son inclination naturelle vers le bien le beau et le vrai le provoquent à des choix qui, par la force de la grâce, lui permettent de s'accomplir en s'ouvrant aux autres et à Dieu. Tous ces dynamismes ne peuvent trouver leur ultime plénitude que dans l'intimité de Dieu et la participation à l'échange éternel d'amour entre le Père et le Fils dans l'Esprit.

Au milieu d'autres recherches

488 Sûrs du don que Dieu fait à chaque homme et à chaque femme en les aimant personnellement et en leur donnant, par son amour, d'aimer à leur tour, les chrétiens ne prétendent donc pas au monopole de la recherche et de la vie morale. Depuis des siècles, un effort de réflexion et d'action a été mené par des hommes soucieux d'honorer leur qualité d'êtres humains en vivant dans la dignité et la vraie liberté. De grands noms jalonnent la longue histoire de la réflexion morale de l'humanité.

Aujourd'hui aussi, beaucoup de gens entendent mener une vie digne et honnête, même s'ils ne soupçonnent pas leur vocation de fils et de filles d'un Dieu qu'ils ne connaissent pas. Il est bon de parcourir avec eux le long chemin vers l'accomplissement de l'homme et du monde puisque nous sommes tous appelés à vivre ensemble.

La morale redécouverte

489 Après une certaine éclipse de la morale, on parle de son retour. Une communauté humaine, en effet, ne peut pas vivre durablement sans une réflexion morale, qui sous-tend des comportements moraux. Aussi les hommes ont toujours cherché comment Mais la tâche est ardue. Le peuple de Dieu a beaucoup reçu en accueillant la révélation du Seigneur sur son dessein d'amour pour les hommes.

Vivre en homme

490 L'homme est appelé à prendre en main son destin. C'est sa grandeur et aussi sa responsabilité. Pour accomplir sa vocation et accueillir le bonheur auquel Dieu le destine, l'homme a un combat incessant à mener. Pour le gagner, il reçoit de Dieu la grâce. Son cheminement vers un amour personnel, vers une responsabilité authentique et vers la sainteté, est souvent long. Le péché est pour lui une entrave. La tentation est grande de renoncer au projet du Créateur. C'est une épreuve.

Il est difficile de devenir véritablement homme. Il faut y mettre le prix. Pour aimer l'autre, il faut consentir à lui faire place, mettre le prix, s'effacer devant lui pour qu'il existe, mourir à soi-même, a sa prétention spontanée de se prendre pour le centre du monde.

Rappeler la loi, sans prendre acte du temps nécessaire pour apprendre à la vivre, peut écraser l'homme et l'emprisonner dans sa culpabilité. Au contraire, le rappel de la loi, assorti d'une longue patience avec soi-même et avec les autres, est un chemin d'accomplissement. A condition que cette lenteur ne soit pas un prétexte pour ne rien faire, une manière d'être complice de ses propres faiblesses. Ici encore, l'amour est le moteur de l'accomplissement de l'homme et des communautés. Mais où l'homme trouvera-t-il la force d'aimer ?

Éclipse et retour de la morale

491 Au-delà des slogans qui se succèdent sur la fin de la morale ou sur son retour, on peut penser que la question morale, même si elle se déplace, est toujours au premier rang des préoccupations des hommes et des femmes de notre temps : parce qu'ils veulent être heureux ; parce qu'ils sont confrontés à des limites de toutes sortes, alors qu'ils rêveraient de ne pas être limités : ainsi ont-ils la nostalgie d'un amour sans défaillance, d'une véritable communion entre les êtres humains, d'une harmonie entre eux et la nature ; parce que le, progrès techniques leur posent des questions nouvelles qui se résument finalement en une seule : dans quelle mesure ces techniques concourent-elles au bien de l'humanité ?

Le nucléaire, par exemple, met entre nos mains une énergie capable de transformer la terre... et de la désintégrer. La chimie permet de créer toutes sortes de nouveaux matériaux, mais empoisonne aujourd'hui les forêts et demain les villes. Quant à la génétique, elle autorise les plus grands espoirs pour la guérison de nombreuses maladies, mais elle peut conduire à la destruction de l'être humain si elle oublie ce qu'il est fondamentalement.

L'homme saura-t-il maîtriser ces nouveaux pouvoirs, ou bien en sera-t-il esclave ? Cédera-t-il à l'ivresse de sa puissance ou saura-t-il s'imposer une régulation ?

Une morale humaine

492 On redécouvre ainsi le caractère vital pour l'homme de la démarche éthique : refuser de chercher le bien de l'homme, c'est courir des risques mortels. Les anciens moralistes plaçaient la morale sous le signe du bonheur vrai, du côté de la vie, alors que le laisser-faire, le laisser-aller conduisaient à la mort... On rend hommage aujourd'hui à leur sagesse.

En même temps, les recherches des sciences humaines aboutissent à des conclusions voisines. Les spécialistes des origines de l'homme font apparaître la démarche morale comme "constitutive de l'homme".

Il est deux interdits que l'on retrouve dans les cultures de tous les temps : l'interdit de l'inceste et l'interdit du meurtre. Les psychanalystes parlent du "rôle structurant" de la loi : l'enfant a autant besoin des exigences de ses parents que de leur tendresse pour édifier sa personnalité.

493 Ceux qui réfléchissent sur ce qui est bien et sur ce qui est mal pour l'homme n'ont pas de difficulté à se mettre d'accord sur les principes les plus larges : "Il faut faire le bien et éviter le mal" et "ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent".

Ils peuvent même s'accorder sur ce qui est bon et sur ce qui est mauvais pour l'homme. Est bon tout ce qui le construit, ce qui le rend plus homme, plus libre, plus responsable, plus aimant. Est bon tout ce qui humanise l'homme et la communauté humaine. Est mauvais tout ce qui déshumanise.

La Loi naturelle

494 En créant l'être humain intelligent et libre, Dieu lui a donné le moyen de découvrir, comme à tâtons, ce qui allait dans le sens de son accomplissement, de sa dignité, de sa liberté. La Création et, à son sommet, l'homme, sont en eux-mêmes la première source de la morale.

La Création apparaît ainsi comme une Alliance implicite de Dieu avec les hommes. D'ailleurs, à une loi de croissance : "Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la" (Gn 1,28), la Bible joint une loi de sagesse, l'interdit du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : vous n'êtes pas Dieu, ne vous trompez pas de rôle, sinon vous ne pourrez pas vivre. Cette première Alliance a été suivie par une seconde Alliance de paix scellée par Dieu avec Noé, après le déluge (cf Gn 9,12).

La création de l'homme fonde l'unité de l'humanité par-delà toutes les différences de langue, de race et de religion : tous les hommes sont frères puisqu'ils sont créés à l'image et à la ressemblance de Dieu.

495 Dieu, en créant le monde, y inscrit les règles d'un fonctionnement harmonieux. En créant l'homme à son image et à sa ressemblance, il inscrit dans le coeur de celui-ci la loi de son propre développement, et le rend capable de découvrir cette loi plus ou moins clairement par lui-même, parce qu'ils est une créature douée.

On appelle traditionnellement Loi naturelle cette loi fondamentale de l'homme. Elle exprime le projet de Dieu sur lui, sa nature profonde d'être humain en lien avec les autres et avec le Créateur : elle lui permet de discerner son véritable bien.

Cette expression n'est pas toujours bien comprise, pour deux raisons. Les uns opposent la loi à la liberté de l'homme. Ils ont raison de défendre la liberté mais la "loi" dont il est question ici ne s'oppose pas à la liberté. Bien au contraire elle lui indique un chemin pour que cette liberté ne soit plus seulement théorique mais prenne corps dans des actes. Les autres pensent que l'homme se distingue de la nature par sa culture. Ils ont raison, mais le mot nature est pris ici dans un autre sens que le leur : la nature désignée est la nature profonde de l'homme, c'est-à-dire ce qui le constitue dans sa dignité, son intelligence, sa spiritualité, sa responsabilité, sa capacité d'aimer. Ainsi la Loi naturelle ne peut s'accomplir que dans l'exercice de la liberté de l'homme.

496 Certains philosophes et certaines communautés humaines sont parvenus, d'une manière tout à fait admirable, à discerner la sagesse de Dieu inscrite dans l'homme et le monde. En cherchant la vérité, ils ont découvert un ordre universel, un appel intérieur au bien, à l'amour personnel, au respect de tout homme et à l'adoration aimante du Créateur.

Le Christ révélera aux hommes que le coeur de tous ces principes universels est l'amour et que Dieu répond en plénitude à la soif humaine d'aimer, d'adorer et de contempler, en donnant l'Esprit Saint, l'amour même de Dieu. Toute la morale chrétienne se résume en ce mot : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn 15,12). Pour un chrétien, l'amour ne prend toute sa signification qu'à la lumière du Christ donnant sa vie.

Mais comment exprimer effectivement le respect de l'autre, l'amour ? On ne peut éviter la question du passage des principes universels à leur application concrète dans une société donnée, à un moment donné.

En effet, dès que l'on s'éloigne des grands principes pour descendre sur le terrain des applications concrètes, des divergences ne tardent pas à se manifester et les choses sont moins claires. Et c'est pourtant dans le concret du quotidien que se posent les problèmes.

Par exemple, respecter la vie d'un innocent, c'est bien ; ne pas la respecter, c'est mal. Mais qui est innocent ? Le soldat mobilisé pour une guerre qui le dépasse est-il un innocent ou un injuste agresseur ? Il faut respecter le bien du prochain. Mais le chômeur sans le sou qui prend du pain au supermarché, a-t-il le droit de prendre ainsi ce dont il a besoin pour vivre ?

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Des conceptions différentes de l'homme

497 Pour répondre à la question : "Qu'est-ce qui est bon pour l'homme ?", il faut savoir ce qu'est l'homme. Si l'on met l'accent sur la force de ses besoins instinctifs plus ou moins régulés par la raison ou si on le considère comme une personne douée d'intelligence et de liberté, mais vouée à une mort définitive, les réponses seront différentes. Dans le premier cas, les camps nazis et le goulag ne sont pas loin. Mais la réponse sera encore toute différente si l'homme est perçu comme créé à l'image de Dieu, appelé par le Christ à partager la vie divine.

Une réflexion morale élaborée met en jeu des questions philosophiques et religieuses fondamentales à propos desquelles les hommes sont très loin d'être d'accord. Derrière toute morale se profile, au, moins implicitement, une l'homme. La réponse n'est pas simple, car l'homme est un mystère à ses propres yeux.

Pourtant, dans nos sociétés pluralistes, avec des religions, des philosophies et même des morales différentes, il doit être possible de trouver des terrains de rencontre.

Les Droits de l'homme

498 Heureusement des forces d'unité blocs de pays antagonistes sont amenés éviter de détruire la planète. Les pays riches du nord sont conduits bon gré mal gré, à partager avec les pauvres du sud, sinon leur prospérité elle-même s'évanouira. La menace de notre puissance démesurée devrait nous acculer à une sagesse commune. L'expérience montre d'ailleurs que les hommes peuvent s'entendre sur un certain fond commun de ce qui est à promouvoir et de ce qui est à éviter. La Déclaration universelle des droits de l'homme représente un grand progrès à cet égard.

Jean-Paul II s'y réfère souvent comme une base commune pour le bien de l'humanité, tout en situant la source des Droits de l'homme en Dieu dont il est l'image. Les droits de l'homme sont loin d'être respectés par tous ceux qui s'en réclament. Du moins demeurent-ils pour tous un appel. Ils sont comme une expression commune de la Loi naturelle.