Section 20 · 336–358

Dans un large dialogue

Avec tous les hommes de bonne volonté

336 Parce qu'elle est dépositaire d'un message de salut destiné à, tous les hommes, l'Église doit entretenir avec eux le plus large dialogue. Tout véritable dialogue suppose, chez ceux qui l'engagent, la clarté par rapport à ses risques et à ses limites. Mais la prudence nécessaire, le souci d'éviter les "irénismes" trop faciles doivent aller de pair avec l'audace évangélique.

Le dialogue loyal recherché par l'Église n'a pas pour unique objet les questions religieuses, ni pour uniques destinataires ceux qui s'intéresseraient à ces questions (cf. GS 92). C'est avec tous les hommes et en tout ce qui fait leur vie que l'Église désire entrer et demeurer en dialogue.

Ce dialogue est stimulé par la conviction que l'Esprit Saint agit intérieurement en chaque personne que Dieu aime (cf. AGD 4 LG 16 GS 22). Il s'inspire de l'attitude de Jésus lui-même qui dialoguait avec ses contemporains pour les guider vers la lumière divine (cf. AGD 11). Il est une voie d'évangélisation.

Avec les croyants des autres religions

337 L'Église se soucie de rencontrer aussi, comme tels, les croyants d'autres religions, notamment les musulmans, que les chrétiens, en France, sont amenés à côtoyer fréquemment.

Le concile Vatican II dit ceci : "L'Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s'ils sont cachés, comme s'est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu'ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l'invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l'aumône et le jeûne" (NAE 3).

Elle ne manque pas d'estimer ce qui, dans ces grandes religions, est authentiquement religieux, tout en attestant la foi qui lui fait reconnaître dans le Christ "le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14,6 cf. NAE 2).

Elle favorise toute action, toute démarche, tout effort qui contribuent à améliorer les relations avec ces religions, pour le service commun de l'ensemble des peuples.

En octobre 1986, l'initiative du pape Jean-Paul Il d'inviter à Assise les représentants de toutes les religions à prier pour la paix est un bon exemple de la voie à suivre.

Avec le peuple juif

338 Parmi les croyants avec lesquels l'Église se soucie d'entrer et de demeurer en dialogue, les juifs occupent une place à part, privilégiée. Ils appartiennent, en effet, au "peuple qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. [Rm 9,4-5), peuple très aimé du point de vue de l'élection" (LG 16). Aujourd'hui encore, "l'Église ne peut oublier qu'elle a reçu la révélation de l'Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l'antique Alliance" (NAE 4).

"La religion juive ne nous est pas 'extrinsèque' mais, en un certain sens, elle est 'intrinsèque' à notre religion. Nous avons donc à son égard des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion" (discours de Jean-Paul II à la synagogue de Rome, avril 1986, no. 4).

L'histoire des relations entre chrétiens et juifs a été douloureuse. L'Église encourage d'autant plus avec les membres du peuple juif un dialogue fraternel, fait d'estime et d'une meilleure connaissance réciproques. Elle condamne toute forme d'antisémitisme et porte dans sa prière ceux dont elle ne peut dissocier sa foi : "Dieu éternel et tout puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la Rédemption le premier peuple de l'Alliance, comme ton Église t'en supplie" (liturgie du Vendredi saint).

A l'intérieur du monde chrétien, le dialogue oecuménique

339 Depuis le concile Vatican II, le dialogue avec les autres chrétiens, également disciples du Christ, mais ne partageant pas pleinement la communion ecclésiale, est devenu une préoccupation primordiale de l'Église catholique. Cette préoccupation, dite oecuménique, est celle d'une "restauration de l'unité entre tous les chrétiens" ([UR 1).

Le souci de l'unité est communion au voeu et à la prière du Christ, tels qu'il les formule à la dernière Cène, au moment de quitter ses disciples : "Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jn 17,21).

L'objectif du travail oecuménique est donc de surmonter les obstacles à la pleine communion ecclésiale entre ceux qui "portent à juste titre le nom de chrétiens", ont en commun le même baptême au nom de Dieu, révélé en Jésus Christ comme Père, Fils et Saint-Esprit, et déjà "se trouvent dans une certaine communion, bien qu'imparfaite, avec l'Église catholique" (UR 3).

340 La poursuite de la tâche oecuménique ne contredit pas la conviction que "l'unité d'une seule et unique Église [...\ subsiste de façon inadmissible dans l'Église catholique [...]. Bien que l'Église catholique ait été enrichie de la vérité révélée par Dieu ainsi que de tous les moyens de grâces, néanmoins ses membres n'en vivent pas avec toute la ferveur qui conviendrait. Il en résulte que le visage de l'Église resplendit moins aux yeux de nos frères séparés ainsi que du monde entier" (UR 4).

L'Église catholique entend mettre en valeur, et faire reconnaître à ses fidèles, les authentiques réalités chrétiennes qui se rencontrent dans les autres Églises ou communautés ecclésiales : la Sainte Écriture, au premier chef, comme règle de foi et de vie, la confession du Dieu trinitaire, le baptême et les autres sacrements, la Prière du Seigneur, etc. Tous ces éléments de sanctification et de vérité subsistent hors des structures de l'Église catholique. Ils appartiennent donc au don que Dieu lui-même fait à l'Église du Christ, si bien "qu'ils appellent par eux-mêmes l'unité catholique" (LG 8).

341 La tâche oecuménique postule de la part des chrétiens un certain nombre d'exigences, de dispositions et de résolutions pratiques.

La première exigence est la conversion intérieure, nécessaire pour être libre de tout attachement à ce qui ne relève Pas de la foi elle-même, et pour devenir porteur, après en avoir bénéficié, de la parole de réconciliation reçue du Christ.

La conversion intérieure est indissociable de la prière, qui est l'âme du travail oecuménique : prière commune entre chrétiens de différentes Églises ou communautés ecclésiales ; prière pour l'unité, notamment pendant la semaine qui lui est spécialement consacrée chaque année ; reprise de la prière de Jésus lors de la dernière Cène, dans l'espérance de pouvoir partager un jour, entre tous les chrétiens, la même eucharistie.

La tâche oecuménique implique aussi un effort de connaissance mutuelle. Beaucoup d'ignorance, en effet, et parfois de préjugés, limitent encore une véritable compréhension et la nécessaire estime des uns et des autres.

Mais l'unité est également promue par l'engagement commun, chaque fois qu'il est possible, au service des hommes de notre temps et des grandes causes de l'humanité.

342 Les rencontres diverses de Paul VI et de Jean-Paul II avec des responsables d'autres Églises chrétiennes, les relations de l'Église catholique avec le Conseil oecuménique des Églises, les différents dialogues, manifestent la volonté de voir la communion réelle, mais encore partielle, devenir progressivement pleine communion.

Le dialogue engagé, s'il est mené comme il se doit, dans la fidélité à la Révélation et l'accueil généreux de l'autre, est exigeant. Il postule patience et persévérance. Mais ceux qui s'y livrent découvrent qu'il contribue à les renouveler dans l'intelligence de leur foi et dans leur souci de fidélité à l'Évangile. Il leur fait faire une nouvelle expérience de l'action de l'Esprit Saint dans l'Église de notre temps.

La Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l'Eglise

343 Parler de l'Église, c'est aussi parler de la Vierge Marie. Parler de Marie, c'est encore parler de l'Église. Marie n'est-elle pas "celle qui occupe dans la Sainte Église la place la plus élevée au-dessous du Christ, et nous est toute proche" (LG 54) ? Aussi, après avoir abordé le mystère du Christ, puis celui de l'Église, il est normal de mettre en lumière, comme le fait la Constitution du concile Vatican Il sur l'Église, "le rôle de la Bienheureuse Vierge dans le mystère du Verbe incarné et du Corps mystique" (LG 54).

La Fille de Sion, "comblée de grâce"

[344 "Réjouis-toi, comblée de grâce [...]. Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu" (Lc 1,28-30). Cette salutation de l'ange Gabriel est beaucoup plus qu'un simple bonjour. En elle résonne l'appel à la joie, adressé jadis à la Fille de Sion, au peuple de Dieu, à qui est annoncée sa délivrance (cf. So 3,14-17 Za 2,14). Ce salut introduit une révélation : Marie est "comblée de grâce".

Comment comprendre cette expression ? La grâce, c'est le don gratuit, la bienveillance amoureuse de Dieu envers les hommes qui commande tout le dessein de création et de salut. C'est cette grâce que célèbre le début de l'épître aux Éphésiens dans un élan de prière, où "l'action de grâce" répond au don de la grâce : "Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard. il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ : voilà ce qu'il a voulu dans sa bienveillance à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé" (Ep 1,36).

C'est de cette grâce, exprimée ici par plusieurs mots (bénédiction, bienveillance, choix, amour, prédestination, adoption), que Marie a été comblée. Comme chacun de nous, elle a été élue pour être fille adoptive du Père. Mais sa vocation a quelque chose d'unique : elle a été choisie pour être la Mère de Jésus, de celui qui "sera saint et sera appelé Fils de Dieu" (Lc 1,35).

Appelée à "donner au monde la vie, la vie même qui renouvelle tout", elle "fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d'une si grande tâche" (LG 56). On doit dire que tout en Marie vient de la grâce de Dieu.

345 Le Cantique de Marie

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur Il s'est penché sur son humble servante ; désormais, tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles saint est son nom. Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël, son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race, à jamais. (Lc 1,46-55)

La foi de Marie

346 Mais on doit dire aussi que tout, en Marie, est réponse libre et active de la foi, réponse que la grâce appelle et suscite. A la parole de l'ange, c'est-à-dire à la parole de Dieu qui lui est transmise, la Vierge de Nazareth répond : "Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole" (Lc 1,38). Par cette réponse Marie apportait "au salut des hommes, non pas simplement la coopération d'un instrument passif aux mains de Dieu, mais la liberté de sa foi et de son obéissance" (LG 56). Aussi Élisabeth énonce-t-elle la grande béatitude de la Vierge Marie : "Heureuse, celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur" (Lc 1,45).

"La foi de Marie à l'Annonciation inaugure la Nouvelle Alliance [...]. Les paroles d'Élisabeth : 'Bienheureuse celle qui a cru', ne se rapportent pas seulement à ce moment précis de l'Annonciation. Assurément, celui-ci représente le point culminant de la foi de Marie dans son attente du Christ, mais c'est aussi le point de départ, le commencement de tout son itinéraire vers Dieu, de tout son cheminement dans la foi" (RMA 14). Cette foi connaît les épreuves liées à la naissance et à l'enfance de son Fils, puis au ministère public de Jésus. "Gardant fidèlement l'union avec son Fils" (LG 58), Marie se retrouve debout au pied de la croix, vivant dans la nuit de la foi le démenti apparent des paroles de l'ange, mais " donnant à l'immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour" (LG 58). Comme la foi d'Abraham avait marqué le début de l'Ancienne Alliance, la foi de Marie est située à l'aurore de la Nouvelle Alliance. Marie, elle aussi, a cru et espéré contre toute espérance.

Tout le rôle de Marie dans l'histoire du salut doit être compris à cette double lumière de la grâce et de la foi donnée.

Mère de Jésus, donc Mère de Dieu

347 Telle est l'affirmation centrale de la foi chrétienne au sujet de Marie : Marie a été choisie pour devenir la mère de Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, notre Sauveur. On l'appelle Mère de Jésus mais, puisque Jésus est le Fils de Dieu et Dieu lui-même, la Tradition de l'Église affirme que Marie est Mère de Dieu.

Ce titre, déjà acquis au 4e siècle, est proclamé en 431 au concile d'Éphèse, au moment des débats sur l'unité personnelle du Christ, homme et Dieu. Il ne signifie pas que Marie donne naissance à la divinité du Christ, ce qui n'aurait aucun sens. Elle a engendré selon sa chair celui qui est éternellement engendré par Dieu. Parce que "le Fils de Dieu prit d'elle la nature humaine" (LG 55), elle est véritablement la Mère de Dieu, celle que les chrétiens d'Orient appellent la "Theotokos", c'est-à-dire "celle qui engendre Dieu".

Ce titre n'ajoute rien à ce qui se trouve déjà dans les évangiles. Et pourtant il représente une intelligence approfondie, et donc neuve, du rôle de Marie dans l'Incarnation. Mère de Dieu, Marie, Nouvelle Ève, est devenue, à la croix, mère des hommes, lorsque le Rédempteur l'a confiée au disciple qu'il aimait (cf. RMA 45).

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Marie "toujours vierge"

348 La conception virginale de Jésus signifie son origine à la fois divine et humaine. Jésus a Dieu seul pour Père. Mais la foi de l'Église a scruté le rapport entre maternité et virginité de Marie. Elle a vu dans cette virginité le signe de la consécration absolue de la Mère au Fils, le signe de la disponibilité totale de Marie à l'oeuvre de Dieu.

Aussi la foi chrétienne a-t-elle reconnu en Marie celle qui est toujours vierge, la Vierge par excellence. Elle tient que la naissance de Jésus n'a pas porté atteinte à la virginité de sa mère et que Marie est restée vierge pendant toute sa vie dans une fidélité totale.

Marie, la Vierge sainte conçue sans péché

349 C'est en approfondissant les paroles de l'ange : "Je te salue, comblée de grâce", que la Tradition a pu exprimer le double mystère de l'Immaculée Conception et de l'Assomption, au commencement et à l'accomplissement de la vie de la Vierge.

"Au premier instant de sa conception, par la grâce et le privilège de Dieu tout-puissant, et en considération des mérites de Jésus Christ, Sauveur du genre humain, la Vierge Marie fut préservée intacte de toute souillure du péché originel." Telle est la foi de l'Église catholique, définie en 1854 par le pape Pie IX.

Marie est entièrement sainte, elle n'a commis aucun péché. Plus encore, sa sainteté est "originelle". C'est la sainteté qui a été accordée gratuitement par Dieu à celle qui a donné au monde la source de la grâce. Mais le dogme de l'Immaculée Conception ne dit pas que Marie a échappé au besoin de rédemption et de salut, qui concerne toute la famille humaine. Elle appartient pleinement au peuple des rachetés, elle est la première rachetée. Par rapport à la Rédemption, elle est du même côté que nous. Comme nous tous, elle a été libérée du péché et sauvée par le Christ. Mais la grâce de Dieu la précède de façon unique, le salut lui vient déjà, "dès le premier instant de sa conception", par anticipation, de la mort et de la résurrection de son Fils. Le salut prend chez elle, non la forme de la guérison ou de la purification, mais celle de la préservation.

Nous ne pouvons pas oublier que Marie est vénérée à Lourdes par des millions de croyants, justement comme celle qui a dit : "Je suis l'Immaculée Conception."

Marie dans la gloire

350 L'Assomption est, au terme de la vie terrestre de Marie, le répondant de ce qu'est l'Immaculée Conception à son origine : Marie a été préservée, d'une part de la mort spirituelle du péché, et d'autre part de la corruption du tombeau. En 1950, le pape Pie XII a solennellement défini que "l'Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste" (FC 410).

Ainsi Dieu "a préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté son propre Fils et mis au monde l'auteur de la vie" (cf préface de la fête de l'Assomption). Le Ressuscité a déjà pleinement manifesté en Marie la fécondité de sa propre résurrection, nous donnant en elle le signe vivant de notre accomplissement à venir. Nous croyons en l'Assomption, sur le fondement de la foi traditionnelle de l'Église interprétant les données du Nouveau Testament. L'Assomption était devenue l'objet d'une foi unanime dans l'Église catholique avant d'être définie par le pape Pie XII en 1950.

La "coopération" de Marie à l'oeuvre du salut

351 En devenant la Mère de Dieu, Marie a coopéré à la réalisation de notre salut. Elle en est devenue la servante. Son service fut celui de l'obéissance aimante, antithèse vivante de la désobéissance d'Ève. Service de l'intercession comme à Cana. "Elle apporta à l'oeuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C'est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l'ordre de la grâce, notre Mère" (LG 61).

Quand, en effet, vient "l'heure" de Jésus, l'heure du salut par la croix, Marie, la "femme" (Jn 19,26), la Nouvelle Ève, comme le suggère saint Jean, enfante le monde nouveau qui naît du calvaire : Mère humaine du Christ, Marie devient alors, selon la volonté de son Fils, Mère des croyants (cf. Jn 19,26-27). Depuis, elle apporte à la naissance et à l'éducation des croyants la coopération de son amour maternel (cf. LG 63).

352 Cette "coopération" doit être bien comprise. Marie n'est pas une seconde médiatrice à côté du Christ, comme si elle ajoutait quelque chose à l'oeuvre de celui-ci. Marie se trouve du côté des sauvés. Par cette plénitude de grâce et de vie surnaturelle reçue du Christ, "elle était particulièrement prédisposée à la coopération avec le Christ, médiateur unique du salut de l'humanité" (RMA 39).

C'est sur la compréhension de cette coopération de Marie à l'oeuvre du salut que demeure une difficulté importante entre catholiques et protestants. Ceux-ci portent la constante préoccupation de ne rien faire ou dire qui paraisse accorder à Marie quelque chose de la place qui revient à Jésus seul. Cependant il existe parmi les protestants bien des différences dans la façon de comprendre le rôle de la Vierge.

Marie et l'Église

353 "Dans la communion de toute l'Église", au coeur de la prière eucharistique, nous nommons "en premier lieu la Bienheureuse Marie toujours Vierge". Marie est, en effet, "membre suréminent et absolument unique de l'Église, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité" (LG 53).

A la fin du dernier concile, le pape Paul VI a proclamé Marie Mère de l'Église, c'est-à-dire Mère de ses pasteurs et de ses fidèles. Comme une mère, Marie a son rôle propre dans la famille dont elle fait partie, rôle que l'on trouve déjà esquissé dans le Nouveau Testament.

Déjà, à la naissance de Jésus, Marie est présentée comme la première croyante, icône de l'Église en prière, qui "retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur" (Lc 2,19). A la naissance de l'Église, au matin de la Pentecôte, à Jérusalem, Marie, avec les disciples, appelait elle aussi de ses prières le don de l'Esprit Saint sur le peuple de Dieu (cf. LG 59). "Ainsi celle qui est présente dans le mystère du Christ, comme Mère, est rendue présente - par la volonté du Fils et par l'Esprit Saint - dans le mystère de l'Église. Et dans l'Église encore, elle continue à être une présence maternelle" (RMA 24).

354 C'est pourquoi, quand elle contemple la sainteté de la Vierge, l'Église "devient à son tour une Mère, grâce à la Parole de Dieu qu'elle reçoit dans la foi : par la prédication en effet, et par le baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu" (LG 64).

Enfin, dans son Assomption, Marie, "est élevée dans la gloire du ciel : parfaite image de l'Église à venir, aurore de l'Église triomphante, elle guide et soutient l'espérance de son peuple encore en chemin" (cf. préface de la fête de l'Assomption). Dès maintenant, "elle brille déjà comme un signe d'espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage" (LG 68).

Les croyants et leur Mère

355 L'Église, dans sa tradition, a spontanément trouvé l'attitude croyante à l'égard de Marie, à l'exemple de celle du disciple bien-aimé. Cette attitude peut se résumer en quelques mots.

Vénérer Marie : c'est entrer dans le "culte du peuple de Dieu" ([LG 66) envers la Vierge ; c'est entrer dans le mouvement séculaire des générations qui la proclament bienheureuse ; c'est honorer, respecter, louer la Mère de Dieu. Ce n'est évidemment pas l'adorer : l'adoration n'est due qu'à Dieu.

Imiter Marie : c'est s'ouvrir comme elle à la grâce de Dieu ; c'est vivre de la foi comme elle en a vécu elle-même ; c'est servir comme elle a servi. Marie est l'exemple et le modèle par excellence de l'existence chrétienne. Là-dessus tous les chrétiens s'accordent.

Prier Marie : c'est se confier à son amour maternel, lui demander son aide et son appui ; c'est faire appel à elle afin qu'elle intercède pour nous auprès de son Fils. Les catholiques redisent chaque jour cette prière dont les premiers mots sont empruntés au récit de l'Annonciation.

356 Je vous salue, Marie, pleine de grâce le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

357 Moïse dit au peuple : "Qu'on se souvienne de ce jour où vous êtes sortis d'Égypte, de la maison de servitude, car c'est à main-forte que le Seigneur vous a fait sortir de là. Sept jours, tu mangeras des pains sans levain. Le septième jour ce sera fête pour le Seigneur." Ex 13,3 Ex 13,6

358 Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout. Au cours du repas, alors que le démon avait déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l'intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu'il est venu de Dieu et qu'il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu'il se noue à la ceinture ; puis, il verse de l'eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture. Il arrive ainsi devant Simon Pierre. Et Pierre lui dit : "Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds !" Jésus lui déclara : "Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant plus tard tu comprendras." Jn 13,1-8