Résumé de la matière.
Dans le Christ Seigneur, habitaient la perfection et la plénitude de tout mérite.
En premier lieu, en raison de celui qui méritait et qui était non seulement homme, mais Dieu. En second lieu, en raison du temps durant lequel il méritait, depuis le premier instant de sa conception jusqu’à l’heure de sa mort. En troisième lieu, quant à ce par quoi il méritait, l’habitus parfait de charité et l’exercice parfait de la vertu dans la prière, l’action et la souffrance. En quatrième lieu, en raison de celui pour qui il méritait, non seulement pour lui-même, mais aussi pour nous, bien plus pour tous les justes. En cinquième lieu, en raison de ce qu’il a mérité pour nous, non seulement la gloire, mais aussi la grâce et le pardon, non seulement la gloire de l’esprit, mais aussi la transfiguration du corps et l’ouverture des portes du ciel. En sixième lieu, en raison de ce qu’il a mérité pour lui, car bien qu’il n’ait pas mérité la glorification de son âme qu’il possédait déjà, il a cependant mérité la glorification de son corps, l’accélération de sa résurrection, la glorification de son nom et la dignité de sa puissance de Juge. En septième lieu, en raison de la manière dont il a mérité. On peut, en effet, mériter de trois manières ou bien en obtenant un titre qu’on n’avait pas avant, ou bien en accroissant le titre que l’on avait déjà, ou bien en obtenant à un nouveau titre ce que déjà l’on possédait. De toutes ces manières, le Christ a mérité pour nous ; mais pour lui, seule ment de la troisième. C’était l’oeuvre de la plénitude de grâce de l’Esprit Saint, par laquelle le Christ était à la fois bienheureux et dans l’état de mériter, de sorte que tous nos mérites se fondent sur son mérite.
Explication.
Dans le principe réparateur, le Christ Notre Seigneur, habitait nécessairement la plénitude de la grâce et de la sagesse qui sont pour nous source d’une vie droite et sainte. Il fallait donc que le Christ possède la plénitude et la perfection de tout mérite selon tout mode de plénitude Car dans le Christ habite la plénitude de la grâce d’union par laquelle il était Dieu depuis le premier instant de sa conception, possédant la vision de gloire et le mouvement du libre-arbitre. Il était donc nécessaire que le Christ possède la perfection du mérite en raison de l’excellente dignité de celui qui méritait et de la remarquable opportunité du temps.
En outre, il possédait la plénitude de la grâce de la personne singulière qui l’établissait fermement dans la charité et dans la perfection de toutes les vertus, à la fois en habitus et en acte. Il était donc nécessaire que son mérite soit plénier en tout ce par quoi il l’obtenait : sa charité radicale et les actes de ses multiples vertus.
De plus, en lui était la plénitude de la grâce capitale, par laquelle il a exercé une pleine influence sur ses membres. Il possédait donc la plénitude de mérite non seulement pour lui, mais pour nous. De même qu’il a une influence sur tous nos biens spirituels en raison de sa déité, de même, en raison de l’humanité assumée, il a mérité les biens de la vie pré sente et ceux du bonheur éternel.
Enfin, la plénitude de si grands charismes supposait nécessairement dans le Christ une souveraine et parfaite félicité dans la partie supérieure de lui-même, bien que selon l’économie de notre salut il était pèlerin ici-bas. Il possédait donc la perfection du mérite en raison de ce qu’il méritait pour lui-même, non pas la gloire et la béatitude concréées avec son âme, qui précédaient naturelle ment en lui tout mérite, mais seulement ce qui ne pouvait normalement coexister avec l’état de pèlerin ici-bas, par exemple la transfiguration de la chair et son exaltation à la plus haute dignité.
De là vient aussi qu’il possédait la perfection du mérite en raison de la manière de mériter. Dès le premier instant de sa conception, il avait une plénitude parfaite, et mérita donc aussitôt tout ce qu’il pouvait mériter pour lui-même. Il put, en cela, mériter à un nouveau titre ce qu’il aurait pu déjà mériter autrement. Mais il ne pouvait, pour lui, acquérir un titre qu’il n’avait pas encore ou accroître le titre qu’il avait déjà, car il ne pouvait en aucune manière avancer dans la sainteté, étant parfaitement saint dès le commencement. Il mérita cependant pour nous, qui, par son mérite, sommes justifiés par sa grâce, avançons dans la justice et recevons la couronne de la gloire éternelle.
Ainsi, dans le mérite du Christ prennent racine tous nos mérites, qu’ils soient satisfactions des peines ou qu’ils nous obtiennent la vie éternelle. Nous ne sommes dignes, en effet, d’être absous de l’offense au souverain Bien ni de gagner l’immensité de la récompense, qui est Dieu, que par le mérite de l’Homme-Dieu à qui nous pouvons et devons dire : « Toutes nos oeuvres, tu les fais en nous, Seigneur ». Il est, dis-je, le Seigneur à qui le Prophète s’adresse : « J’ai dit au Seigneur : tu es mon Dieu parce que tu n’as pas besoin de mes biens. »
