Résumé de la matière
Le pouvoir d'administrer les sacrements ne revient qu’au seul genre humain. Pour le faire, celui qui administre doit en avoir l’intention. Dans quelques sacrements, en plus de l’intention, l’ordre sacerdotal ou pontifical est nécessaire.
L’ordre pontifical est requis dans l’administration de la confirmation et de l’ordre.
L’ordre sacerdotal est nécessaire pour administrer l’eucharistie, la pénitence et l’extrême-onction.
Aucun ordre n'est nécessaire à l'administration du baptême et du mariage, bien qu’ils reviennent au prêtre. Ils peuvent être administrés de fait, surtout dans le cas de nécessité.
Les sacrements peuvent être administrés par les bons et les mauvais, par les fidèles et les hérétiques, dans l’Eglise et hors d’elle, mais en tenant compte que dans l’Eglise, ils sont administrés validement et fructueusement tandis qu’en dehors d’elle, ils sont administrés, bien que validement, sans produire de fruit spirituels.
Explication
Le Verbe Incarné est notre principe réparateur. Comme c’est en tant que Dieu et en tant qu’homme qu’il a institué les sacrements du salut, il a réglé qu’ils seraient administrés aux hommes par le ministère des hommes, pour que soit conservée la conformité du ministre au Christ Sauveur et à l’homme à sauver. Le Christ Sauveur a confié aux hommes l’administration des sacrements selon trois exigences : la justice, la dignité de l’ordre et la sécurité du salut — en effet, il a opéré notre salut de façon juste, ordonnée et certaine —.
1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; L’équilibre du droit exige que les oeuvres de l’homme, en tant qu’homme ne se fassent avec ordre en fonction de leur finalité. Ainsi, les oeuvres de l’homme, en tant que ministre du Christ, se doivent se rapporter de quelque façon au Christ. De même ; les oeuvres de l’homme, en tant que ministre du salut, doivent se référer de quelque manière au salut, soit en général soit en particulier. Or, l’administration des sacrements est une oeuvre de l’homme selon qu'il est un être raisonnable, un ministre du Christ et un ministre du salut. C'est pourquoi ils doivent être administrés avec l'intention de faire ce que le Christ a voulu pour le salut de l’homme, ou du moins avec l'intention de l’Eglise, en qui est renfermée l’intention du Christ car l’Eglise n'administre les sacrements que pour le salut des fidèles et de la façon dont elle les a reçus du Christ.
2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; La dignité de l’ordre exige que les grandes choses soient confiées aux grands, les petites aux petits et les intermédiaires aux hommes de moyenne importance. A) Certains sacrements regardent principalement la perfection de la puissance ou de la dignité, comme la confirmation et l’ordre ; On infère de tout cela que, en tant que les plus élevés, ils ne peuvent être administrés que par les évêques et les pontifes. B) Certains sacrements regardent le droit commun et ont rapport à la nécessité, comme le baptême et le mariage ; ce dernier engendre et l’autre régénère à une existence qui s’impose. En tant que moins élevés, peuvent être administrés par n’importe quels ordres et personnes inférieurs, surtout dans le cas de nécessité, ce que je dis en pensant au baptême ; C) Certains autres tiennent le milieu, tels l’eucharistie la pénitence et l’extrême onction ; ils ne peuvent être administrés que par les seuls prêtres, eux qui, pour ainsi dire, tiennent le milieu entre les évêques et les personnes inférieures.
3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; Enfin la sécurité du salut exige que les choses se passent sans laisser de place au doute ; or, personne n’est sûr de la bonté et de la foi du ministre qui n’est pas sûr lui-même d’être digne d’amour ou de haine. Si les sacrements ne pouvaient être administrés que par les bons, personne ne pourrait être certain de les avoir reçus. Il faudrait ainsi les renouveler sans cesse et la méchanceté de l’un porterait préjudice au salut de l’autre. En outre, il n’y aurait aucune stabilité dans les degrés de la hiérarchie de l’Eglise militante dont le rôle principal consiste à administrer les sacrements. Ainsi, il fallait que l’administration des sacrements fût confiée à l’homme non pas en raison de la sainteté qui varie, mais en raison de l’autorité qui, en tant que telle, demeure toujours. A cause de cela, il fallait que cette autorité s’étende aux bons et aux mauvais ministres, à ceux qui sont dans l’Eglise et à ceux qui sont en dehors d’elle. Toutefois, étant donné que personne ne peut être sauvé en dehors de l’unité de foi et de charité, unité qui nous constitue fils et membres de l’Eglise, les sacrements ne procurent pas le salut s’ils sont reçus en dehors de l’Eglise, bien que ce soient de vrais sacrements. Ils peuvent toutefois devenir utiles si la personne revient à la mère Eglise, unique épouse du Christ, cet époux qui ne reconnaît comme dignes de l’héritage éternel que les fils de cette Eglise. Ainsi ce que dit saint Augustin dans son livre Contre les Donatistes. « La comparaison de l’Eglise au paradis nous indique que les hommes peuvent recevoir même en dehors d’elle, le baptême, mais que personne, en dehors d’elle, ne peut atteindre ou posséder le salut. Car, au dire de l’Ecriture Sainte, des fleuves s’écoulaient abondamment, même à l’extérieur, de la fontaine du paradis. Chaque fleuve est mentionné par son nom et tous savent par quelles régions ils coulent dans le paradis. Ce n’est pourtant pas en Mésopotamie ou en Egypte, où ces fleuves parvenaient, que se trouve la félicité de la vie dont on nous rapporte l’existence au paradis. Ceci symbolise donc, dans le domaine de la vie de la grâce, que l’eau du paradis parvient en dehors de lui, mais que la béatitude ne se trouve qu’à l’intérieur. Ainsi, si le baptême de l’Eglise peut se trouver en dehors d’elle, le don de la vie bienheureuse par contre ne se trouve qu’à l’intérieur d’elle, laquelle aussi a été fondée sur le roc et a reçu le pouvoir de lier et de délier. Elle est seule à posséder tout le pouvoir de son époux et Seigneur. Elle peut même, alors qu'elle n'était que servantes, devenir épouse et mère et engendrer des fils qui auront part à l’héritage s’ils demeurent dans l’humilité, mais qui resteront dehors s’ils deviennent orgueilleux. Bien plus, puisque nous combattons pour l’unité de l’Eglise, n’allons pas attribuer aux hérétiques ce que chez eux nous reconnaissons lui appartenir, mais enseignons-leur par des arguments que ce qu’ils ont de par l’unité ne vaut pour le salut que s’ils rentrent dans cette unité ».
