Tous les hommes ressusciteront ; entre eux, la résurrection ne marquera aucune différence dans l’ordre du temps, mais elle en comportera beaucoup de degrés dans l’ordre de dignité.
Résumé de la matière
Les méchants ressusciteront avec les difformités et les peines, les misères et les défauts qu’ils ont amassés dans l’état de voie. Les bons en qui « la nature sera conservée et le vice enlevé », ressusciteront dans l’intégrité du corps, dans la maturité de l’âge, et dans l’équilibre harmonieux des membres. Tous les saints deviendront parfaits et obtiendront la mesure de la pleine maturité du Christ.
Les corps des bons et des mauvais ressusciteront selon l’identité numérique qui les constituait auparavant et ils seront composés des mêmes parties. La réalité de leur nature sera conservée, non seulement dans les principaux membres et l’humeur constitutive, mais encore dans les cheveux et les autres membres qui concourent à la beauté du corps. « La poussière du corps humain fera retour à l’âme qui l’avait antérieurement animée, depuis les quatre vents et aux quatre coins du monde. ».
Explication
Le premier principe, parce que premier et suprême, est absolument universel et suffisant. Il est donc le principe de la nature, de la grâce et de la rétribution. Il est aussi principe infiniment puissant, clément et juste. En effet, pour parler selon une certaine appropriation, 1- la constitution des natures se rattache à la toute-puissance, 2- le don de la grâce à la bonté et 3- la rétribution à la justice. Mais puissance, bonté et justice ne peuvent pas se séparer entre elles, chacune étant dans les autres. C’est pourquoi l’oeuvre de la rétribution doit se conformer aux exigences de la justice, de la grâce et de la nature à compléter. Or la justice exige que l’homme soit puni ou récompensé dans son âme et dans son corps, car il n’a pas mérité ou démérité dans son âme seule ou dans son corps seul, mais à la fois dans son âme unie au corps. A cause de ces trois aspects, le monde entier proclame que l’homme ressuscitera :
1- La grâce de restauration exige que le corps tout entier soit assimilé à sa tête qui est le Christ ; le cadavre du Christ restait inséparablement uni à sa Divinité, il devait donc nécessairement ressusciter.
2- La perfection de la nature exige que l'homme soit composé, à la fois d’une âme et d’un corps, comme d’une matière et d’une forme, doués d’un mutuel désir et d’une mutuelle inclination.
3- Ainsi la constitution de la nature, l’infusion de la grâce et la rétribution de la justice qui ordonnent l’univers entier, exigent la résurrection future des corps.
Ceux qui se rendent sourds à cette vérité de foi sont sans excuse, et c’est à juste titre que l’univers entier se soulèvera contre eux. En effet, la résurrection est exigée selon l’ordre de la justice divine. Or, la justice divine rend à chacun ce qui lui revient de son séjour temporel. Il est donc nécessaire que tous ressuscitent car toute âme une fois unie à un corps, ne serait-ce qu’un instant, est, dans ce corps en état de faute ou en état de grâce.
Tous ressusciteront en même temps, (pour ce qui est de la loi commune, ce que je précise à cause du Christ et de sa Mère, la glorieuse Vierge Marie), pour toutes une série de raisons de justice :
1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; L’état de rétribution est distinct de l’état de voie et la résurrection appartient à l’état de rétribution ;
2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; Il ne doit pas y avoir de confusion dans l’ordre de l’univers, car la foi doit garder le mérite de croire à ce qu’elle ne voit pas ;
3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; L’équité de la justice divine doit apparaître avec la plus grande certitude et la plus grande clarté ;
4-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; La consommation et la rétribution finale doivent se faire simultanément pour les anges et pour les hommes ;
Les méchants méritent la peine et la misère et les bons méritent la gloire. Bien qu’ils ressuscitent en même temps, leur condition sera très dissemblable. Les méchants ne ressusciteront pas pour la vie mais pour la souffrance. Ils ressusciteront donc avec leurs infirmités, leurs difformités et leurs défauts.
La résurrection doit en outre avoir lieu selon les exigences de la consommation de la grâce parfaite qui nous rend conforme à notre chef, le Christ. En lui ne se trouvait nul défaut corporel, mais l’âge accompli, la stature requise, et la beauté du visage. Il convient donc que les bons ressuscitent dans les meilleures conditions, c’est-à-dire que leurs défauts soient supprimés et leur nature préservée. En conséquence, les membres manquant seront remplacés ; une excroissance sera ôtée ; les déviations seront corrigées. L’enfant, par la vertu divine, parviendra à l’âge du Christ ressuscité (il ne s’agit pas pourtant d’une égalité matérielle) ; le vieillard décrépit reviendra au même âge que le Christ, ce qui signifie l'âge parfait ; le géant ou le nain auront une taille harmonieuse. Ainsi tous arriveront intègres et parfaits à l’homme accompli, à l’âge de la plénitude du Christ. Enfin la résurrection doit se réaliser conformément aux exigences de la perfection de la nature. Il y aura donc l’identité numérique du corps. Un esprit raisonnable exige par nature de vivifier son propre corps, car « l’acte propre doit s’accomplir dans sa matière propre ». Sans cela, ce ne serait donc pas de vraie résurrection.
L’âme raisonnable est immortelle et, comme telle, elle exige par nature de posséder un corps immortel pour lui influer perpétuellement la vie. Du fait qu’un corps est uni à une âme, de par l’union même, il est ordonné à l’immortalité. Il s’agit d’une ordination nécessaire pour ce qui constitue la substance du corps tout entier, comme les principaux membres, l’humeur vitale et la chair spécifique. L’ordination est seulement de convenance pour la chair au plan de ses éléments matériel, et pour les parties accidentelles du corps (cheveux et.). Les parties substantielles sont donc ordonnées à la résurrection selon un ordre nécessaire et toutes les autres selon un ordre de convenance. C’est Dieu qui a voulu et structuré cet ordre au sein de la nature et la nature est incapable de le réaliser par elle-même, car la nature ne peut ressusciter un mort. Pourtant la providence divine n’a pas opéré en vain et elle restaurera le corps dans son identité numérique, immortel et constitué de toutes ses parties, de manière que la nature toute entière sera sauvegardée.
Ce n'est pas, nous l'avons dit, eu pouvoir des forces de la nature mais c’est dans son désir. La nature ne peut pas ressusciter un corps détruit, car elle n’a pas pouvoir sur la substance totale de l’être ; elle ne peut davantage rendre un corps immortel, car tout ce qui est soumis à la génération est par nature soumis à la corruption. La nature ne peut enfin rassembler les éléments qui sont dispersés. La résurrection aura donc pour cause nécessairement de la cause première, au-delà des forces des raisons séminales ou des causes naturelles. Elle se réalisera donc, selon l’ordre seul de la volonté divine, dans un déroulement admirable et surnaturel.
