Il reste à traiter, après le jugement, de la peine de l’enfer et de la gloire du ciel
Résumé de la matière
La peine de l’enfer sera vécue dans un lieu corporel et inférieur où tous les réprouvés, hommes et démons, seront éternellement plongés. Le même feu corporel tourmentera et brûlera les esprits et les corps. Cependant ce feu qui sans cesse affligera les corps ne les consumera jamais. Son intensité et la peine seront en proportion des démérites de chacun. Le tourment de toute la sensibilité s’ajoutera la peine du feu, ainsi que la peine du ver et la privation de la vision divine. Il y aura donc diversité des peines, et diversité dans leur acuité, et perpétuité dans l’acuité. Ainsi la fumée des tourments s’élèvera dans les siècles des siècles pour le supplice des réprouvés.
Explication
Le premier principe, parce qu'il est premier est suprême, possède à un degré infini ce qu'il possède. Il est donc infiniment juste. Il agira dans la rétribution conformément à son infinie rectitude car il ne peut ni agir contre lui-même, ni se renier, ni contester sa propre justice. Il punira le péché selon la grandeur de la faute et il punira surtout ceux qui ont méprisé la loi de miséricorde et sont tombés par leur impénitence avec la plus stricte justice. Or, dans sa rigueur, la justice apprécie la faute non seulement en sa racine mais aussi dans ses circonstances. Il est juste que le juste exige des impies jusqu’au dernier centime de leurs dettes : « la laideur du péché ne se tolère pas sans la beauté de la justice. »
De même que la puissance divine se manifeste dans la création, sa sagesse dans son gouvernement, sa bonté dans restauration de l’univers, ainsi sa justice se manifeste dans le châtiment du péché. La justice divine punira donc l’impiété du pécheur selon les exigences de la culpabilité. Or c'est un désordre perpétuel, voluptueux et divers qui conduit en enfer, par une impénitence finale qui succède à la faute mortelle. A ce désordre correspondra une pénalité 1- éternelle, 2- douloureuse et 3- multiforme.
1- A un désordre perpétuel correspondra une peine sans fin. Parce qu'il n'est jamais regretté, le péché commis perdure dans l’âme. Il sépare l’âme de Dieu, c’est-à-dire de la vie éternelle, et il procède d'une volonté qui voudrait jouir toujours de son péché. Sans doute ce plaisir transitoire est momentané, mais le désordre lui-même contient une volonté de durée perpétuelle. La première conséquence est que la peine prive l’homme de sa fin pour répondre au désordre. Puisque l’homme n’a pas mis fin à sa permanente volonté de désordre en se retirant du péché, il est normal que Dieu, en sa volonté éternelle, ne cesse pas de la punir. Il a péché contre l’infini, il obtient une peine infinie en durée -il ne s’agit pas infinité en intensité-. De même que, après la mort, l’âme adhère au mal et sans repentir possible, de même Dieu châtie sans commutation de sentence, comme le requiert la permanence du désordre dans les damnés.
2- Le désordre de la jouissance exige une peine douloureuse car tout plaisir est puni par un déplaisir contraire. En péchant, l’esprit se tourne vers un bien fini, momentané et partiel, pour en jouir égoïstement. Par voie de conséquence, il méprise la seigneurie de Dieu. Pour châtier ce plaisir dépravé, où la jouissance conduit au mépris, il est normal que le pécheur, homme ou ange, soit précipité dans un lieu inférieur -l’enfer-, loin de l’état de gloire.
Il est logique aussi que le damné soit soumis à l’action afflictive de la nature inférieure, non par une substance spirituelle, mais par une substance corporelle et inférieure, corporelle. Il croupira dans la fange et brûlera dans le soufre et le feu. Par nature, l’esprit uni au corps, et lui communique l’influx vital et le mouvement ; or, la faute pervertit la dignité de la nature spirituelle et la soumet en quelque sorte à la bassesse et au néant du péché. Il rentre dans l’ordre de justice que le pécheur, homme ou pur esprit, soit lié au feu corporel, non certes pour lui communiquer l’influx vital mais au contraire pour en subir le châtiment décrété par Dieu. La torture du pécheur sera atroce car indissolublement lié au feu. Il en éprouvera toute l’horreur d’une répulsion naturelle et sensible, et d’une appréhension que Dieu lui infligera. L’action de ce feu est proportionnée au péché, à la dette et à la souillure qui résulte du plaisir désordonné. Or ce désordre n’est pas égal pour tous de même que le péché : les uns brûlent plus, les autres moins, comme brûlent différemment le bois et la paille au contact du feu. L’action du feu se règle en proportion de la culpabilité du pécheur. Mais, en enfer, la culpabilité ne varie pas. Elle n’est plus soumise à la croissance, à la diminution ou au changement comme ici-bas. C’est pourquoi, par ordre et disposition divine, le feu brûle sans jamais consumer, sans détruire, car il n’agit pas de manière à s’étendre, mais de manière à troubler la paix de l’âme. Il n'ajoute pas d’une nouvelle perte, mais il persévère la perte de la paix. Dès lors, dans la même peine, la rigueur ne supprime pas l’éternité et l’éternité ne supprime pas la rigueur.
3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; Enfin, la diversité du péché entraîne la diversité de la peine. Tout péché mortel actuel provoque
- une conversion déréglée vers le bien passager.
- une aversion déréglée vis-à-vis de la Lumière et la Bonté.
- un désordre de la volonté contraire à la conscience.
En raison de ce triple désordre, ceux qui commettent un péché actuel et qui tomberont sous le coup de la réprobation, seront soumis à une triple pénalité :
- privation de la vision béatifique à cause de l’aversion au Bien infini.
- peine du feu à cause de la conversion au bien passager.
- peine du ver à cause de la révolte de la volonté contre la raison.
Frappés d’une peine multiple, les damnés subiront une torture variée, aigu éternelle, et la fumée de leurs tourments s’élèvera pour toujours et à jamais. Amen.
