Résumé de la matière
Ici, les vrais corps et sang du Christ ne sont pas seulement signifiés, mais vraiment rendus présents sous les deux espèces du pain et du vin. Il s'agit pourtant d'un seul et non de deux sacrements. Lorsque le prêtre prononce la consécration en disant la formule instituée par le Seigneur sur le pain : ceci est mon corps ; sur le vin : ceci est la coupe de mon sang, il réalise cette présence. Lorsque le prêtre prononce ces paroles avec l’intention de confectionner le sacrement, chaque élément est changé dans la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Les apparences sensibles demeurent et dans chacune d’elles est contenu tout le Christ, totalement. Mais cette présence n'est pas circonscriptive mais sacramentelle.
Sous ces espèces, le Christ se propose en nourriture pour que celui qui la reçoit dignement, de manière non seulement sacramentelle, mais spirituelle, faite de foi et de charité, soit incorporé davantage à son Corps Mystique. Il se restaure spirituellement et se purifie. Au contraire, celui qui s’approche indignement, mange et boit sa propre condamnation car il agit sans discernement à l’égard du corps du Christ.
Explication
Le Verbe Incarné qui est notre principe réparateur, a une puissance débordante et un jugement plein de sagesse. En fonction de cette sagesse et de cette surabondance il nous a donné les sacrements. Le Christ ne s’est pas contenté d’instituer un sacrement qui nous engendrerait dans l’être de grâce, à savoir le baptême, et un autre qui nous ferait croître et nous fortifierait, une fois engendrés, comme la confirmation, mais aussi un sacrement qui nous nourrirait après avoir été engendrés et avoir grandi et c’est l’eucharistie. Telle est la surabondance de ses remèdes aux maladies et les dons de grâce. C’est pourquoi ces trois sacrements sont donnés à tous ceux qui accèdent à la foi. Mais cette nourriture de notre être selon la grâce, a pour but de conserver notre dévotion envers Dieu, notre amour envers le prochain et notre délectation de ces deux amours. La dévotion envers Dieu s’exerce par l’offrande du sacrifice de la messe, l’amour du prochain par la communion à un seul sacrement et la délectation par la réfection du viatique. Voilà pourquoi le Christ, notre principe réparateur, a donné ce sacrement comme un sacrifice d’oblation, un sacrement de communion et un viatique de réfection. Comme notre principe réparateur possède la suprême sagesse, à qui il revient de tout faire avec ordre, il a donc agi ainsi : il a décidé de nous proposer ce sacrifice, ce sacrement et ce viatique, en l'adaptant 1- au temps de la grâce révélée, 2- à notre état de pèlerin et 3- à notre capacité.
1- Et d’abord il l'a adapté au le temps de la grâce révélée. Ce temps étant celui de la perfection, il fallait qu’on offre une oblation pure, agréable et plénière ; et nulle autre n’est telle sinon celle qui fut offerte sur la croix, à savoir le corps et le sang du Christ. C'est pour cela qu’il fallait nécessairement qu’en ce sacrement soit contenu, mais en vérité le corps du Christ en tant qu’oblation adaptée à ce temps. Une simple figure ne suffisait pas. Ainsi, le sacrement de la communion et de l’amour ne se contente pas de signifier, mais qu’il enflamme et « produit ce qu’il signifie ». Comme par ailleurs ce qui nous enflamme le plus à l’amour mutuel et qui unit le plus les membres, c’est l’unité du Chef à partir duquel s’écoule en nous l’amour mutuel, par la force diffusive, unitive et transformante de l’amour, de là vient que ce sacrement contient le vrai corps du Christ. Sa chair immaculée se diffuse en nous et nous unit les uns aux autres, nous transforme en lui par l’ardente charité avec laquelle il s’est donné à nous. Dans l'eucharistie, il se redonne à nous et demeure avec nous jusqu’à la fin du monde. Ainsi, la nourriture qui convient à l’époque de la grâce est une nourriture spirituelle, commune et salutaire. Or, la nourriture de l’esprit est le Verbe de vie. De ce fait la nourriture spirituelle d’un esprit vivant dans la chair est le Verbe Incarné ou la chair du Verbe. En effet, même si elle est unique, tous cependant se sauvent par elle. En conclusion, il fallait que le corps du Christ soit contenu vraiment dans ce sacrement, comme l’exige la perfection du sacrifice propitiatoire, du sacrement unitif et du viatique de nutrition, conformément à ce qui doit être au temps du Nouveau Testament.
2- Ensuite, le Christ a adapté ce sacrement à notre état de pèlerin ici-bas. Il ne fallait pas que le Christ soit vu à découvert mais en énigme, pour que la foi soit méritoire. Il ne convenait pas non plus que la chair du Christ soit touchée avec les dents, à cause de l’horreur que nous avons de la chair crue et de l’immortalité de ce corps. C’est pourquoi il fallait que le corps et le sang du Christ soient donnés sous les voiles de symboles très saints et de similitudes adaptées et significatives. Le symbole du pain et du vin fut bien choisi car aucun aliment et breuvage n'est plus apte à la réfection que le pain et le vin. Rien n’est plus capable non plus de signifier l’unité du corps du Christ, réel et mystique, que le pain, fait de grains unis, et le vin, exprimé des grains de raisins très purs unis ensemble. C'est pourquoi il fallait que le sacrement fût présenté sous ces espèces plutôt que sous d’autres. De plus Christ devait se trouver sous ces espèces, non selon un changement qui l’affecte lui-même, mais plutôt selon les espèces. Ainsi, au moment où sont proférées les deux formules consécratoires, qui insinuent la présence du Christ sous ces espèces, s’opère la conversion de chaque substance au corps et au sang. Ne demeurent que les seuls accidents comme signes qui contiennent le corps lui-même et aussi qui l’expriment.
Le corps saint et glorieux du Christ ne peut être divisé en ses parties, ni séparé de son âme, comme de sa Divinité. C’est pourquoi, sous chacune des espèces, se trouve le seul Christ, tout entier et indivisé, c’est-à-dire son corps, son âme et Dieu. Il n’y a donc sous les deux espèces qu’un seul et simple sacrement qui contient tout le Christ. Comme chaque partie d’une espèce signifie le corps du Christ, il est tout entier présent dans toute l’espèce et chacune de ses parties. Il n’est pas là en tant que circonscrit dans un lieu, avec une position. Il n'est pas perceptible par quelque sens corporel et humain, mais il se dérobe à toute perception pour permettre à la foi d’exister et de mériter. Les accidents du pain et du vin continuent de se comporter comme auparavant, bien qu’ils soient sans sujet aussi longtemps qu’ils subsistent dans leurs propriétés naturelles et qu’ils peuvent nourrir.
3- Enfin, le Christ a adapté ce sacrement à notre capacité. Recevoir efficacement le Christ ne vient pas de la chair mais de l’âme, pas du ventre mais de l’esprit. Celui, qui s’approche dignement du corps du Christ doit le manger non charnellement mais spirituellement, pour ainsi le mâcher par la réflexion de foi et se l’assimiler par la ferveur de l’amour. En effet, l’esprit n’atteint le Christ que par la connaissance et l’amour, par la foi et la charité, en sorte que la foi illumine en vue de la réflexion et que la charité enflamme à la dévotion. La chair ne l'atteint pas. Ce n'est pas nous qui transformons le Christ en nous, mais c’est nous-mêmes qui sommes comme projeté dans son Corps Mystique. Il en ressort que celui qui s’approche avec tiédeur, sans dévotion et avec légèreté, mange et boit sa propre condamnation, car il outrage un grand sacrement. Il est manifestement conseillé à ceux qui ne se sentent pas assez purs d’âme et de corps, ou même sans dévotion, de différer la réception, jusqu’à ce qu'ils soient préparés à manger le véritable agneau sans tache. C’est aussi pourquoi il est prescrit que ce sacrement soit célébré avec une particulière solennité à tout points de vue : quant au lieu et au temps, quant aux paroles et aux prières, quant aux vêtements liturgiques. Il faut que tant les prêtres qui célèbrent que ceux qui reçoivent ce sacrement, recueillent le don de la grâce qui les purifie, les illumine, les perfectionne, les nourrisse, les vivifie et les transforme, de la façon la plus ardente d'un amour excessif, au Christ.
