Section 18 · 301–314

L'Église une, sainte, catholique et apostolique

Église une

301 "Je crois en l'Église, une, sainte, catholique et apostolique." Lorsque les chrétiens, dans le Credo, proclament leur foi, ils affirment que l'Église se caractérise par ces qualificatifs. Ce sont les "notes" de l'Église. Elles ne décrivent pas seulement l'Église de l'extérieur ; elles indiquent la vérité profonde de son mystère. Les affirmer relève de la foi et pas seulement d'un regard sur les apparences.

"L'Église universelle apparaît comme un peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint" ([LG 4, citant saint Cyprien).

L'Église est communion

302 La source de l'unité de l'Église est exprimée dans la lettre de Paul aux Éphésiens : "Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il n'y a qu'un seul Corps et un seul Esprit. Il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous" ([Ep 4,4-6).

Ainsi, l'Église affirme qu'elle ne tire pas son unité d'elle-même. Elle la reçoit comme un don de l'Esprit Saint.

303 Cette unité est visible et, selon la promesse du Christ (cf. Mt 16,18), elle ne peut jamais être perdue. Elle s'exprime dans la profession d'une seule et même foi, formulée par un même Credo (ou "symbole de foi"). Elle est fondée dans l'unique baptême qui fait de tous les disciples du Christ un seul peuple. L'eucharistie, sacrement de l'unité, fortifie, construit et renouvelle sans cesse cette communion des croyants, les gardant unis par "les liens de la charité". Le ministère apostolique, le service des évêques, des prêtres et des diacres, est service de la communion ecclésiale.

Car l'unité de l'Église n'est pas seulement celle d'une bonne organisation ou d'une ferme discipline. Elle est de l'ordre de la "communion". L'ecclésiologie de communion est "l'idée centrale et fondamentale" (synode extraordinaire de 1985) qui se dégage des documents du second concile de Vatican. Cette communion est communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ, dans l'Esprit (cf. 1Jn 1,3), et communion des disciples entre eux dans la charité.

L'unité est aussi un élément fondamental et nécessaire du témoignage des chrétiens dans le monde et de la crédibilité de la mission (cf Jn 13,35 Jn 17,21).

304 Cette unité se manifeste de façon privilégiée dans la communion des évêques entre eux et avec le successeur de Pierre, à qui est confiée l'autorité sur l'Église universelle.

"De même que, par disposition du Seigneur, saint Pierre et les autres apôtres constituent un seul Collège, d'une manière semblable, le pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des apôtres, sont unis entre eux" (CIC 330). "L'évêque de l'Église de Rome, en qui demeure la charge que le Seigneur a donnée d'une manière singulière à Pierre, premier des apôtres, et qui doit être transmise à ses successeurs, est le chef du Collège des évêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l'Église tout entière sur cette terre ; c'est pourquoi il possède dans l'Église, en vertu de sa charge, le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu'il peut toujours exercer librement" (CIC 331 cf. LG 22). Le pape a aussi "sur toutes les Églises particulières et leurs regroupements la primauté du pouvoir ordinaire par laquelle est à la fois affermi et garanti le pouvoir propre ordinaire et immédiat que les évêques possèdent sur les Églises particulières, confiées à leur soin" (CIC 333).

"Il est le principe perpétuel et visible et le fondement de l'unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles" (LG 23). Les évêques, unis à l'évêque de Rome, constituent en effet le Collège épiscopal succédant au Collège des apôtres envoyés par le Christ. La fidélité à cette communion est, pour les évêques, une exigence particulièrement grave et une nécessité absolue pour la vérité et la fécondité de leur ministère.

Car c'est en étant unis à leur propre évêque et, avec lui, au pape que les chrétiens prennent place dans la communion universelle et peuvent en recueillir les fruits. Dans une Eglise particulière, dans un diocèse, la communion se vit de multiples façons, par la participation à la vie sacramentelle, au témoignage, à la mission et par les responsabilités assumées à l'intérieur de la communauté des croyants. Ainsi l'Église, vivant dans l'unité, témoigne de l'amour du Christ pour tous les hommes, et concourt à l'unité du genre humain.

Les charismes dans la vie de l'Église

305 L'unité de l'Église est riche de la variété des charismes, qui correspond à la diversité des dons de Dieu. Les charismes sont, en effet, des grâces particulières, des "manifestations" (cf. [1Co 12,7) du Saint-Esprit pour l'édification du peuple de Dieu.

Le mot charisme, formé en grec sur la même racine que le mot "grâce", souligne la gratuité de ces dons, la liberté avec laquelle l'Esprit les distribue.

Saint Paul décrit la variété des charismes (cf. 1Co 12,130), et souligne qu'elle est au bénéfice de tous et de chacun, à l'intérieur de l'unique Église. Car ils procèdent tous du même et unique Esprit.

306 L'Eglise est une, elle forme une multitude toujours plus étendue grâce à une fécondité toujours plus grande. Ainsi les rayons du soleil sont nombreux, mais sa lumière est unique nombreuses sont les branches de l'arbre, mais unique est le tronc vigoureux, planté sur des racines tenaces ; d'une seule source viennent bien des ruisseaux, et bien que leur multiplicité ne découle que de la surabondance des eaux, leur origine est cependant unique. Sépare un rayon de soleil de sa masse et l'unité de la lumière n'en subit pas de division ; arrache une branche à l'arbre et la branche arrachée ne pourra plus germer ; coupe un ruisseau de sa source, et coupé il tarit. Il en est de même de l'Église. Illuminée de la lumière du Seigneur, elle répand ses rayons dans le monde entier : mais une est sa lumière partout diffusée, sans que l'unité de son corps en soit morcelée. Ses branches couvrent la terre entière de leur vitalité exubérante, ses ruisseaux s'épanchent au loin avec largesse ; pourtant unique est la tête, unique la source, unique la mère aux fécondes et successives maternités. C'est elle qui nous enfante, son lait qui nous nourrit, son esprit qui nous anime. (Cyprien, évêque de Carthage, mort martyr en 258)

"Les dons de la grâce sont variés, mais c'est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l'Église sont variées, mais c'est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c'est toujours le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous" (1Co 12,47).

307 Les charismes "peuvent prendre les formes les plus diverses, soit comme expression de la liberté absolue de l'Esprit qui les accorde, soit comme réponse aux multiples exigences de l'histoire de l'Église" (CL 24). Extraordinaires ou simples et courants, les charismes sont toujours soumis au primat de la charité et de la vérité évangélique.

Accueillis avec reconnaissance comme "manifestations de l'Esprit en vue du bien de tous" (cf. 1Co 12,7), ils sont à discerner avec prudence. Car il faut s'assurer qu'il s'agit véritablement de dons venus de l'Esprit Saint et exercés de manière conforme à ses impulsions. C'est pourquoi il revient tout particulièrement aux pasteurs de l'Église de discerner l'authenticité de ces dons. "C'est à eux qu'il convient spécialement, non pas d'éteindre l'Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon (1Th 5,12 1Th 5,19-21)" (LG 12).

L'histoire passée et présente de l'Église laisse apparaître des tensions, des conflits, voire des divisions. Celles-ci peuvent devenir de véritables ruptures. On parle alors de schismes, dont l'origine peut être disciplinaire, mais aussi doctrinale. Ces ruptures, qui contredisent la volonté formelle du Christ (cf. Jn 17,21), sont "pour le monde un objet de scandale" (UR 1) et constituent un obstacle à l'évangélisation. C'est pourquoi le dernier concile a fait de la restauration de l'unité entre tous les chrétiens une de ses grandes préoccupations. Des progrès ont été réalisés depuis lors, même s'il reste encore du chemin à parcourir.

Église sainte

308 La sainteté est un qualificatif que beaucoup peuvent avoir du mal à accorder à l'Église. Son histoire n'est-elle pas entachée de médiocrités, de crimes et de violences ? Les chrétiens sont-ils meilleurs que les autres ?

La sainteté ne signifie pas d'abord la perfection morale, mais le fait d'être mis à part et d'appartenir à Dieu. La sainteté de l'Église fait partie de sa nature la plus intime. L'Église est sainte parce qu'elle prend sa source en Dieu qui est saint. Elle est sainte parce qu'elle est étroitement liée au Christ et qu'elle est animée par l'Esprit qui ne lui fait pas défaut.

Elle est sainte par son Credo, par ses sacrements, par les ministères qui lui permettent d'accomplir son oeuvre. Le Christ "voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable" ([Ep 5,27). Comment ne serait-elle pas sainte si elle est, de par la volonté de Dieu et du Christ, instituée en instrument et lieu de sanctification ?

309 La sainteté de l'Église suscite la sainteté de ses membres. L'Église manifeste dans le monde que la foi qu'elle professe est capable de produire d'authentiques fruits de sainteté. Ceux-ci se reconnaissent dans l'innombrable cortège des saints illustres, dont les noms jalonnent son histoire. Ils affleurent aussi dans le témoignage de ces vies qu'inspire le contact de l'Évangile et qui reflètent quelque chose de la sainteté du Christ.

L'Église ne cesse pourtant pas d'implorer pour elle-même la miséricorde et d'entendre l'appel à la conversion. Elle sait, en effet, que ses membres sont pécheurs. Elle est, pour eux, communauté de pardon et de réconciliation : "Nous avons constamment besoin de la miséricorde de Dieu et nous devons tous les jours dire dans notre prière : Pardonne-nous nos offenses" (Mt 6,12 LG 40).

Vocation commune à la sainteté

310 Dans l'Église, tous sont appelés à la sainteté. Le concile Vatican II, dans la Constitution sur l'Église, consacre un chapitre entier à "l'appel universel à la sainteté" ([LG 39-42). Le baptême implique cette vocation, commune à tous les membres du peuple de Dieu (cf. LG 40), qu'ils soient laïcs ou ministres ordonnés, qu'ils vivent dans le monde ou dans une communauté religieuse, qu'ils soient mariés ou célibataires. Quelle que soit sa condition physique, culturelle, intellectuelle ou sociale, qu'il soit homme ou femme, enfant 'ou vieillard, tout(e) baptisé(e) travaille à faire rayonner le royaume de Dieu par la sainteté de sa vie.

C'est par la fidélité à leur baptême que les croyants répondent à cet appel, en "persévérant dans la prière et la louange de Dieu" (cf. Ac 2,42-47), en offrant leur personne et leur vie "en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu" (Rm 12,1) par le Christ, avec lui et en lui, dans l'unité du Saint-Esprit, pour la gloire de Dieu le Père.

311 Cette sainteté se déploie en charité, don de Dieu qui est Amour. Charité à l'égard des frères, mais aussi de chacun des hommes, aimés de l'amour que leur porte Dieu lui-même.

La mission et la responsabilité des chrétiens dans le monde sont liées à leur vocation à la sainteté. La source la plus abondante de la fécondité apostolique et missionnaire de l'Église demeure la sainteté de ses membres.

L'Esprit Saint nous fait découvrir que la sainteté, de nos jours, est d'autant mieux perçue corn me un signe de Dieu qu'elle est vécue au service des pauvres.

L'appel commun à la sainteté atteint chacun là où il vit, suivant sa condition propre, dans l'Église particulière à laquelle il appartient.

Vocation des fidèles laïcs

[312 "Commune est la dignité des membres [de l'Église\ du fait de leur régénération dans le Christ ; commune la grâce d'adoption filiale ; commune la vocation à la perfection ; il n'y a qu'un salut, une espérance, une charité sans division" (LG 32). Cette dignité commune, conférée par le baptême et la confirmation, rend les laïcs responsables, pour leur part, de la mission de l'Église, en relation avec les ministres ordonnés.

Les laïcs "sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d'un ferment" (LG 31). Par là ils se sanctifient. "Le monde devient ainsi le milieu et le moyen de la vocation chrétienne des fidèles laïcs, parce qu'il est lui-même destiné à glorifier Dieu le Père dans le Christ" (CL 15).

313 Le mariage et la famille sont un domaine privilégié où les laïcs vivent leur vocation à la sainteté : sainteté dans la vie conjugale, dans la vie de père ou de mère de famille. Les parents sont aussi, auprès de leurs enfants, les premiers messagers de la foi, dans le service de la vocation propre de chacun (cf LG 11).

La mission des laïcs s'exerce également dans tous les domaines de l'existence sociale, culturelle, scientifique et politique. Ils peuvent s'associer pour s'entraider dans leur apostolat et leur vie spirituelle (cf CIC 298 et suiv. ; GS 43 CL 2).

Les laïcs peuvent aussi prendre des responsabilités dans la vie de l'Église. Les femmes, dont le rôle est de grande importance, notamment dans la transmission de la foi et l'animation des communautés, doivent se voir reconnues dans ces responsabilités (cf AA 9). Les fidèles laïcs ont leur place dans les conseils pastoraux, les conseils paroissiaux, les conseils pour les affaires économiques, les équipes d'animation paroissiale, ainsi que le prévoit le Droit de l'Église (cf CIC 517 CIC 536-537).

Vocation religieuse

314 Parmi les baptisés, hommes et femmes, quelques-uns sont appelés, non pas à une sainteté plus grande que les autres, mais à choisir un état de vie qui est précisément, dans l'Église, signe de la sainteté à laquelle, sous des modalités diverses, tous les disciples du Christ sont appelés (cf. [LG 44).

Ils décident de professer publiquement les conseils évangéliques proposés à tous : ils s'engagent par voeux à pratiquer la chasteté, la pauvreté et l'obéissance, qu'ils vivent en communauté (cf PC 12-15 CIC 607).

La vie religieuse revêt des formes diverses : vie contemplative, vie apostolique. Chaque forme possède son histoire.

Don de Dieu à l'Église, solidaire de la condition humaine, exposée aux défis du monde, la vie religieuse est pour tous les membres de l'Eglise un rappel de leur vocation à une sainteté toujours plus grande (cf LG 44).

Elle témoigne au milieu des hommes, par les choix et les ruptures qu'elle implique, d'une vie évangélique dans l'esprit des béatitudes.

A côté des instituts de vie religieuse qui ont chacun leur charisme particulier, les instituts séculiers sont également des instituts de vie consacrée dont les membres gardent les conditions de vie communes à ceux qui les entourent.