Résumé de la matière
Toutes les oeuvres de Dieu sont bonnes. Mais nous devons aimer quatre objets avec la vertu de charité, selon l'ordre suivant : 1- Dieu, 2- nous-mêmes, 3- notre prochain, 4- notre corps.
Dans cette charité, il faut garder l’ordre et la mesure de telle sorte que
1- Dieu soit aimé le premier, par-dessus tout et pour lui-même ;
2- ce que nous sommes, en Dieu et pour Dieu ;
3- notre prochain comme nous-mêmes ;
4- enfin notre corps, moins que nous et moins que le prochain et comme un bien moins important.
C'est pour nous rendre capable de cet amour que nous a été donné l'habitus de charité et son double commandement qui contient toute la loi et les prophètes de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Explication
Dieu qui est le premier principe est souverain et, par conséquent, souverainement bon. Etant souverainement bon, il est souverainement bienheureux et souverainement capable de nous rendre bienheureux. Etant souverainement béatifique, il est jouissance inépuisable. Etant jouissance inépuisable, lui seul est digne de recevoir notre adhésion par amour et lui seul peut être notre fin et repos.
Or l’amour de charité se porte en premier lieu sur le bien ultime qui peut apporter jouissance et repos, qui est la raison d’aimer. La charité aime donc en premier lieu ce bien comme source de toute béatitude, elle aime ensuite les autres biens reçoivent de lui la béatitude. De plus, comme le prochain parviendra peut-être à la béatitude avec nous et comme notre corps y participera avec l’esprit, il n’existe que quatre objets à aimer de charité, Dieu, le prochain, notre esprit et notre corps.
Autre raison : Dieu est au-dessus de nous comme le Bien suprême ; notre esprit est en nous comme un bien intrinsèque ; notre prochain est à côté de nous comme notre bien apparenté ; notre corps enfin est un bien au-dessous de nous comme un bien assujetti. En conséquence, il faut suivre dans l’amour l’ordre suivant : Dieu aimé le premier, par-dessus tout et pour lui-même, en second lieu notre esprit en Dieu est aimé au-dessus de tout bien périssable, en troisième lieu celui qui est auprès de nous est aimé comme un bien semblable, enfin notre corps qui est au-dessous de nous est aimé comme le bien inférieur, et après notre corps le corps du prochain, car l’un et l’autre sont bien inférieurs par rapport à notre esprit.
Enfin, Dieu nous donne un double commandement, celui qui nous dirige vers Dieu, l’autre vers le prochain. Il le fait parce que l’amour est comme le poids de l'esprit et l’origine de toute affection mentale qui facilement se retourne sur soi et tend difficilement vers le prochain et plus difficilement encore s’élève jusqu’à Dieu.
Ces deux commandements enferment la totalité des préceptes et la compréhension de toutes les Ecriture Saintes parce que tous les commandements se rapportent à Dieu ou au prochain comme à leur fin et à ce qui y conduit. La charité est elle-même la racine d'un arbre qui forme et fin des vertus, les reliant toutes à la fin ultime et les unissant toutes ensemble avec ordre. Elle est le poids de toute inclination ordonnée et le lien de l’union parfaite. Elle garde l’ordre dans les divers objets à aimer quant à l’affectivité et quant aux œuvres. Elle possède l’unité dans l’habitus en n’ayant qu’une seule fin et un unique et principal objet aimé [Dieu], qui constitue la raison d’aimer tous les autres objets qui sont ordonnés à être réunis en un seul Christ tête et corps, pour former la totalité des sauvés. Cette unité commence dès ici-bas, mais elle se réalise pleinement dans la gloire éternelle. C'est ce que Jésus demande : « Qu’ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient consommés dans l’unité. » Lorsque, par le lien de la charité, cette unité sera consommée, Dieu sera tout en tous dans l’éternité certaine et la paix parfaite. C'est par et dans l’amour que tout sera disposé avec ordre par la bienveillance, que tout sera en étroite relation et que tout sera indissolublement lié.
