L Il reste à considérer en quatrième lieu la grâce dans ses rapports avec l’exercice des mérites.
L’exercice de la grâce dans les vérités à croire comme le sont les articles de foi,
L’exercice de la grâce dans les objets à aimer comme l’est tout ce qui est de l’ordre de la charité,
L’exercice de la grâce dans les oeuvres à accomplir comme le sont les préceptes de la loi divine,
L’exercice de la grâce dans l’objet de notre prière comme le sont les demandes de l’oraison dominicale.
Résumé de la matière
Bien que, par la foi, nous soyons astreints à croire bien des choses qui dépassent la raison, et, dans un sens général, tout ce qui est contenu et énoncé dans le canon de l'Ecriture Sainte, cependant dans un sens spécial et propre, on appelle articles de foi ceux qui sont contenus dans le symbole apostolique. Ils sont au nombre de douze, si l’on se place au point de vue de ceux qui publièrent le symbole, mais dont le nombre est de quatorze, si nous considérons les vérités à croire comme les fondements de tout l’objet de notre foi.
Explication
En lui-même, le premier principe souverainement vrai et bon est, dans son oeuvre, souverainement juste et miséricordieux. Au vrai souverain est dû un assentiment ferme, au bien souverain un amour fervent, au juste souverain une soumission totale, au souverain miséricordieux une prière confiante. Or, la grâce ordonne notre esprit au culte dû au premier principe. La grâce dirige donc et règle les exercices dus et méritoires dans ce qu’il y a à croire, à aimer, à suivre et à demander comme le requiert la vérité, la bonté, la justice et la miséricorde souveraine dans la Trinité bienheureuse.
Il faut croire la vérité, croire plus encore une vérité plus haute et par conséquent croire souverainement la souveraine vérité. Or la vérité du premier principe est infiniment plus grande que toute vérité créée et plus lumineuse que toute lumière de notre intelligence. Aussi étant donné la réalité vers laquelle est bien tourné justement notre esprit dans la foi, il faut qu’il croie plus la vérité souveraine qu’elle ne se croit elle-même et se soumette à l’obéissance du Christ, et par conséquent qu’il croie non seulement ce qui est conforme à la raison mais aussi ce qui la dépasse et va contre l’expérience des sens. S’il s’y refuse, il ne rend pas à la souveraine vérité l’hommage qui lui est dû puisqu’il préfère le jugement de sa propre science à la révélation de la lumière éternelle. Cela ne peut se faire sans l’enflure de l’orgueil et de l’arrogance.
En outre, la vérité qui dépasse la raison ou est hors de sa portée n’est pas une vérité qui saute aux yeux ou apparente, mais une vérité plutôt enveloppée de mystère très difficile à croire. Il faut donc pour la croire fermement que la lumière de la vérité élève l’âme et que le témoignage l’affermisse.
Le premier effet est l’oeuvre de la foi infuse, le second de l’Ecriture Sainte. Les deux découlent de la vérité souveraine par Jésus-Christ, qui est Splendeur et Verbe, et par l’Esprit Saint qui montre et enseigne la vérité et aussi amène à croire. L’autorité apporte donc un appui à la foi et la foi donne son assentiment à l’autorité. Or, l’autorité réside principale ment dans l'Ecriture Sainte qui a été composée par l’Esprit Saint toute entière, pour diriger la foi catholique. La vraie foi ne s’écarte donc pas de l’Ecriture Sainte mais plutôt y assentit d’un assentiment vrai.
Enfin, la vérité à laquelle nous sommes astreints de croire par la foi et dont traite principalement l'Ecriture Sainte n’est pas n’importe quelle vérité, mais vérité de Dieu, soit comme elle est dans sa nature propre, soit comme elle est dans sa nature assumée. — car dans la connaissance de cette vérité consiste la récompense du ciel et le mérite ici-bas —. Les articles de foi, fondements de la foi, regardent donc la divinité ou l’humanité. Or il faut considérer la divinité dans les trois personnes, le Père engendrant, le Fils engendré et l’Esprit Saint procédant, et dans une quadruple opération : la création dans l’être de nature, la réparation dans l’être de grâce, la résurrection dans la réparation de la vie et la glorification dans le don de la gloire. Il y a donc sept articles qui regardent la divinité.
De même, il nous faut considérer l’humanité du Christ comme conçue de l’Esprit Saint, née de la Vierge, souffrant sur la croix, montant aux cieux et venant au jugement dernier. Il y a donc sept articles qui concernent l’humanité, ce qui fait en tout quatorze à la manière des sept étoiles et des sept candélabres d’or au milieu desquels marchait le Fils de l’homme.
Parce que le Christ est un dans sa nature divine et sa nature humaine, une est seulement la vérité souveraine qui est la raison de croire unique, première, souveraine, que le temps ne modifie pas. Donc de tous les articles de foi mentionnés ci-dessus, une est seulement la foi en une seule et même réalité, immuable dans le présent comme dans le passé et comme dans l’avenir, bien qu’elle soit plus claire et explicite dans les temps qui ont suivi le Christ que dans ceux qui ont précédé sa venue, comme le Nouveau est plus clair que l’Ancien des deux testaments dans lesquels sont contenus les articles de foi.
L’Esprit Saint ayant réuni par les douze Apôtres comme par les témoins les plus solides, ces articles de foi contenus dans la profondeur des Ecriture Saintes, ces articles ont donc été rassemblés en un seul symbole des apôtres. On peut donc dire que ces articles sont au nombre de douze comme les apôtres, car chaque apôtre a posé un article comme une pierre vivante dans l’édification de la foi. L’Esprit Saint l’a justement préfiguré dans les douze hommes qui ont tiré douze pierres du lit du Jourdain pour construire l’autel du Seigneur.
