Partie VI · Les sept médicaments sacramentels · Chapitre 6

Les trois sacrements à caractère

Résumé de la matière

Il existe trois sacrements qui ne peuvent jamais être réitérés le baptême, la confirmation et l’ordre. Mais tous les sacrements ne doivent pas être renouvelés sur la même personne quand il s’agit d’une même raison, et cela, pour qu’il n’y ait pas outrage au sacrement. Les trois sacrements non réitérables impriment chacun un caractère intérieur qui ne s’efface pas. De ces caractères, celui du baptême est le fondement des autres au point que ces derniers ne peuvent être imprimés sans que d’abord celui du baptême le soit. Il en résulte que si un non-baptisé était ordonné prêtre, rien ne se produirait, mais tout serait à recommencer. En effet, « quand il est clair qu’une chose n’a pas eu lieu, on ne peut la considérer comme réitérée ».

Le Verbe Incarné qui est notre principe réparateur, en raison de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté, ne fait rien que si c'est efficace, de raisonnable et source de fruits. C'est ainsi qu'il agit dans son oeuvre la plus noble, la restauration du genre humain. Ainsi sont les sacrements. Aussi, les réitérer sur la même matière, la même personne et pour une même raison est leur faire outrage. Cette manière de faire laisse entendre, en effet, que ce qui avait été administré d’abord était inefficace, sans raison ni fruits. Cela va contre la puissance, de la sagesse et la bonté souveraines du Verbe Incarné lui-même.

Explication

Certains sacrements réparateurs ont été institués seulement comme remèdes pour les maladies et d’autres qui l’ont été aussi pour fixer, discerner et ordonner les degrés hiérarchiques dans l’Eglise qui contiennent tous l’efficacité de la puissance divine pour restaurer l'humanité. Or les maladies peuvent varier, guérir et revenir ; les remèdes de l’Eglise par contre sont fermes, solides et inébranlables. Il s’ensuit que les sacrements, concernant les maladies qui peuvent renaître, ont des effets passagers et peuvent de ce fait être réitérés pour une nouvelle cause. Au contraire, les sacrements qui concernent les degrés hiérarchiques et des situations de foi déterminées confèrent, en plus des effets curatifs, certains effets permanents en vue d’une distinction fixe et stable des degrés et des conditions dans l’Eglise. Et comme cela ne peut se produire par des moyens naturels mais seulement par des dons gratuits de la grâce sanctifiante, il est nécessaire que cela se fasse par certains signes, imprimés gratuitement et de manière indélébile, sur une substance incorruptible, à savoir l’âme incorruptible, à partir d’un principe incorruptible et en harmonie avec l’incorruptibilité. Ces signes, on les appelle caractères. Comme ils ne sont indélébiles, les sacrements qui les impriment ne peuvent ainsi être réitérés.

En fin de compte, il existe trois situations de foi qui permettent à savoir la situation de la foi engendrée, de la foi raffermie et de la foi multipliée. Elles permettent de poser des distinctions dans le peuple chrétien, c’est-à-dire dans l’armée de la hiérarchie ecclésiastique.

1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; Selon la première situation, on distingue les fidèles des incrédules ;

2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; par la deuxième, on distingue les forts des faibles

3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; et par la troisième, les clercs des laïcs.

De là vient que ces sacrements, qui regardent ces trois situations dans l'Eglise, impriment des caractères indélébiles. De ce fait, ils ne peuvent jamais être réitérés.

1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; Le baptême concerne la situation de foi naissante par laquelle le peuple de Dieu se distingue des non croyants comme les Israélites se distinguaient des Egyptiens ;

2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; la confirmation a rapport à la situation de foi raffermie, par où le chrétien fort se distingue du faible, comme les lutteurs se distinguent de ceux qui ne sont pas aptes au combat ;

3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; l’ordre regarde la situation de foi quand elle est multipliée, par quoi les clercs se distinguent des laïcs, comme les lévites se distinguaient des autres tribus.

C’est la raison pour laquelle des caractères ne sont imprimés que dans ces trois sacrements.

Le caractère baptismal est le fondement de tous les autres parce que la distinction entre « membre du peuple » et « non membre » est première et radicale. En conséquence, si ce caractère n’est pas posé comme fondement rien ne pourra être édifié au-dessus. Il faudra alors recommencer. Si au contraire il existe, les autres sacrements à caractère peuvent être imprimés et ne doivent jamais plus être réitérés. De plus, une peine grave doit être imposée à ceux qui de fait se permettent de réitérer ces sacrements lorsqu'ils ont été validement conférés, car ils font outrage envers le divin sacrement. Quant aux quatre autres sacrements, en fonction d'une raisons nouvelle, ils peuvent être renouvelés sans qu’il y ait cet outrage.