1. Dans une telle multiplicité de sagesse qui est contenue dans la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur de l'Ecriture Sainte, il n’est qu’un seul mode de procéder, à savoir un mode authentique dans lequel sont contenus la narration, le précepte, la défense, l’exhortation, la prédication, la menace, la promesse, la prière et la louange. Tous ces modes reposent, à juste titre, sur un seul mode authentique.
Car le but de cette doctrine est de nous rendre bons et de nous sauver. Or, ceci ne peut se faire par la pure considération, mais bien plutôt par l’inclination de la volonté. L’Ecriture Sainte divine a donc été donnée dans le mode le plus propre à mieux nous incliner. Or, l’affectivité est mue par les exemples mieux que par les arguments, par les promesses mieux que par les raisonnements, par les dévotions mieux que par les définitions. Cette Ecriture Sainte ne devait donc pas suivre un mode de définition, de division et de synthèse pour prouver certaines qualités d’un sujet comme le font les autres sciences Mais il fallait qu’elle possède ses modes propres selon les inclinations diverses des esprits, afin que s quelqu’un n’est pas entraîné par les préceptes et les défenses, qu’il le soit par le récit des exemples ; s’il ne l’est pas par des exemples, qu’il le soit par les bienfaits qu’on lui montre. S’il n’est pas entraîné par cela, qu’il le soit par de sages monitions, par des promesses véridiques, par des menaces terribles, en sorte qu’il soit au moins excité à la dévotion et à la louange de Dieu dans laquelle il reçoit la grâce, par laquelle il est dirigé vers des actions vertueuses.
Ces modes narratifs ne peuvent procéder par voie de certitude rationnelle, car les faits particuliers ne peuvent être démontrés. De peur que cette Ecriture Sainte ne vacille comme douteuse et risque ainsi de moins entraîner, Dieu a donc donné à cette Ecriture Sainte, au lieu de la certitude rationnelle, la certitude de l’autorité, certitude si grande qu’elle surpasse toute la perspicacité de l’esprit humain. Or, l’autorité n’est pas certaine de qui peut tromper ou se tromper. Personne n’existe qui ne puisse se tromper et ne puisse tromper, hormis Dieu et l’Esprit Saint. Donc, pour que l’Ecriture Sainte soit à sa manière parfaitement authentique, elle ne doit pas être transmise par une recherche humaine, mais par la révélation divine.
Rien donc en elle ne doit être condamné comme inutile, rien n’est à rejeter comme faux, rien n’est à répudier comme impie par le fait que l’Esprit Saint, son auteur infiniment parfait n’a pu rien dire de faux, rien de superflu, rien d’inférieur. C’est pourquoi le ciel et la terre passeront, mais les paroles de l'Ecriture Sainte ne passeront pas qu’elles ne soient accomplies. Car, avant que le ciel et la terre ne passent, pas un iota, pas un accent ne passera de la loi que tout ne soit réalisé, le Sauveur en est témoin. Celui donc qui déliera ce qu’enseigne l'Ecriture Sainte et l’enseignera ainsi aux hommes, sera tenu pour le moindre dans le royaume des cieux ; celui qui l’exécutera et l’enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le royaume des cieux.
