Résumé de la matière
Les dons de la grâce gratuite sont nombreux et, dans un sens général il n’est pas absurde d’affirmer que tous les habitus donnés par Dieu peuvent être appelés dons de Dieu. Cependant, il existe, dans un sens spécial et propre, sept dons du Saint Esprit qu’Isaïe énumère et nomme, en parlant de la fleur qui naît de la tige de Jessé, c’est-à-dire du Christ dont il est dit que repose sur lui l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété et que le remplit l’esprit de crainte du Seigneur. Dans cette énumération, il procède en descendant du sommet et en les unissant afin de montrer la distinction, la connexion, l’origine et l’ordre des dons.
Explication
Le principe réparateur, par sa souveraine libéralité, ne donne pas seulement la grâce pour rectifier l’âme par les vertus contre les entraves des vices, mais aussi pour l’équiper par les dons contre les obstacles dus aux séquelles des vices. Les dons gratuits se multiplient donc selon qu’il est nécessaire à un équipement suffisant. Puisque l’âme a besoin d’être équipée de sept manières, pour sept raisons, les dons du Saint Esprit doivent être au nombre de sept. Car il faut que l’âme soit équipée contre les entraves des vices, pour l’exercice des facultés naturelles, comme pour le développement des vertus gratuites, dans la souffrance, dans l’action, dans la contemplation, dans la vie active et la vie contemplative.
En premier lieu, pour repousser facilement les entraves des vices, les sept dons du Saint Esprit nous sont donnés, la crainte contre l’orgueil, la piété contre l’envie, la science contre la colère qui est comme une folie, la force contre la paresse qui rend l’esprit incapable du bien, le conseil contre l’avarice, l'intelligence contre la gourmandise, la sagesse contre la luxure.
En second lieu, pour équiper les facultés naturelles, les dons de l’Esprit Saint doivent être sept. L’appétit irascible a, en effet, besoin d’être équipé pour accomplir de bonnes actions tant dans la prospérité que dans l’adversité : dans la prospérité il est équipé par la crainte, dans l’adversité par la force. L’appétit concupiscible a besoin d’être préparé à aimer le prochain, ce que fait la piété et à aimer Dieu, ce que fait le goût de la sagesse. L’appétit rationnel a besoin d’être aidé c la contemplation, l’élection et l’accomplissement de la vérité, Le don de l’intelligence l’aide dans la contemplation du vrai, le don de conseil dans le choix du vrai, le don de science dans l’accomplissement de ce qui a été choisi. Par le don de science, nous nous comportons droite ment au sein d’une génération dévoyée et perverse.
En troisième lieu, pour nous aider à accomplir les offices des sept vertus, il faut sept dons de l’Esprit Saint. La crainte, en effet, aide la tempérance en crucifiant la chair, la piété aide la vraie justice, la science aide la prudence, la force aide la patience, le conseil aide l’espérance, l’intelligence aide la foi, la sagesse aide la charité. Ainsi, de même que « la charité est mère et consommation de toutes les vertus », la sagesse l’est aussi des dons, de sorte que le Sage parle en toute vérité en disant que « avec elles me sont venus tous les biens et par ses mains d’innombrables richesses ».
En quatrième lieu, les dons sont au nombre de sept pour aider à souffrir en conformité avec le Christ. Or, le Christ fut conduit à souffrir par la volonté du Père, la nécessité humaine et le zèle de sa vertu. La volonté divine l’a conduit en tant que connue par l’intelligence, en tant qu’aimée par la sagesse, en tant que révérée par la crainte. Notre nécessité l’a conduit, car pour la découvrir, il faut la science et pour y compatir s’y ajoute la piété. Enfin, la générosité de la puissance l’a conduit, en tant que prévoyante dans le choix par le conseil, en tant que ferme dans l’exécution par la force. Ainsi les dons sont-ils au nombre de sept.
En cinquième lieu, pour aider l’action, sept dons nous sont octroyés par l’Esprit Saint. Car pour aider l’action, il est nécessaire que nous soyons prêts à éviter le mal, c’est l’oeuvre de la crainte. La poursuite du bien nous est facilitée de deux façons s’il s’agit d’un bien nécessaire la science et la piété nous y aident, l’une dirigeant et l’autre accomplissant ; s’il s’agit d’un bien surérogatoire, le conseil nous dirige et la force achève. Il faut aussi que nous reposions dans le meilleur quant à l’intelligence du vrai et quant à l’amour du bien : le don de l’intelligence nous aide à la première, au second, le don de sagesse en lequel est le repos.
En sixième lieu, pour nous aider à la contemplation, les dons de l’Esprit Saint sont au nombre de sept. La vie hiérarchique et contemplative exige que l’âme soit purifiée, illuminée et parachevée. Elle doit être purifiée de la concupiscence, de la méchanceté, de l’ignorance, de la faiblesse ou impuissance. C’est là l’œuvre respective de la crainte, de la piété, de la science, de la force. Nous avons besoin d’être illuminés dans les oeuvres de restauration et de condition première : c’est l’oeuvre du conseil et de l’intelligence. Nous atteignons la perfection par l’accession au sommet qui consiste en une seule réalité, c’est l’oeuvre de la sagesse. Ainsi l’arche de la contemplation se rétrécit depuis la large base jusqu’au sommet étroit d’une coudée.
En septième et dernier lieu, pour aider simultanément à l’action et à la contemplation, il faut sept dons de l’Esprit Saint. La vie contemplative doit, à cause de notre conversion à la Trinité, posséder trois dons qui l’aident : la crainte dans le respect de la majesté, l'intelligence dans la compréhension de la vérité, la sagesse dans la dégustation de la bonté. La vie active qui est tournée vers l’action et le support des adversités doit en posséder quatre, la piété pour agir, la force pour supporter et pour diriger les deux, la science et le conseil. De là, puisqu’une direction est nécessaire qui rend l’action plus aidée, il y a coordination des dons. Il y a aussi plusieurs dons qui se rapportent à l’intelligence car la lumière de la connaissance aide efficacement à guider nos pas dans le droit chemin.
Il y a sept béatitudes que le Sauveur énumère dans le Sermon sur la montagne, la pauvreté en esprit, la douceur, les larmes, la faim et la justice, la miséricorde, la pureté du coeur et la paix.
