Partie VII · Les fins dernières · Chapitre 4

La fin du monde

Traitons ensuite de ce qui accompagne le jugement : la conflagration des feux et la résurrection des corps. Le feu brûlera la face de la terre et précèdera l’apparition du juge : ainsi la figure de ce monde périra sous la conflagration des feux, comme il disparut au déluge sous l’action de l’eau. Dire que la figure de ce monde passera ne signifie pas qu'il sera entièrement détruit dans sa partie sensible. Sous l’action du feu, les végétaux et les animaux seront consumés, les éléments seront purifiés et rénovés, -surtout l’air et la terre-. Les justes seront purifiés et les réprouvés brûlés. Alors, le mouvement du ciel s’arrêtera. Il se réalisera une rénovation dans les éléments du monde corporel et une sorte de glorification, lorsque le nombre des élus sera complet.

Résumé de la matière

Le principe de l’ordre universel est Sage. En toutes ses actions il observe l’ordre de la sagesse et, dans le domaine de la consommation finale, cet ordre doit par-dessus tout être respecté. Il n’y aura pas dissonance entre le début, le milieu et la fin. C'est dans tout ce devenir de l’univers, harmonieusement ordonné, qu'apparaîtra la sagesse ordinatrice, la bonté et la grandeur du premier Principe. Dans sa sagesse, Dieu a créé le macrocosme en vue du microcosme, c’est-à-dire l’homme situé au milieu entre le monde inférieur et Dieu. Toutes les parties de l’univers doivent s’harmoniser pour que l’habitation s’accorde à l’habitant et ce, selon tous les âges du monde :

1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; à l’homme créé bon correspondait un monde bon et en repos ;

2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; lorsque l’homme chuta, le monde se détériora ; la perturbation profonde de l’homme retentit dans le monde ;

3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; Lorsque l'homme fut purifié, leur rénovation correspond ;

4-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; et lorsque l’homme sera enfin consommé, l’univers rentrera dans le repos.

La perturbation de l’univers doit répondre à celle de l’homme, comme la stabilité et l’effondrement correspondaient à l’état d’innocence de l’homme et à sa chute. Or, le jugement futur manifestera la sévérité du juge ; tous les coeurs seront terrifiés mais cette terreur touchera surtout les pécheurs qui ont méprisé le Seigneur de l'univers. Ainsi toute la création subira la colère de Dieu, elle se conformera à lui mais aussi à l'homme qui l’habite, dans un terrible ébranlement de la terre.

Explication

Le feu qui jaillit de toutes parts est le plus intense, plus rapide et plus terrifiant élément apte à provoquer la commotion des éléments. Le feu précèdera donc la Venue du juge ; il ne jaillira pas d’un seul endroit mais de partout à la fois. Tous les feus, -le feu élémentaire et terrestre, du feu du purgatoire et du feu de l’enfer – se rassembleront. Le feu de l'enfer brûlera les réprouvés, le feu du purgatoire purifiera les justes, le feu terrestre consumera les végétaux et les animaux, le feu élémentaire affinera les éléments et les disposera à leur transformation. Toutes les autres créatures seront bouleversées en même temps, hommes et démons ; les anges eux-mêmes seront terrifiés à cette vue. De plus, de même que l’homme a besoin d’être purifié, le monde qu'il a habité en a besoin aussi. Dans la situation de la fin des temps comme dans les premiers temps, l’homme aura besoin d’être purifié des restes du péché, de l’avarice et de la méchanceté, de la boue de la luxure. Mais cette purification finale devra être rapide, intime et parfaite.

La face du monde consumée par le feu correspondra ainsi à l’inondation du déluge. Au commencement, c'est par la fraîcheur de l’eau que le mode fut détruit et comme purifié de l'ardeur de la luxure ; à la fin des temps, c'est le refroidissement de la charité, le froid de la malice et de l’avarice qui auront envahis le monde vieilli ; il faudra donc le détruire et le réchauffer par le feu. L’action purifiante du feu étant être intime, violente et rapide, elle conviendra à la profondeur extrême des adhérences car seul, parmi les éléments, le feu comporte ces qualités d’action.

En outre, la rénovation du monde correspondra à la rénovation de l’homme. Mais le renouvellement sous une forme nouvelle ne va pas sans la perte de la forme ancienne et sans l'apparition d'une nouvelle disposition. Le feu possède le pouvoir d’expulser la forme étrangère de manière si subtile qu'elle est apparentée à la nature céleste. Il opère donc du même coup une double efficacité : la purification et la rénovation. Son action correspond donc à ce qui est nécessaire préalablement à la venue du juge qu’elle précède et qu’elle suit. La transformation devra établir un renouvellement sans vieillissement ultérieur. Ceci est donc hors du pouvoir de la créature qui est soumise à la dégradation. Ainsi, dans la purification et la rénovation, le feu agira selon sa nature lorsqu'il s'agira d'enflammer, purifier, dilater, évaporer. Mais lorsqu'il s'agira de transfigurer ce monde, un pouvoir qui dépasse la nature accompagnera l’action du feu, pour compléter ses effets.

Enfin la consommation du monde correspondra à celle de l’homme. L’homme sera consommé lorsque le nombre des élus pour la gloire sera complet. C'est le but et la fin ultime de toutes choses. Le mouvement de la nature céleste s’arrêtera et entrera dans le repos lorsque le nombre des élus sera au complet. Les changements des éléments prendront fin ainsi que la génération dans les animaux et les plantes. Tous ces êtres sont ordonnés à la plus noble des formes qui est l’âme raisonnable. Lorsque les âmes seront stabilisées, les autres êtres devront l'être aussi.

On peut parler, de manière analogique, de récompense à propos des corps célestes lorsqu'ils obtiennent la plénitude de la lumière et le repos. Lorsque les éléments qui n’ont plus le pouvoir de se multiplier par échanges mutuels sont dits morts, cette mort dans l’activité et la passivité affecte surtout les qualités actives sans toucher à la substance. Les végétaux et les animaux ne possèdent pas une puissance de vie perpétuelle et de durée sempiternelle. Or, la durée perpétuelle caractérise l’état de noblesse finale. En conséquence, les végétaux et animaux seront consumés dans leur nature propre, tout en étant préservés dans leurs principes et, pour ainsi dire, dans leur semblable, l’homme, qui possède une ressemblance avec toute créature. En conséquence, dans la rénovation et la glorification de l’homme qui possède en lui des éléments de tout, on peut avancer que toute la création sera rénovée et glorifiée.