Partie VI · Les sept médicaments sacramentels · Chapitre 13

Le mariage

Résumé de la matière

« Le mariage est l’union légitime d'un homme et d'une femme, dans un genre de vie inséparable ». Cette union a toujours existé, même avant le péché originel. Au commencement, le sacrement de mariage fut institué comme une fonction ; maintenant, il n’a plus seulement ce rôle, mais il est aussi un remède à la maladie de la concupiscence. Au début, il signifiait l’union de Dieu et de l’âme ; maintenant, il signifie en plus l’union du Christ et de l’Eglise et celle des deux natures dans l’unité de la personne. Le mariage se réalise par le libre consentement des volontés de la part des deux personnes, ce consentement étant extérieurement exprimé par un signe sensible. Il reçoit sa consommation dans l’union charnelle. En effet, on dit que le mariage a son point de départ dans la promesse, qu’il est béni et ratifié par les paroles de la célébration, mais qu’il trouve son accomplissement final dans l’union charnelle. Ce sacrement comporte trois biens : « la fidélité, l’enfant et le sacrement ». Il y a en plus douze empêchements qui entravent sa réception et qui l’annulent une fois contracté. Ils sont rappelés dans les vers suivant :

Erreur, condition, voeu, parenté, crime,

Disparité de culte, violence, ordre sacré, lien, honnêteté ;

Si tu es parent par alliance, si par hasard tu es impuissant ;

Tout cela interdit le mariage et l’annule

S'il a été contracté.

Explication

Le Verbe Incarné qui est notre principe réparateur, du fait qu’il est Verbe de Dieu, est source de toute sagesse dans les cieux ; du fait même qu’il est incarné, il est source de toute bonté sur terre. C’est pourquoi, du fait même qu’il est Verbe incréé, il a formé le genre humain par une suprême sagesse ; par le fait même qu’il est incarné, il le réforme par une souveraine bonté. Il répare donc le genre humain par bonté parce que d’abord il l’a fait réparable par sagesse. C'est cette sagesse qui a décidé, en raison de son ordre, que le genre humain soit capable de persévérer, capable de tomber, capable aussi d’être relevé, comme on l’a montré précédemment. Puisque le Verbe de Dieu, dans sa sagesse, a fait l’homme capable de persévérer, de tomber et de se relever, comme cela convenait, de là vient qu’il a réglé la propagation du genre humain de telle sorte que la manière même de se propager lui fournît ce qu’il fallait pour persévérer, pour se relever. Sa sagesse aussi a voulu que dans cette propagation charnelle, il y ait la concupiscence qui vient du péché, qui transmet la maladie. Or, l’homme ne demeure dans l’union de son âme à Dieu qu'à travers un amour unitif, et cela de façon très chaste, singulière et individuelle. Le remède, vient de l’union de la nature divine avec la nature humaine, dans l’unité de la personne, unité introduite par la grâce divine en tant que singulière et individuelle. Ainsi et pour cela, Dieu décréta dès l’origine que la propagation se ferait par l’union de l’homme et de la femme, avant le péché, signifiait l’union de Dieu et de l’âme, ou de Dieu et de la hiérarchie sub-céleste. Après le péché, par contre, elle signifie l’union de Dieu et de la nature humaine, ou du Christ et de l’Eglise. Ainsi, l'union conjugale est un sacrement dans les deux cas, avant et après le péché originel, bien que de façon différente, quant à la signification et à l’usage. Comme le mariage était déjà un sacrement avant que survienne la maladie, la concupiscence qui fut une conséquence du le péché originel est excusée par le mariage plutôt qu’elle ne le dénature. Car ce n’est pas la maladie qui corrompt le médicament, mais c’est ce dernier qui doit guérir la maladie. Ceci suffit pour manifester la nature du mariage et son institution divine.

Il faut ajouter que le sacrement de mariage signifiant chacune des unions spirituelles susdites, est l’union de deux êtres dont l’un agit et influe et l’autre est patient et reçoit. De plus, cette union est produite par un lien d’amour volontaire. De là vient que le mariage doit être l’union de deux personnes différentes sous l’aspect de l’action et de la passion, c’est-à-dire de sexe masculin et féminin, et cette union ne peut s'opérer que par consentement libre. Il faut que le consentement mutuel s’exprime à l’extérieur parce que la volonté n’apparaît à l’extérieur que par des signes qui l’expriment. L'échange des consentements parce qu'il porte sur l’avenir, n’est pas à proprement parler un consentement, mais la promesse de consentir. C'est l’union charnelle ne produit l’union plénière, car il y a une seule chair. Ainsi, comme le consentement est échangé avant, il suit que les paroles portant sur l’avenir font que le mariage est commencé, celles qui regardent le présent le confirment, mais que c’est l’union charnelle qui lui donne son achèvement. Alors seulement les époux ne font plus alors qu’une seule chair et un seul corps. Par cette union, le mariage signifie alors entièrement l'union entre nous et le Christ, car alors, le corps de l’un est pleinement communiqué au corps de l’autre, selon le pouvoir que chacun a sur son conjoint dans la mesure juste de la procréation.

Ainsi, il y a trois biens dans le mariage : 1- le sacrement qui crée le lien indissoluble, 2- la fidélité qui donne sens l’acquittement du devoir conjugal et 3- l’enfant qui est le fruit des deux biens précédents.

Mais il existe douze empêchements de mariage. En voici la preuve. Pour qu’il y ait consentement matrimonial, on requiert 1- la liberté dans le consentement, 2- la liberté dans celui qui le donne et 3- la convenance de l’union.

1-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; Mais la liberté dans le consentement est enlevée par deux choses, selon les deux sortes de l’involontaire : l’ignorance et la violence. De là viennent deux empêchements : 1- l’erreur et 2- la violence.

2-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; La liberté dans celui qui consent est supprimée par le fait qu'il peut être déjà uni à un autre, soit à Dieu, soit à l’homme. Si c’est à Dieu, cela peut se faire par un voeu exprès ou par quelque chose qui comporte un voeu. Le premier cas se réalise dans 3- le voeu, 4- le second dans l’ordre sacré. Si c’est à l’homme, cela peut se faire de deux manières : ou par un lien existant ou par un lien précédent. Le premier cas arrive 5- quand quelqu’un est déjà marié ; le second se rencontre dans 6- un crime, quand un ou une adultère a commis le meurtre du conjoint, ou bien, alors que celui-ci était encore vivant, a promis de contracter mariage. On a donc ainsi quatre empêchements : le voeu, l’ordre sacré, le lien et le crime.

3-  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ;  ; La convenance de l’union réside dans une distance convenable entre les personnes. Elle est contrariée par une trop grande proximité ou par un trop grand éloignement. La trop grande proximité vient de la génération ou de quelque chose d'analogue, comme la parenté légale ou spirituelle. Elle vient encore de l’union des sexes ou par le fait d'avoir contracté des fiançailles. Ainsi, on arrive à trois empêchements : 7- la parenté, 8- l’affinité et 9- l’honnêteté de droit public. La trop grande distance est considérée soit du point de vue naturel, comme lorsque l’union charnelle est impossible, soit du point de vue du sort, alors qu’il s’agit de choses sur lesquelles on ne peut rien, comme cela est clair dans le cas où l’un est esclave et l’autre libre, soit encore du point de vue de la religion chrétienne, comme lorsque l’un est baptisé et l’autre pas. On arrive ainsi à trois empêchements : 10- l’impuissance, 11- l’erreur sur la condition et 12- la disparité de culte.

Ainsi, il existe douze empêchements au total. Ils ont été introduits dans l’Eglise qui a reçu commission spéciale de réglementer le sacrement de mariage, sous l’inspiration du Saint Esprit. Et c'est important à cause des nombreux cas divers qui peuvent se présenter et aussi à cause de la maladie de la convoitise charnelle qui l’accompagne, maladie suprêmement infectieuse et qui ne connaît pas de mesure. C’est pourquoi, l’Eglise a établi les degrés de parenté. Il lui semble nécessaire selon les temps de juger de la légitimité ou de l’illégitimité des personnes et de rendre impossible certaines unions. Mais elle ne peut jamais annuler un mariage légitimement contracté, car l’homme, quelque grande que soit sa puissance, ne peut séparer ceux que Dieu a unis. Cette volonté de Dieu soumet toute chose.