Partie VII · Les fins dernières · Chapitre 7

Le paradis

Résumé de la matière

La gloire céleste est constituée en elle-même d’une récompense 1- substantielle, 2- consubstantielle et 3- accidentelle.

1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; La récompense substantielle consiste dans la vision, la jouissance et la possession de l’unique Bien qui est Dieu. Les saints le verront face à face, c’est-à-dire à nu et sans voile. Ils s’en réjouiront avec ardeur et délectation. Et enfin ils le posséderont pour toujours. Ainsi se réalisera ce que dit saint Bernard : « Dieu sera plénitude de lumière pour l'intelligence, abondance de paix pour la volonté et continuelle éternité pour la mémoire. »

2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; La récompense consubstantielle consiste dans la glorification du corps (dite « seconde étoile »). L'âme tend plus parfaitement vers « le ciel suprême », lorsqu’elle a reçu la glorification de son corps qui se définit par les quatre dots : clarté, subtilité, agilité, impassibilité. Les degrés dans les dots varieront avec les degrés dans la charité.

3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; La récompense accidentelle ou auréole, consiste dans un certain surcroît de beauté spéciale. L’opinion classique des docteurs la confère à trois espèces d’oeuvres : le martyre, la prédication et la continence virginale.

Enfin, il faut noter que la hiérarchie et la distinction dans les trois aspects de la gloire sera conforme aux mérites.

Explication

Le premier principe, parce qu'il est premier, possède l’infini d’unité, de vérité et de bonté et du même coup la puissance, la sagesse, la bonté et la justice suprêmes. Il est normal que Dieu manifeste dans ses oeuvres ses perfections invisibles. Dieu qui est le principe de l’univers sensible, l'a produit, le gouverne, le restaure, le récompense et le consommera. Il fait éclater sa puissance dans la production, sa sagesse dans le gouvernement, sa bonté dans la restauration et sa justice dans la rétribution finale. Dieu a créé toutes choses à partir de rien pour manifester sa puissance et susciter la louange, la gloire et l’honneur. Il a fait la matière proche du néant, et l'esprit proche de lui-même et il a réuni dans l’unité de l’homme, dans l’unité de sa nature et de sa personne, l’esprit et la matière.

Dieu gouverne toutes choses selon l’ordre extrême de ses prévisions et cela manifeste sa sagesse. Il dirige lui-même l’homme en sa partie supérieure, en l’illuminant son esprit ; il dirige aussi le corps, la partie inférieure de l’homme, par le libre arbitre de la volonté ; ainsi le corps et son domaine sont soumis aux directives de l’esprit, l’esprit est soumis à la direction de Dieu.

Dieu a restauré l’homme déchu en assumant la nature humaine, en acceptant les condamnations, et enfin en subissant la peine et cela manifeste sa bonté. Ainsi, la souveraine miséricorde rendait le miséricordieux semblable au misérable, non seulement dans la dignité de sa nature créée, mais jusque dans les défauts de sa nature déchue, afin de le relever de son état de misère.

Dieu rend à chacun selon les exigences de ses mérites, aux méchants la peine et aux justes la gloire éternelle et cela manifeste sa justice. Ainsi l’exige la rétribution équitable, la restauration gratuite, le gouvernement ordonné, et la production puissante ; car la consommation de tout cela est dans la fin.

1 et 2- La glorification des justes doit se conformer aux exigences de la juste rétribution et de la puissance de la production. Dieu a produit dans sa puissance l’âme raisonnable proche de Dieu, capable de Dieu, capable de la sainte Trinité selon le dynamisme inné de l'homme créé à l'image. C'est à la Trinité que l’esprit tout entier de l’homme juste s’est consacré selon l’image divine qu'il est. Par conséquent nul autre que Dieu Trinité ne peut récompenser, accomplir ou achever cette capacité. Il donnera la déiformité de la gloire, qui rend l’esprit conforme à Dieu, de telle sorte qu’il le voit clairement par sa raison, qu’il l’aime pleinement par sa volonté et qu’il le retienne pour toujours dans sa mémoire. Dans cette union, l’âme toute entière vivra, recevra la dot des trois puissances de l’esprit, elle sera toute configurée à Dieu. Elle se reposera toute en lui, trouvant en lui comme en tout bien la paix, la lumière et l’éternelle satiété l’âme sera constituée « dans l’état parfait de tous les biens rassemblés » et, vivant d’une vie éternelle et glorieuse, elle sera proclamée bienheureuse.

3- La récompense doit aussi concorder avec les exigences d’une juste rétribution, d’une production puissante mais aussi d’un gouvernement ordonné. Dieu a lié le corps à l’âme et il les a unis l’un à l’autre par une union naturelle. Il a soumis le corps à la direction de l’âme qu'il avait créée originellement dans l’état de mérite. Pour s’exercer à mériter, l’esprit doit diriger le corps. Ainsi, à cause de cette unité naturelle, l’âme ne sera pleinement bienheureuse qu’à l’instant où son corps lui sera rendu, car elle possède une tendance naturelle et innée à le reprendre. D’autre part, il est dans l’ordre de gouvernement que le corps restitué à l’esprit lui soit soumis en tous points, autant du moins qu’un corps puisse se conformer à un esprit.

1- Ainsi, si l’esprit est éclairé par la vision de la lumière éternelle, il convient qu'un très grand éclat de lumière en rejaillisse aussi sur le corps.

2- L’âme étant devenue extrêmement spirituelle par l’amour de l’Esprit Saint, le corps glorieux doit posséder une subtilité, une spiritualité correspondante.

3- La possession de l’éternité rendant l’esprit absolument impassible, il est normal que l’impassibilité totale, interne et externe, appartienne au corps glorieux.

4- Puisqu’enfin la gloire donne à l’esprit une extrême promptitude à tendre vers Dieu, la même agilité doit se retrouver dans le corps glorieux.

C’est par la médiation de l’esprit que la plénitude de la douceur et l’ivresse de la béatitude peut rejaillir et, autant qu’il est possible, dériver depuis la tête qui est Dieu jusqu’à l’extrémité du vêtement, qui est le corps. Le corps est doté de ces quatre propriétés principales, qui accordent et soumettent le corps à l’esprit et qui rendent le corps glorieux et capable de suivre l’esprit et d'habiter dans la région céleste des bienheureux. Il devient comparable aux corps célestes par les quatre propriétés qui graduellement éloignent le corps glorieux des quatre éléments. Les quatre dots rendent le corps parfait en lui-même, conforme à sa demeure céleste et conforme à l’esprit béatifié.

Les auréoles : Les prédicateurs, les vierges et les martyrs recevront l’auréole, cette excellence de la récompense accidentelle. En effet, la récompense doit être à une juste rétribution, une puissante production, un gouvernement ordonné et aussi une restauration glorieuse. Or, le charisme de la grâce se diversifie chez les membres du Christ selon les dons intérieurs, mais aussi selon les activités extérieures, dans les habitus internes et dans les états de vie externe, selon la perfection de la charité dans l’esprit et selon de la perfection rayonnante dans l’activité corporelle. Il est donc normal que certains membres, en plus de l’ornement de l’âme avec ses trois dots et de l’ornement du corps avec ses quatre dots, héritent d’une certaine excellence d’honneur et de joie proportionnée à la particularité de leur perfection et de leur splendeur dans l’activité vertueuse. Or, il existe trois genres d’opérations qui l’emportent en perfection, en beauté et en spéciale splendeur. Elles correspondent au triple vitalité de l’âme.

1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; A la vitalité de la raison correspond la prédication de la vérité qui achemine les autres au salut ;

2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; A la vitalité du désir correspond le refus parfait des désirs égoïstes par l’intégrité perpétuelle de la continence virginale ;

3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; A la vitalité de l’effort correspond le support de la mort pour l’honneur du Christ.

L’auréole se verra dans la beauté de l’âme mais aussi dans celle du corps puisqu’elle n’est pas conférée à la volonté seule mais au corps à cause de l’activité extérieure qui fut l'occasion du mérite et le fruit de la charité. Ainsi, la récompense de la charité consiste dans sept dots : trois pour l’âme et quatre pour le corps ; toute la consommation y est contenue, c’est-à-dire l’intégrité et la plénitude de tous les biens qui donnent la gloire finale.