Après que s’est fait connaître à nous le Verbe incarné dans l’union des natures, il nous faut le considérer dans la plénitude des charismes spirituels. A ce sujet, nous devons étudier en premier la plénitude de la grâce dans l’affectivité, puis la plénitude de la sagesse dans l’intelligence, enfin la plénitude du mérite dans l’action.
Résumé de la matière.
Dans le Christ, dès sa conception, il y eut plénitude de toute grâce en tant que grâce de la personne singulière, en tant que grâce capitale et en tant que grâce d’union.
Par la grâce de la personne singulière, il possède l’immunité de toute faute, tant en acte qu’en puissance, car il ne pécha point et ne put pécher. Par la grâce d’union, il est digne non seulement de la félicité de la gloire, mais aussi de l’adoration de latrie qui est le culte de révérence dû à Dieu seul. Par la grâce capitale, il influe le mouvement et le sens à tous ceux qui viennent à lui par la foi droite ou par les sacrements de la foi, qu’ils aient précédé sa venue ou raient suivie. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David »
Explication.
La réparation est l’opération du premier principe qui provient de lui selon la libéralité et reconduit à lui selon la conformité. Elle s’opère donc par la grâce et la déiformité. La grâce provient, en effet, de Dieu libéralement et rend l’homme conforme à Dieu. Le principe rédempteur répare par la grâce. Or, toute chose est plus pleine et parfaite dans sa source et son origine que partout ailleurs. Il faut donc que dans notre principe réparateur le Christ Seigneur se trouve la plénitude de toute grâce. Le principe réparateur dans la réparation est principe, milieu et extrême, extrême dans la satisfaction, mi lieu dans la réconciliation, principe dans l’influence. Il est donc nécessaire que dans le Christ, se trouve la plénitude de la grâce, en tant qu’il satisfait, qu’il réconcilie et qu’il influe. Etant extrêmement capable de satisfaire, il doit être agréable à Dieu et par conséquent parfaitement exempt de tout péché. Dans l’homme, cela ne peut être que par le don de la grâce divine. Dans le Christ existe donc une grâce le sanctifiant et le confirmant, que nous appelons grâce de la personne singulière.
En outre, le médiateur n’est capable de réconcilier que s’il possède en soi l’une et l’autre nature, la supérieure et l’inférieure, celle qu’il faut adorer et celle qui adore. Ce ne peut être que par une union sanctifiante et gratuite. Il faut donc poser dans le Christ une grâce au-dessus de toute grâce et objet de la plus grande vénération. On l’appelle grâce d’union, par laquelle le Christ homme est Dieu béni au-dessus de tout et donc objet du culte de latrie.
Enfin, le principe n’est capable d’influer que s’il possède en soi la plénitude fontale et originelle, plénitude qui n’est pas seulement de suffisance, mais aussi de surabondance. Il faut donc que le Verbe incarné soit plein de grâce et de vérité, de sorte que tous les justes puissent recevoir de sa plénitude, comme tous les membres reçoivent de la tête l’in flux du mouvement et du sens. C'est pourquoi on l’appelle grâce capitale, parce que, de même que la tête possède en elle la plénitude des sens, qu’elle est conforme aux autres membres, les gouverne et distribue le bienfait de son influence à ceux qui sont reliés à elle, le Christ, ayant en soi la surabondance de la grâce, étant semblable à nous par la nature, étant saint et juste plus que tous, distribue à tous ceux qui accèdent à lui le bienfait de la grâce et de l’esprit par lesquels le sens et le mouvement sont donnés dans les êtres spirituels.
On ne peut accéder au Christ que par la foi ou le sacrement de la foi. Or, la foi au Christ est la même dans les êtres passés, présents et futurs. Donc, le principe d’influence dans le Christ concerne tous les êtres passés, présents et futurs qui croient en lui et sont régénérés en lui, qui sont unis à lui par la foi et qui deviennent par l’influx de sa grâce membres du Christ, temples de l’Esprit Saint et par là fils de Dieu le Père, unis entre eux par l’indivisible lien de la charité. Ce lien, la distance dans l’espace ne peut le rompre, l’éloignement dans le temps ne peut le déchirer.
Ainsi, tous les justes où qu’ils soient et quel que soit le temps où ils vécurent, forment l’unique corps mystique du Christ, recevant le sens et le mouvement d’une seule tête, à partir de la plénitude fon tale, radicale et originelle de toute grâce qui habite dans le Christ comme dans une source.
