Partie IV · L'Incarnation du Verbe · Chapitre 6

La plénitude de la sagesse dans l’intelligence du Christ

Résumé de la matière.

Dans le Verbe incarné, le Christ Notre Seigneur, habite la plénitude de toute sagesse, non seulement à l’égard du contenu de la connaissance, mais aussi à l’égard des différents modes de connaître.

Dans le Christ, en effet, se trouve la connaissance éternelle dans la Déité, la connaissance sensible dans la sensibilité et la chair, la connaissance de science dans l’âme et l’esprit. Cette dernière fut triple, par la nature, par la grâce et par la gloire. Ainsi, le Christ a possédé la sagesse comme Dieu et comme homme, comme bienheureux et comme pèlerin ici-bas, comme illuminé par la grâce et bien formé par la nature. Il y a donc eu dans le Christ cinq modes de connaissance.

Le premier mode est conforme à la nature divine par ce mode, le Christ a connu tous les actuels et les possibles, les finis et les infinis, d’une connaissance actuelle et compréhensive.

Le second mode se rapporte à la gloire : par ce mode, le Christ a connu tous les actuels et finis d’une connaissance actuelle et compréhensive ; les infinis, seulement d’une connaissance infuse ou extatique.

Le troisième mode se rapporte à la grâce : en ce mode, le Christ a connu tout ce qui concerne la rédemption du genre humain.

Le quatrième mode est conforme à sa nature intègre, comme la possédait Adam : par ce mode, le Christ a connu tout ce qui concerne la constitution de l’univers.

Le cinquième est conforme à l’expérience sensible : par ce mode, le Christ a connu tout ce qui arrive aux organes des sens, mode selon lequel on dit qu’il a appris, de ce qu’il souffrit, l’obéissance “.

Explication.

Le propre du principe réparateur est de nous racheter par la libération de sa grâce, c’est aussi de le faire par la providence de sa sagesse. Ce qui a été créé selon l’ordre de la sagesse ne peut être réparé sans la lumière et l’ordre de la sagesse. Et donc, comme le Christ a dû être exempté de toute faute, il a dû aussi être libéré de toute ignorance et par là totalement rempli de la lumière et de l’éclat de la sagesse supérieure. C’est pourquoi il jouissait d’une connaissance parfaite selon l’une et l’autre nature dans leur propre puissance cognitive, et selon chaque mode d’existence des êtres.

Les choses possèdent l’être dans l’art éternel, dans l’esprit humain et dans leur réalité propre il fallait donc que le Christ possède cette triple connaissance des choses. Les choses peuvent être connues dans l’art éternel d’une double manière, par leur artisan lui-même ou par celui qui contemple cet art. Semblablement, les choses peuvent être et être connues dans l’esprit d’une double manière (même en dehors de toute science acquise, dont l’imperfection ne convient pas au Christ), selon un habitus inné ou selon un habitus infus. En conséquence, il a été nécessaire à la parfaite plénitude de sa sagesse, que le Christ Dieu et homme possède les cinq modes de connaissance décrits : connaissance des choses dans l’art éternel, par sa nature divine et par la vision de gloire ; connaissance dans son esprit, par habitus naturel et inné, comme connurent Adam et les Anges, et par habitus gratuit et infus, comme connaissent les saints de Dieu illuminés par l’Esprit Saint ; connaissance des choses dans leur réalité propre par la voie des sens, de la mémoire et de l’expérience, par quoi, en nous-même, une chose inconnue devient connue Mais dans le Christ une chose connue selon un de ces modes la lui fait connaître selon un autre.

Parce que la substance, la force et l’opération divine sont immenses, en conséquence, selon le premier mode qui vient de la nature divine, le Christ comprend actuellement les infinis ; car, d’une certaine manière ineffable pour le souverain Infini, toute infinité est finie.

Quant à la créature, quelque soit son degré d’élévation, elle est limitée dans sa substance, dans sa force et dans son opération. Toutefois l’esprit humain ne peut se reposer que dans le bien infini sans proprement le comprendre, car l’infini n’est pas compris par le fini, si on prend le mot compréhension dans son sens propre. En conséquence, selon le deuxième mode de connaissance, l’âme du Christ, par la vision de gloire comprend tout ce que peut comprendre la nature finie béatifiée par le bien infini auquel elle est souverainement unie ; et par là, elle s’étend aux finis d’une compréhension actuelle, aux infinis seulement par un habitus infus ou même dans l’extase. Car l’âme du Christ ne peut s’égaler au Verbe, ni en science ni en rien d’autre.

En outre, la grâce concernant surtout l’oeuvre de réparation, selon le troisième mode de connaissance, le Christ a connu par la grâce la plus parfaite, toutes les choses qui concernent notre rédemption, beaucoup plus parfaitement et mieux que ne l’aurait pu l’un quelconque des Prophètes ou même des Anges.

De plus, la nature de l’homme étant par faite pour être à la tête de toutes les créatures et les connaître en tant qu’elles devraient le servir, comme il apparut dans la condition du premier homme, selon le quatrième mode de connaissance, le Christ a donc connu tout ce qui concerne la constitution de la machine mondiale, plus parfaitement que ne l’aurait pu faire Adam.

Enfin, le sens percevant les choses seulement comme un objet présent, selon le cinquième mode de connaissance, celui de la connaissance sensible, le Christ ne connaissait pas toutes les choses en même temps, mais seulement celle-ci ou celle-là, selon qu’il était opportun à la réparation du genre humain.