L’Ecriture Sainte possède enfin une Profondeur consistant dans la multiplicité des intelligences mystiques. Car, outre le sens littéral, elle doit être exposée en divers endroits d’une façon triple, allégoriquement, moralement et anagogiquement. Il y a allégorie lorsque, par un fait, est indiqué un autre fait selon lequel nous devons le croire. Il y a tropologie ou moralité lorsque, par ce qui est fait, nous est donné autre chose qu’il faut faire. Il y a anagogie, comme une invitation à s’élever, lorsqu’il est donné d’entendre ce qu’il faut désirer, à savoir la félicité éternelle des bienheureux
C’est à juste titre sue doit se trouver dans l’Ecriture Sainte un triple sens en plus du sens littéral car il est parfaitement adapté au sujet, à l’auditeur ou élève, à l’origine et à la fin de l’Ecriture Sainte. Cette triple intelligence, dis-je, convient au sujet de l’Ecriture Sainte, car elle est la doctrine sur Dieu, sur le Christ, sur les oeuvres de la rédemption et sur le donné de foi. Quant à la substance, le sujet de l’Ecriture Sainte est Dieu lui-même ; quant à sa force, le Christ : quant à l’opération, l’oeuvre du salut ; quant à toutes ces réalités, le donné de foi. Or, Dieu est trois et un, un dans l’essence et trois dans les personnes. L’Ecriture Sainte qui vient de Dieu possède donc, sous l’unité de la lettre, un sens triple. Le Christ étant le Verbe unique, toutes choses sont dites avoir été faites par lui et brillent en lui de sorte que sa sages se est à la fois multiforme et une Les oeuvres du salut étant multiples, se réfèrent toutes au sacrifice premier du Christ. Le donné de la foi, en tant que tel, brille diversement selon les états différents des croyants. En conformité avec toutes ces prémisses, l'Ecriture Sainte engendre donc une intelligence multiple sous une lettre unique.
Cette triple intelligence convient aussi à l’auditeur, car personne ne l’entend valablement que s’il est humble, pur, fidèle et studieux S Sous l’écorce de la lettre est donc cachée une intelligence mystique et profonde pour comprimer l’orgueil afin que, par sa profondeur cachée sous l’humilité de la lettre, les orgueilleux soient abaissés, les impurs rejetés, les imposteurs détournés, les négligents excités à l’intelligence des mystères. Et parce que l’auditeur de cette doctrine n’est pas d’un genre unique, mais de tous les genres, et qu’il importe que tous ceux qui doivent être sauvés connaissent quelque chose de cette doctrine, l’Ecriture Sainte possède donc une intelligence multiple, afin de saisir tout esprit, de condescendre à tout esprit, de dépasser tout esprit, d’illuminer et d’embrasser tout esprit qui prête une diligente attention à cette doctrine, par la multitude de son rayonnement.
La triple intelligence de l’Ecriture Sainte convient aussi au principe dont elle provient. Car elle vient de Dieu par le Christ et l’Esprit Saint parlant par la bouche des Prophètes et des autres qui ont écrit cette doctrine. Dieu ne parle pas seulement par des paroles, mais aussi par des faits, car pour lui, dire c’est faire et faire c’est dire. Or, toutes les choses créées, en tant qu’effets de Dieu, suggèrent leur cause Donc, dans l’Ecriture Sainte donnée par Dieu, non seulement les mots doivent avoir un sens, mais aussi les faits. Le Christ docteur, bien qu’il fut humble dans sa chair était cependant très haut dans sa déité. Il convenait donc qu’il ait, lui et sa doctrine, l’humilité en parole et la profondeur de la pensée afin que, comme le Christ fut enveloppé de langes, ainsi la sagesse de Dieu dans l’Ecriture Sainte soit enveloppée dans d’humbles figures. L’Esprit Saint illuminait diversement et faisait des révélations dans le coeur des Prophètes. Aucune intelligence ne peut lui échapper et il était envoyé pour enseigner toute vérité. Il convenait donc à sa doctrine que dans une seule parole, de multiples sens se cachent.
La triple intelligence de l’Ecriture Sainte convient enfin à sa fin, car l’Ecriture Sainte a été donnée pour diriger l’homme vers ce qu’il faut savoir et ce qu’il faut faire afin de parvenir à ce qu’il faut désirer. Or, toutes les créatures ont été faites pour servir l’homme qui tend vers la patrie céleste. L’Ecriture Sainte assume donc les diverses images de ces créatures afin de nous enseigner, par elles, la sa gesse qui nous dirige vers les choses éternelles. Or, l’homme ne se dirige vers les choses éternelles que si sa puissance de connaître saisit la vérité à croire, que si sa puissance d’agir accomplit le bien à faire et que si sa puissance d’aimer aspire à voir Dieu, à l’aimer et à goûter en lui toute joie.
Donc, l’Ecriture Sainte donnée par l’Esprit Saint assume le livre de la créature en le rapportant à sa fin selon une triple intelligence, afin que par la tropologie nous ayons la connaissance de ce qu’il faut faire avec courage, par l’allégorie, de ce qu’il faut croire en toute vérité, par l’anagogie, de ce qu’il faut désirer avec délectation.
Ainsi purifiés par l’opération des vertus, illuminés par une foi radieuse et rendus parfaits par une ardente charité, nous parviendrons enfin à la récompense éternelle.
