Partie VII · Les fins dernières · Chapitre 3

Les suffrages de Eglise

Résumé de la matière

J’entends par suffrages toutes les œuvres que l’Eglise fait en faveur des morts : sacrifices, jeûnes, aumônes, ainsi que les prières et les peines volontairement assumées pour accélérer et faciliter l’expiation de leurs fautes. Tout cela est utile aux morts. Ils les aident, non pas tous, mais ceux qui sont au purgatoire, c'est-à-dire « les moyennement bons ». Les suffrages sont inutiles pour les « très mauvais », c'est-à-dire ceux qui sont en enfer ; Ils sont inutiles également pour les « très bons », ceux qui sont au ciel. Bien plus, les saints du Ciel aident l’Eglise militante de leurs mérites et de leurs prières, et ils obtiennent de nombreux bienfaits à ses membres. L’efficacité des suffrages dépend de deux choses :

1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; des mérites personnels des défunts

2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; de la charité des vivants, dont la sollicitude s’applique plus à certains défunts qu’à d’autres.

Cette efficacité a un effet sur l’adoucissement des peines et, en conséquence, pour accélérer la libération des âmes, selon qu’en dispose la divine providence.

Explication

Parce qu’il est infiniment bon, le principe premier est d’une grande rigueur contre le mal. Il est aussi d’une extrême douceur à l'égard du bien. Les justes qui souffrent au purgatoire en raison d’une rigoureuse justice pour la dette de leurs péchés, sont soulagés, aidés et réconfortés, en raison de la miséricorde. Eux sont installés dans la misère, et ils ne peuvent en sortir ni par eux-mêmes ni par leurs mérites. Le fait d'application des suffrages aux défunts, par l'œuvre de ceux qui en ont le pouvoir, est conforme à la providence. Cela n'est pas contre la justice tout en étant conforme à la douceur de la miséricorde. En effet, la droiture de la justice doit maintenir l’honneur divin, le gouvernement de l’univers et la qualité humaine du mérite. C’est pourquoi tout cela se passe selon l’harmonie de la miséricorde et de la justice. L’honneur divin est sauvegardé ainsi que l’ordre de l’univers et la qualité du mérite humain.

L’application des suffrages doit respecter la justice qui vise au dessus de tout le respect de l’honneur divin. Or, l’honneur de Dieu exige que la dette des fautes soit acquittée par des oeuvres satisfactoires et pénales. Parmi ces œuvres, au plus haut point, on peut citer : 1- Le jeûne, 2- la prière, 3- l’aumône et, au dessus d'eux, 4- le sacrifice de l’autel l’emporte ; c’est surtout à la messe qu’est rendu à Dieu l’honneur qui lui est dû : car aucune offrande n’est plus agréable à Dieu que celle qui est offerte en sacrifice. Ainsi, si toutes les oeuvres satisfactoires constituent les suffrages de l’Eglise, la meilleure est dans la célébration de la messe. D’ailleurs, saint Grégoire dit au livre IV des Dialogues que certains défunts ont été rapidement délivrés de grandes peines par l’offrande de messes.

Remarquez que la célébration des obsèques et le raffinement des funérailles n’entrent pas dans la catégorie des suffrages. Saint Augustin écrit dans son livre De cura pro mortuis agenda : « Le raffinement des funérailles, la richesse de la sépulture et la gloire des obsèques sont plus une consolation pour les vivants que pour les morts. »

Les suffrages de l’Eglise ne peuvent donc avoir d’efficacité pour ceux qui sont en enfer. En effet, comme la justice sauvegarde l’ordre et le gouvernement de l’univers dans la communication des influences, il doit y avoir un ordre de relations entre l’origine et le terme de réception. L’inférieur ne peut influer sur le supérieur ou sur un être éloigné à tous égards par la disproportion. Puisqu’ils sont totalement séparés du corps mystique du Christ, les damnés ne sont atteints par aucune influence spirituelle ni ne leur est utile, pas plus que l'influence de la tête ne peut atteindre un membre amputé.

Les suffrages de l’Eglise ne sont pas utiles aux bienheureux, puisqu’ils vivent dans un état absolument supérieur. Ils sont parvenus au terme, et ne peuvent monter plus haut. Au contraire, les bienheureux ont mérité dans leur chair de nous être utiles par leurs prières. Il est donc conforme à l’ordre divin que nos prières soient offertes aux saints pour que ceux-ci à leur tour intercèdent en notre faveur et nous obtiennent les grâces de Dieu.

En fin de compte, les suffrages ne servent qu'aux seuls justes qui sont au purgatoire. Comme ils sont dans une grande peine et incapables de s’aider, ils sont inférieurs aux vivants, mais ils sont conjoints aux autres membres de l’Eglise en raison de leur justice. C’est donc à juste titre, en raison de l’ordre et de la convenance, que les mérites de l’Eglise peuvent les secourir.

Les suffrages de l'Eglise sont cependant plus efficaces pour ceux qui ont mérité davantage par leur charité, lorsqu’ils étaient en état de voie. Et c'est cette mesure, -l'intensité du mérite de la charité-, qui mesure l'efficacité des suffrages. Ainsi la justice est-elle observée pour peser l’exigence des mérites.

Les suffrages appliqués spécialement pour certains défunts correspondent à une intention droite et qui vient de Dieu. Ils correspondent aussi à une très utile institution ecclésiastique. Même si ces suffrages ont donc plus de valeur pour ceux qui sont spécialement désignés, les autres y communient d’une certaine manière. Toutefois, bien qu’ils soient spirituels, les suffrages n’aident pas les autres autant que la personne principalement désignée. En effet, pour une plus grande faute la justice divine exige une plus forte amende, et pour plusieurs fautes plusieurs amendes. L’exemple de la lumière qui éclaire également les convives d’une même table ne convient pas ici. Il faut assimiler les suffrages aux rançons des captifs plutôt qu’à la diffusion et à l’influx lumineux.

Peut-on déterminer l’efficacité des suffrages pour chacun en particulier ? Non car seul Dieu qui apprécie le poids, le nombre et la mesure dans les dettes, les fautes et les intercessions, le sait.