Résumé de la matière
Dès le commencement de l'humanité, les sacrements ont été institués pour la guérison de l’homme. Depuis ce temps, ils ont accompagné sa maladie et dureront jusqu’à la fin du monde. Mais ils furent adaptés selon le rapport de l'homme à la loi, 1- dans la loi de nature, 2- d’autres dans la loi écrite, 3- d’autres enfin sous la grâce. Les derniers, sous la grâce, ont plus de clarté en signification et ont une dignité plus haute par la puissance de l'effet qu’ils produisent. Dans la loi de nature, il y eut des offrandes, des sacrifices et des dîmes pour le Créateur. Dans la loi écrite par Moïse, la circoncision fut introduite, l’expiation apparut et, à ce qui existait auparavant, vint s’ajouter une grande diversité d’offrandes, de dîmes et de sacrifices pour Yahvé. Puis, dans la loi nouvelle, « furent établis des sacrements moins nombreux, mais plus utiles et plus efficaces » et plus dignes en excellence. Ces derniers ont à la fois accompli en plénitude et annulé tous les sacrements précédents.
Explication
Le Verbe Incarné est le principe de notre restauration. Il est la source et origine des sacrements de façon très bonne et très sage. Parce que bon, il n’a pas permis que la maladie du péché demeurât sans le remède du sacrement ; parce que sage, il gouverne tout de façon parfaitement ordonnée. Il a donc des remèdes nombreux et variés adaptés à la vicissitude des temps. Aussi, étant donné que « dès le commencement de l'humanité et dans le cours des temps et à l’approche imminente de la venue du Christ, grandissait toujours davantage l’effet de salut et la connaissance de la vérité, il était convenable que les signes de salut eux-mêmes soient adaptés. Ainsi, l’effet de la grâce divine croîtrait en efficacité salutaire et la signification apparaîtrait toujours plus clairement dans les signes visibles eux-mêmes. » Dieu a donc « décidé d’organiser le sacrement de l’expiation et de la justification d’abord par l’oblation, ensuite par la circoncision et enfin par le baptême. En effet, la forme et la similitude de cette même purification se trouvent d’une manière cachée dans l’oblation, avec plus de clarté dans la circoncision et de façon plus manifeste dans le baptême ». De là vient que « les sacrements des premiers temps, selon l’expression de Hugues, furent comme l’ombre de la vérité, ceux de l’âge intermédiaire de la Loi comme leur figure ou image, ceux de l’époque dernière de la grâce, comme leur corps » parce qu’ils contiennent en eux-mêmes la vérité et la grâce de la guérison qu’ils rendent présentes et parce qu’ils confèrent de façon efficace et réelle ce qu’ils signifient. En outre, étant donné que la grâce et ses effets multiples ne pouvait être exprimée comme il le fallait par un seul signe, il en résulte qu’en tout temps et sous toute loi il y eut plusieurs sacrements pour l'exprimer. Toutefois, c’est principalement sous la loi figurative de Moïse qu'ils furent le plus nombreux car cette Loi préfigurait et exprimait de plusieurs façons la grâce du Christ pour la faire valoir plus parfaitement. La mettant en valeur de façon multiple, ces anciens sacrements devaient nourrir les petits enfants, exercer les imparfaits, briser les rigides en les surchargeant, les dompter en vue de les disposer à la grâce nouvelle, comme on amollit ce qui est raidi.
Lorsque la vérité apparut, l’ombre (les signes de Moïse) s’effaça et la figure annonciatrice atteint son but ; l’ayant obtenu, son usage et son acte devaient cesser. De là, s’explique qu’avec la venue de la grâce, les sacrements et les signes anciens ont été accomplis en même temps qu’annulés, car ils étaient des signes qui annonçaient l’avenir et un peu comme de lointaines prophéties. Les nouveaux sacrements ont été établis comme indiquant la grâce présente et rappelant d’une certaine manière la passion du Seigneur, qui est source et origine de la grâce de guérison, en nous comme en ceux qui vécurent avant la venue du Christ. Pour ceux cependant qui ont précédé cette venue, la passion est comme une dette promise ; pour ceux qui la suivent, comme une dette acquittée. Et puisque la grâce n’est due à la promesse du paiement qu’en raison de son accomplissement et qu’elle doit être plus abondante une fois le paiement acquitté que lorsqu’il est seulement promis, il s’ensuit que la passion du Christ sanctifie de façon plus immédiate les sacrements de la loi nouvelle et découle en eux par une grâce plus abondante. Ainsi les sacrements anciens sacrements ont préparé les nouveaux et ont conduit vers eux comme le chemin conduit au terme du voyage, comme le signe conduit au signifié, la figure à la réalité et comme l’imparfait mène au parfait et le prépare.
