Section 39 · 600–608

Transfiguration et défiguration de l'amour

Fécondité et fidélité

600 La transfiguration de la sexualité et de l'amour humain par la grâce explique les exigences du Christ en ce domaine et son refus des contrefaçons et des régressions (cf. [Mt 19,1-9).

La grandeur du mariage demande aux conjoints de progresser dans l'amour et la fidélité, et de donner généreusement la vie qu'ils ont eux-mêmes reçue.

Refuser de partager la vie, alors qu'on le peut, c'est se soustraire à la vocation du mariage. Tout mariage, même physiquement infécond, doit s'ouvrir sur une véritable fécondité spirituelle.

601 Pourtant, pour vivre une paternité vraiment responsable, une saine régulation des naissances s'impose pratiquement à tous. Si un couple doit surseoir ou renoncer définitivement à de nouvelles naissances, il doit aussi s'interroger sur les moyens qu'il choisit. Ceux-ci ne sont pas innocents. Au nom de l'Évangile, le Magistère de l'Église attache beaucoup d'importance à ce que l'acte conjugal soit toujours ordonné à signifier l'amour. Or l'amour est tendresse, don de soi, accueil et respect de l'autre, dialogue véritable, ouverture à la vie. C'est pourquoi il faut refuser tout ce qui n'exprimerait pas naturellement la vocation réciproque et totale des époux et risquerait de blesser l'amour en permettant de se dispenser du nécessaire dialogue, en troublant la rencontre, en se fermant à la vie. La Position de l'Eglise en ce domaine est bien connue : sa doctrine "est fondée sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l'acte conjugal : union et procréation" (HV 12, repris par FC 32). Ainsi "tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie" (HV 11). La connaissance et la maîtrise de soi, en respectant les rythmes naturels des périodes fécondes et infécondes, empêchent le désir de se dégrader en besoin et gardent le coeur ouvert au dialogue.

Blessures de l'amour

602 La fidélité conjugale reflète la fidélité du Christ pour l'Église. C'est pourquoi toute atteinte à cette fidélité est perçue dans la foi comme une faute contre ce mystère d'Alliance. C'est la dimension sacramentelle du mariage, l'engagement de Dieu, qui fonde en dernière instance l'indissolubilité du mariage.

L'adultère s'oppose très gravement à la justice et à la charité. Il est une trahison de l'amour.

Le divorce détruit le couple. Il blesse les conjoints. Les enfants, quand il y en a, sont comme divisés dans leurs racines communes que sont les parents. Parfois, la séparation peut s'imposer quand la vie commune devient préjudiciable au conjoint et aux enfants. Les divorcés, conscients de l'indissolubilité de leur mariage, sont appelés à ne pas contracter une nouvelle union. Ceux qui vivent cette séparation et les divorcés non remariés peuvent recevoir les sacrements dont ils ont grand besoin pour faire face à cet état de vie éprouvant.

603 De nombreux divorcés aujourd'hui contractent un autre mariage civil. Certaines situations de concubinage ont aussi engagé des chrétiens dans une impasse. Même si leur situation n'est pas régulière, la source sacramentelle de leur baptême n'est pas tarie et ils sont, comme chacun, appelés à vivre leur vie chrétienne jusqu'à la sainteté. Cependant ils ne peuvent communier à l'eucharistie. En effet, dans l'eucharistie le Christ se donne jusqu'à la mort pour établir une Alliance irrévocable avec l'humanité. Communier à l'eucharistie, c'est signifier - et en particulier vis-à-vis de son conjoint - que l'on accepte d'entrer pour sa part dans la fidélité et le don total du Christ. Le concubinage comme le remariage démentent, en quelque sorte, cette acceptation. C'est là une ! situ ation dure à vivre, et pourtant très fréquente aujourd'hui. L'Église invite les divorcés remariés à garder le contact avec la communauté, dont ils sont toujours membres, par la prière, l'assistance à la messe et les activités qu'ils peuvent mener dans le respect de leur situation particulière à l'intérieur de l'Église (cf. [FC 84).

Cohabitation juvénile, fiançailles

604 La "cohabitation juvénile" s'est rapidement développée en France pour des raisons multiples et difficiles à analyser : allongement de l'adolescence, peur de la solitude, témoignages multiples clés échecs conjugaux, développement des moyens contraceptifs, incertitude par rapport à l'avenir, peur de s'engager, besoin de tout vérifier par l'expérience, illusion d'une meilleure préparation à un engagement définitif. Pourtant, la cohabitation juvénile s'oppose gravement au dessein de Dieu sur l'amour humain. Elle laisse dans le flou et l'incertitude, alors que l'amour prend ses responsabilités et s'engage. Elle contribue à déshumaniser la société en ne lui demandant plus de reconnaître la dimension familiale de l'homme. Elle risque même de mutiler la sexualité en privatisant le couple. Elle débouche quelquefois sur des situations d'injustice caractérisées dont les femmes et les enfants sont souvent les victimes.

Mais la pression sociale est telle qu'il faut parfois de l'héroïsme aux jeunes pour ne pas céder à la mode... et à leurs faiblesses. Il importe d'accueillir ceux qui sont dans ces situations pour les aider à avancer vers un sens plus vrai de l'amour humain.

605 Les fiançailles vécues dans la continence, le respect de soi et de l'autre, favorisent un dialogue constructif et l'accueil de la personne de chacun. Elles permettent à l'égoïsme caché dans toute relation humaine de s'atténuer pour faire place de plus en plus à un amour positif et constructif.

Leur amour éprouvé permettra normalement aux fiancés de faire l'apprentissage de la fidélité à travers les inévitables difficultés conjugales. Mais la chasteté suppose un effort commun de liberté vraie, nourri dans la prière et les sacrements, et dans le témoignage de foyers convaincus de l'importance du sens chrétien de l'amour. Elle se construit dès l'enfance et l'adolescence par l'apprentissage de la maîtrise de soi et du respect des autres. Le rôle de la famille est irremplaçable.

La pudeur est une des composantes de la chasteté. Une éducation à la pudeur est donc nécessaire pour développer le sens de la valeur de la sexualité humaine.

Banalisation de l'acte sexuel

606 Un certain contexte social et culturel tend à banaliser les relations sexuelles. Loin de servir la maturation de la personnalité, le vagabondage sexuel la freine et aboutit à la chute dans l'insignifiance de ce don sans prix qu'est la sexualité.

Il faut aussi souligner la prolifération des MST (maladies sexuellement transmissibles) et du SIDA, dont la prévention véritable repose sur la chasteté, bien plus que sur la diffusion massive de préservatifs. Ceux-ci peuvent même paradoxalement étendre le danger en favorisant la banalisation des rencontres sexuelles. De toute façon, ils ne protègent pas de la désillusion de l'amour au rabais. Ils desservent plutôt le bonheur vrai des jeunes en leur proposant des paradis mensongers.

La prostitution doit être ici dénoncée : le métier qui consiste à se livrer aux plaisirs sexuels d'autrui contre de l'argent est, le plus souvent, pratiqué par des femmes qui vivent un véritable esclavage. Les proxénètes et les clients de ces femmes les traitent en objet. L'État est gravement coupable lorsqu'il ne combat pas ce fléau social.

Homosexualités

607 L'opinion publique, après avoir brocardé l'homosexualité, tend aujourd'hui à en faire une autre manière de vivre la sexualité. Refusant de s'affronter à la différence sexuelle, l'homosexualité est une déviation objectivement grave. Souvent victimes de leur éducation ou du milieu où elles ont vécu, les personnes homosexuelles doivent être reçues et accueillies avec respect, mais dans la vérité. On doit les aider à dépasser leur déviation et à en porter les souffrances. Il ne faut d'ailleurs pas confondre les tendances homosexuelles, qui peuvent être vécues dans une chasteté parfois difficile, avec les actes homosexuels.

Mais une société qui prétend reconnaître l'homosexualité comme une chose normale est elle-même malade de ses confusions.

Lents cheminements

608 S'il est un domaine où la liberté et l'équilibre se conquièrent parfois lentement et difficilement, c'est bien celui de la sexualité. Il faut se rappeler ici tout ce qui a été dit sur la progressive libération de la liberté.

Des blocages dans l'éducation et les multiples accidents de parcours expliquent souvent des retards, des régressions et des pratiques comme l'auto-érotisme, la masturbation, etc. Ce sont des désordres objectivement graves. Cependant, en ce domaine surtout, en raison d'une immaturité fréquente, il ne faut pas identifier manquement à la loi objective et faute morale subjective. L'effort pour nouer une vie tournée vers l'autre et vers Dieu, et la volonté d'observer la loi sont plus fondamentaux que tel acte particulier. Le faux pas, qui demande le pardon, doit être une invitation à sortir de soi, à se donner et à accueillir la grâce de Dieu. La meilleure aide est souvent d'inviter ceux qui pèchent à sortir de leur moi et de leur égoïsme par le don d'eux-mêmes et l'accueil de la grâce de Dieu. Une fois de plus, c'est l'amour qui, seul, guérit des contrefaçons de l'amour.

Le sens chrétien du corps, de l'amour et de la vie permet à chacun d'avancer sans se laisser écraser par les difficultés, les lenteurs ou les chutes. Bien des épisodes de l'Évangile : la femme adultère, la pécheresse aux pieds de Jésus, le pardon proposé à Pierre... sont des invitations à se mettre en route et à marcher vers le Seigneur " venu appeler non pas les justes mais les pécheurs " ([Lc 5,32), pour leur rendre progressivement leur liberté, leur dignité et leur joie. A cet égard, de nombreux mouvements ou associations, inspirés parle sens chrétien de l'amour, jouent un rôle éducatif très positif.