Résumé de la matière
On trouve dans la loi de Moïse des préceptes judiciaires, figuratifs et moraux. Ces derniers sont les dix préceptes du décalogue consignés dans les deux tables par le doigt de Dieu.
La loi de l'évangile simplifie en supprimant les préceptes judiciaires, libère réalisant les préceptes figuratifs, rend parfait en augmentant les préceptes moraux.
De plus, elle ajoute des exemples édifiants, des promesses d’encouragement et des conseils de perfection, ainsi, les conseils de pauvreté, d’obéissance et de chasteté. Jésus celui qui veut être parfait à suivre ces conseils évangéliques.
Explication
Dieu, le premier principe qui est souverainement bon en lui même, est souverainement juste dans son oeuvre et dans la disposition du gouvernement du monde. Or le sommet de la justice est de la chercher non seulement en soi, mais aussi dans le prochain.
Comme la justice consiste à se conformer aux règles du droit, il appartient à la justice de Dieu de signifier à l’homme sa justice, non seulement sous la forme d’une vérité d’enseignement, mais aussi sous la forme d’une volonté de commandement. C'est avec l'aide de sa grâce qu'il nous disposer à obtempérer et à réaliser ces règles de justice.
En outre, on peut obtempérer aux commandements divins pour deux motifs, par crainte de la peine ou par amour de la justice. Le premier motif est celui des imparfaits, le second des parfaits. Ainsi, Dieu a donné à l’homme une double loi : l’une de crainte et l’autre d’amour, l’une engendrant la servitude et l’autre conduisant à l’adoption des enfants de Dieu. Ceux qui sont dans la crainte et l’imperfection sont terrifiés par des jugements, conduits par des signes et également dirigés par des préceptes. C'est le rôle de la loi de Moïse, qui est loi de crainte, et qui contient des préceptes judiciaires, figuratifs et moraux. Mais il convient à ceux qui sont dans la perfection et dans l’amour de recevoir trois éléments 1- le clair enseignement des exemples, 2- la promesse des récompenses et 3- la perfection des conseils. La loi de Moïse diffère de la loi évangélique en ceci : celle-là est faite de figure des choses à venir, celle-ci de vérité ; celle-là est une loi de peine, celle-ci de grâce ; celle-là est la lettre, celle-ci l’esprit ; celle-là conduit à la mort, celle-ci fait vivre ; celle-là est loi de peur, celle-ci d’amour ; celle-là est loi de servitude, celle-ci de liberté ; celle-là est un fardeau, celle-ci toute facilité.
Enfin, les divins préceptes contiennent les règles de la justice. Or, il est de la justice de « rendre à chacun son dû » ; il est donc nécessaire d’avoir certains préceptes moraux qui nous ordonnent à Dieu et d'autres au prochain selon le double précepte de la charité. C'est ce que l’Esprit Saint a voulu insinuer par ce mystère des deux tables que l’on dit pour cela écrites par le doigt de Dieu. Or, Dieu étant trois, le Père, le Fils et l’Esprit Saint, il convient 1- d’adorer sa majesté, 2- de professer sa vérité, 3- d’accepter sa charité selon les trois puissances 1- irascible, 2- rationnelle et 3- concupiscible par l’acte de l’oeuvre, de la bouche et du coeur : le commandement de la première table est donc triple, qui correspond aux trois, l’adoration soumise, la profession véridique et l’observance du sabbat.
Le prochain est à image de la Trinité : en tant qu’il porte l’image du Père, on lui doit la piété ; en tant qu’il porte l’image du Fils, on lui doit la véracité ; en tant qu’il porte l’image de l’Esprit Saint, on lui doit la bonté. Les commandements de la seconde table sont donc au nombre de sept : deux regardent la piété, le premier qui ordonne la piété prescrivant d’honorer son père, l'autre qui interdit l’impiété en interdisant de tuer ; en ce qui regarde la véracité qui consiste principalement dans la parole, son commandement interdit de porter un faux témoignage ; quatre commandent la bonté, à laquelle s’opposent la cupidité et la concupiscence qui peuvent l’une et l’autre être dans l’action ou dans le coeur tu ne commettras pas l’adultère, tu ne désireras pas la femme, tu ne voleras pas et tu ne désireras pas le bien d’autrui. On le voit, ces préceptes s’ordonnent selon les torts plus ou moins grands qui peuvent être portés à la justice.
Enfin, on doit remarquer que la justice atteint à la perfection en s’éloignant parfaitement du mal dans la faute et dans sa cause ; or, tout mal provient d’une triple racine, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie : il y a donc trois conseils évangéliques qui nous éloignent parfaitement de cette triple racine. Ce sont des conseils car, pour éloigner parfaitement du mal, ils ne séparent pas seulement des choses illicites, mais aussi des choses licites et permises mais pouvant être occasion de mal ; par là, ils ne contiennent une surabondance de la justice, ainsi qu’il convient à la perfection de la loi évangélique et de la grâce.
