Section 29 · 499–505

La conscience et la Loi

La conscience

499 La loi morale apparaît comme un éclairage extérieur sur le vrai bien de l'homme. Mais l'homme bénéficie aussi d'un éclairage intérieur sur le bien, qui est la conscience.

Il existe en chacun comme une aide à pressentir où sont le bien et le mal conscience. Par elle, chacun, éclairé par discerner ce qui est bon pour lui et pour les autres.

Le concile Vatican II souligne fortement le rôle et la noblesse de la conscience morale : "Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité de son coeur : 'Fais ceci, évite cela.' Car c'est une loi inscrite par Dieu au coeur de l'homme ; sa dignité est de lui obéir, et c'est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C'est d'une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s'accomplit dans l'amour de Dieu et du prochain. Par fidélité à la conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale" ([GS 16).

500 Mais bien des problèmes se posent ici. D'abord l'homme peut voir où est le bien et cependant faire le mal. C'est précisément en cela que réside le mal moral, la faute : faire le mal, en le sachant et en y consentant. Il y a en effet une blessure dans le coeur de l'homme. L'élan spontané vers le bien, vers la vie, est comme blessé par une secrète complicité avec le mal. Notre coeur est habité par une sorte d'opposition spontanée contre Dieu et contre la loi de vie qu'il nous propose. Cédant à notre orgueil, nous prétendons décréter ce qui est bien pour nous et ce qui est mal, sans tenir compte de ce que sont vraiment le bien et le mal. Cette attitude spontanée qui nous situe en défiance par rapport à Dieu, à notre vrai bien, au sens authentique de la vie, est une consé ! quence du péché originel.

Libérer la liberté et éclairer sa conscience

501 L'engagement moral de l'homme n'est donc pas simplement une affaire d'intelligence. Il concerne tout son être, sa volonté, son affectivité.

La liberté de l'homme rencontre des contraintes. Elle est handicapée, freinée par toutes sortes de pesanteurs, de séquelles d'une éducation mal faite, d'habitudes anciennes, par les exemples mauvais de l'entourage, certaines structures déshumanisantes de la société, sans compter la secrète complicité du coeur avec le mal dont nous venons de parler.

Aussi la vie morale est un combat incessant dans le coeur des hommes et dans le monde. Le combat engage la liberté de chacun : nul ne peut se permettre de juger le coeur des autres. On comprend l'appel du Christ : "Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés" ([Lc 6,37). Personne n'est à même de mesurer la liberté de l'autre dans le bien comme dans le mal. Autre chose est de juger les comportements et les situations car il n'est pas vrai que tout est acceptable. juger les comportements, c'est se conduire en homme. Mais juger les personnes, c'est se prendre pour Dieu.

La liberté est donnée comme un germe à faire grandir plus que comme une réalité pleinement constituée. Il faut en quelque sorte l'aider à se développer, à s'exercer en vue du bien. Chacun, s'il veut vivre en homme, doit progressivement apprendre à "libérer sa liberté" des chaînes qui l'entravent. Ce n'est facile pour personne. Certains auront plus de mal que d'autres à se libérer, mais leur coeur peut rester droit et ouvert à la conversion. C'est pourquoi le Christ ose dire aux pharisiens : "Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu" (Mt 21,31).

502 Si, malgré les protestations de notre conscience, nous continuons à faire ce qu'elle réprouve, la conscience s'émousse. Parfois, complètement faussée, elle fonctionne à l'envers en décrétant bonnes les pires déviations. Plus la conscience droite l'emporte, plus les personnes et les groupes s'éloignent d'une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité. Toutefois, il arrive souvent que la conscience s'égare, par suite d'une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité. Mais il arrive aussi que l'homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien, et que l'habitude du péché rende peu à peu sa conscience presque aveugle (cf. GS 16). La conscience a donc besoin d'être formée. Nous sommes responsables devant notre conscience, ultime témoin de Dieu auprès de nous. Mais nous sommes responsables aussi de notre conscience. Pour qu'elle soit droite et vraie, il nous faut la tenir en éveil, l'exercer dans les décisions concrètes et la tester, en quelque sorte, en la confrontant à la loi.

Où aller chercher une loi morale qui conduira au bien authentique de l'homme et de la communauté humaine ? Tant de systèmes s'offrent aux hommes, et si différents !

Loi civile et loi morale

503 La loi civile a pour but de promouvoir le bien commun, dans le respect des personnes. Elle est juste à deux conditions : qu'elle soit fondée sur la loi morale naturelle, en référence à ce qui est le vrai bien de tout l'homme et de tout homme ; qu'elle réglemente le domaine de la vie sociale sans s'immiscer dans celui des consciences.

Dans une société pluraliste, il arrive que la loi se contente de traduire un consensus des citoyens au niveau le plus bas, c'est-à-dire des moindres exigences, par exemple en matière de solidarité et de politique familiale. Il arrive même que la loi civile, par faiblesse devant une opinion publique déformée, légalise des pratiques illicites complètement opposées aux Droits de l'homme, comme l'apartheid ou l'avortement. En ce cas, la première condition fait défaut, la loi est donc injuste.

Les pouvoirs totalitaires violent non seulement la loi morale mais aussi les consciences par des lois injustes, par exemple en supprimant le droit à la liberté d'expression ou à la liberté religieuse.

504 Ainsi, ce qui est légal n'est pas toujours moral. Le chrétien ne peut se résoudre à voir en désaccord légalité et moralité. C'est pourquoi le concile Vatican II demande aux laïcs, d'une part de travailler à ce que les lois civiles soient conformes à la loi morale (cf. [AA 14), d'autre part d'obéir aux lois justes, car elles obligent en conscience (cf. CD 19).

La loi morale déborde de loin les limites de la loi civile. C'est elle qui juge la loi civile et non l'inverse. Mais où et comment la conscience et la réflexion des hommes pourront-elles trouver la lumière nécessaire pour juger la loi civile sous l'angle moral ?

Les Droits de l'homme sont un point de repère de grande valeur mais inégalement admis. Tant d'obstacles empêchent de percevoir le vrai bien de l'homme et de l'humanité.

Les juifs et les chrétiens savent reconnaître combien est précieuse, même d'un simple point de vue humain, la révélation de la Loi de Dieu exprimée dans le Décalogue, les dix commandements, que beaucoup appellent la loi de Moïse.

Loi morale des hommes et loi morale de Dieu

505 Tout l'Ancien Testament est préparation à la venue du Christ. A la lumière de la Résurrection, il peut se lire comme le livre des fiançailles entre Dieu et son peuple, ce qui colore évidemment toute sa recherche éthique.

Par ailleurs, la loi inscrite par Dieu dans le coeur de l'homme ne s'oppose évidemment pas à la loi de Moïse Ce que les hommes, depuis les origines jusqu'à Moïse ont pu découvrir et formuler de la morale, apparaît comme une première ébauche de la Loi de Dieu.

Mais avant de nous arrêter à la loi du peuple de l'Alliance, il nous faut apporter quelques précisions sur l'action morale. La morale éclaire l'engagement de chaque personne vis-à-vis d'une autre personne, de la communauté où elle se trouve, ou de Dieu.