Des expériences humaines symbolisées
362 Les sacrements du Christ, célébrés dans l'Église, comportent une dimension profondément humaine.
On retrouve dans les rites sacramentels plusieurs des grands symboles, tels que l'eau ou le pain, dans lesquels se reflètent les rapports constitutifs de l'homme avec le cosmos.
C'est même en prenant corps, en quelque sorte, dans les éléments les plus fondamentaux de la nature et de l'existence humaine que la grâce sacramentelle, cette action spécifique de Dieu, se communique en chaque sacrement : dans le baptême "par le bain d'eau qu'une parole accompagne" ([Ep 5,26), dans l'eucharistie par la participation à un repas, dans l'onction des malades par une onction d'huile... Les réalités du monde sensible et les actes qui traduisent les relations entre les hommes sont par là comme transfigurés.
Dans des actions rituelles
363 Les symboles sont vécus à travers des ensembles de gestes, de paroles. Un enchaînement les structure et leur donne sens. Ils prennent forme dans des rites. Les sacrements sont des actions rituelles confiées par le Christ à l'Église.
Les rites sont des actions accomplies et renouvelées conformément à des règles. Ces règles sont toujours propres à un groupe humain déterminé. De telles actions rituelles se retrouvent dans toute vie sociale. Elles sont indispensables à la cohésion du groupe. Les membres du groupe se reconnaissent entre eux à travers ces rites qui leur sont communs. Leur vie en est marquée. Elle en reçoit ses orientations, son "style", qui souvent déconcertent les personnes extérieures au groupe.
Les sacrements conservent les propriétés générales et constitutives du rite. Ils structurent la vie de l'Église et de chacun de ses membres. Certains de leurs aspects secondaires peuvent être plus ou moins adaptés aux possibilités ou aux circonstances. Mais, en eux-mêmes, dans leur caractère proprement rituel, les sacrements ne se laissent pas manipuler. Nul ne les invente pour lui seul. Il n'appartient à aucun groupe particulier de les modifier ou de les aménager à sa façon. Ce serait les vider d'une signification qu'ils trouvent seulement dans leur lien avec l'Église universelle.
Des rites proprement chrétiens
364 Le caractère rituel des sacrements atteste que la foi ne se construit pas elle-même, mais se laisse construire. Personne n'est propriétaire des sacrements. Éléments essentiels de la Tradition de l'Église, qui remonte au Christ, ils règlent, édifient et nourrissent la foi catholique. Dans l'Église, les fidèles croient comme ils prient et ils prient comme ils croient. C'est ce que déclare le vieil adage "lex orandi, lex credendi", qu'on pourrait transcrire ainsi : "la règle de la prière de l'Église est en même temps la règle de la foi" ou encore "ce que l'Église célèbre, c'est aussi ce qu'elle croit".
L'action ritualisée, parce qu'elle vient de la Tradition, précède chaque assemblée qui y participe. Par sa seule existence, elle empêche l'assemblée liturgique chrétienne de ramener ce qui va s'accomplir à la mesure de ses désirs ou de ses projets. Ainsi, avant même qu'il ne se remplisse de tous ses traits concrets, le rite (la plongée ou l'eau répandue, l'onction, le pain partagé... ) manifeste aux croyants qu'ils ne sont pas rassemblés en leur propre nom mais au nom d'un Autre.
365 Le caractère rituel et symbolique des assemblées chrétiennes ouvre un espace caractéristique dans lequel la foi de chacun va pouvoir s'épanouir. Dans cet espace le croyant se reconnaît chez lui. "Heureux les invités au Repas du Seigneur !", pourra-t-il s'entendre dire avant d'aller communier. Il se retrouve alors avec tous ceux qui, comme lui, se laissent instruire et transformer par les actions liturgiques et sacramentelles.
Dans la pratique liturgique aujourd'hui, on oscille parfois entre une application très étroite du rituel et une créativité qui ne prend pas en compte les règles liturgiques. Les perspectives ouvertes par la Constitution sur la Sainte Liturgie de Vatican II permettent de tracer un chemin entre un laxisme qui aboutirait à une profanation des sacrements, en faisant n'importe quoi (ou ce que chacun voudrait), et un rubricisme qui trahirait "l'humanité" de Dieu et de son Église. Le pape et les évêques sont chargés de guider l'Église entre ces deux écueils, afin que les chrétiens découvrent toujours davantage les richesses de la Sainte Écriture, du rythme de l'année liturgique, des gestes, des attitudes et des rites qui expriment la louange, l'intercession, l'action de grâce des croyants rassemblés.
