En sixième lieu, après avoir traité de la Trinité divine, du monde créé par Dieu, du péché, de l’Incarnation du Verbe et de la grâce de l’Esprit Saint, il nous faut maintenant traiter des remèdes sacramentels.
Sept questions seront à considérer de ces sept sacrements :
1- leur origine
2- leur variation
3- leur distinction
4- leur institution
5- leur administration
6- leur réitération
7- leur intégrité
Résumé de la matière
Les sacrements sont des signes sensibles, institués par Dieu comme médicaments, dans lesquels « opère secrètement, sous l’enveloppe du sensible, une force divine » en sorte « qu’ils représentent par leur symbolisme, signifient par leur institution, et confèrent efficacement une certaine grâce spirituelle ». Par elle, l’âme est guérie de la faiblesse des vices et c’est là leur fin ultime ; toutefois, ils servent aussi à rendre humble, à instruire, à éprouver. Ce sont des fins secondaires ordonnées à la fin principale.
Explication
Le Christ crucifié est le principe réparateur. Il est le Verbe Incarné et, parce qu’il est Dieu, il donne toutes choses avec une sagesse suprême. Parce qu'il est homme, il guérit de façon très clémente. Il guérit le genre humain malade de la manière qui convient au malade, à la maladie, à son occasion et à la guérison de la maladie elle-même.
Le médecin est donc le Verbe Incarné, Dieu invisible dans une nature visible.
Le malade est l'homme qui n’est pas seulement esprit ni seulement chair, mais esprit dans une chair mortelle.
La maladie est la faute originelle qui infecte l’esprit par l’ignorance et la chair par la concupiscence.
L’origine de cette faute, qui fut le consentement libre d'une raison, n’en trouva pas moins son occasion dans les sens charnels. Le remède devant donc guérir l'esprit et le corps, il devait donc être spirituel, mais aussi sensible. Ainsi, le sensible, ayant été pour l’âme occasion de chute, lui fournirait l’occasion de se relever. Les signes sensibles n’ont pas en eux-mêmes une orientation efficace à la grâce, même si, de par leur nature, ils en offrent une lointaine représentation. Cela explique la nécessité pour l’Auteur de la grâce de les instituer pour signifier et de les bénir pour les rendre efficaces. Ils pouvaient ainsi représenter par leur similitude symbolique, signifié par l’apport de l’institution, sanctifié par la bénédiction qui vient s’y adjoindre. Ces signes pouvaient ainsi préparer à la grâce par laquelle notre âme doit être guérie.
En outre, la grâce de guérison n’est pas accordée aux orgueilleux, aux incrédules ni aux méprisants. Ces signes sensibles devaient donc être donnés par Dieu non seulement pour sanctifier, donner la grâce et par là guérir, mais aussi pour enseigner par leur signification, rendre humble par leur réception, exercer par leur diversité. Le Saint Esprit nous réforme selon les trois puissances de l'esprit, à l’image de la Trinité et du Christ : Il chasse la paresse du concupiscible par l’exercice, l’ignorance de la raison par l’enseignement, l’orgueil de l’irascible par l’humilité. Ainsi, l’âme toute entière est guérissable par la grâce.
Enfin, ces sacrements sont appelés récipients et cause de la grâce car c’est par eux que la grâce du Saint Esprit est reçue et que c’est en eux que la trouvent ceux qui s’approchent de ces mêmes signes. La grâce n'est pourtant pas contenue en eux substantiellement ou produite par eux comme une cause, puisqu’elle ne se trouve que dans l’âme seule et qu’elle ne peut être produite que par Dieu seul. Ces appellations leur viennent du fait que c’est par leur moyen instrumental que, par un décret divin, on peut puiser la grâce de guérison du souverain médecin, le Christ, « bien que Dieu n’ait pas lié sa puissance aux seuls sacrements ».
Ce qui précède dévoile l’origine des sacrements, mais aussi leur usage et leur effet. A leur origine, il y a le Christ Seigneur ; leur usage exerce, instruit et rend humble ; leur effet est la guérison et le salut des hommes. On voit aussi quelle est
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; leur cause efficiente : l’institution divine ;
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; -leur cause matérielle : la représentation du signe sensible ;
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; leur cause formelle : la sanctification gratuite ;
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; leur cause finale : la guérison des hommes.
C'est donc avec raison qu'on appelle les sacrements des remèdes de sanctification puisque « la dénomination vient de la forme et de la fin ». C’est par eux en effet que l’âme est ramenée de la souillure à la sanctification. En conséquence, bien que les sacrements soient corporels et sensibles, on doit cependant les vénérer comme saints, car
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; ils signifient des mystères saints,
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; ils préparent aux charismes saints et sont donnés par le Dieu très saint ;
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; ils ont reçu la consécration divine par une institution et une bénédiction saintes ;
-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; ils sont constitués pour le culte très saint de Dieu dans la sainte Eglise.
