Résumé de la matière.
Bien que Dieu ait pu s’incarner dès le commencement, il ne le voulut cependant qu’à la fin des siècles, après la loi de nature et la loi figurée, après les Patriarches et les Prophètes auxquels et par les quels l fut promise. Après eux, Dieu a daigné s’incarner, comme à la fin et à la plénitude des temps, ainsi que le dit l’Apôtre : « Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi afin de racheter les sujets de la loi »
Explication.
L’incarnation est l’oeuvre du premier principe en tant que réparateur comme il convient à la liberté de l’arbitre, à la sublimité du remède, à l’intégrité de l’univers, car l’Artisan souverainement sage a, en agissant, considéré ces trois choses.
La liberté de l’arbitre requiert de n’être entraînée à rien contre son gré. Dieu devait donc racheter le genre humain de façon que celui qui voudrait chercher le Sauveur trouverait le salut et que celui qui ne voudrait pas chercher le Sauveur ne trouverait par conséquent pas le salut. Personne ne cherche le médecin s’il ne se reconnaît être malade, personne ne cherche le docteur s’il ne se reconnaît ignorant, personne ne cherche une aide s’il ne se reconnaît impuissant. Donc, parce que l’homme au commencement de sa chute s’enorgueillissait alors de sa science et de sa puissance, Dieu prévit donc le temps de la loi de nature, durant lequel l’homme se convaincrait de son ignorance. L’ignorance une fois reconnue, restait l’orgueil de la puissance qui faisait dire aux hommes : il y a un Dieu qui agit, il n’y en a pas qui commande. Il ajouta donc la loi qui enseigne par des préceptes moraux et qui accable par des préceptes rituels, afin qu’ayant acquis la science et reconnu son impuissance, l’homme se réfugie auprès de la miséricorde divine pour implorer la grâce qui nous est donnée dans l’avènement du Christ. Donc, l’incarnation du Verbe devait venir après la loi de nature et la loi de l'Ecriture Sainte.
En outre, la sublimité du remède requiert d’être cru d’une foi ferme et aimé d’une charité ardente comme un mystère secret et salutaire. Il convenait donc qu’avant la venue du Christ se pré sentent les multiples témoignages des Prophètes, explicites dans les paroles et implicites dans les figures pour que, de leurs témoignages multiples et fermes, le mystère soit certain et ne laisse place à aucun doute. Il convenait aussi que se présentent les multiples promesses et les désirs ardents pour que l’on attende le bienfait promis, qu’attendu il soit retardé, que retardé il soit désiré plus longtemps et que longtemps désiré, il soit aimé avec plus de ferveur, reçu avec plus de reconnaissance et conservé avec plus de sollicitude.
Enfin, l’intégrité et la perfection de l’univers requiert que toutes choses soient ordonnées dans l’espace et dans le temps. En cela, l’oeuvre de l’in carnation est la plus parfaite des oeuvres divines. Donc, puisque l'on doit procéder de l’imparfait au parfait et non dans le sens inverse, cette oeuvre devait se produire à la fin des temps afin que, comme le premier homme qui était l’ornement du monde sensible tout entier avait été créé en dernier, c’est-à-dire au sixième jour pour achever le monde, ainsi le second homme, achèvement du monde racheté tout entier, dans lequel le premier principe s’unit au dernier, « Dieu au limon », est venu à la fin des temps, au sixième âge, qui est l’âge propre à l’exercice de la sagesse, à l’affaiblissement de la concupiscence, au passage du trouble au repos. Tout cela convient au sixième âge de l’histoire du monde en vue de l’incarnation du Fils de Dieu.
L’avènement du Christ eut lieu au temps de la loi de grâce, il révéla la miséricorde promise et inaugura le sixième âge, ce qui signifie la plénitude, car la loi de grâce accomplit la loi de l’Ecriture Sainte, la venue de la promesse l’accomplit. Le sixième âge en raison de la perfection du sexénaire signifie la plénitude. On dit donc que l’avènement du Fils de Dieu est la plénitude des temps, non parce qu’il clôt le temps, mais parce qu’il accomplit les mystères du temps. Le Christ ne devait pas venir au début du temps, c’eût été trop tôt. Il ne devait pas non plus différer jusqu’à la fin ultime, car c’eût été trop tard. Il convenait, en effet, que le Sauveur introduise le temps du remède entre celui de la maladie et celui du jugement. Il convenait au médiateur de précéder certains de ses membres et d’en suivre d’autres. Il convenait que le guide parfait se manifeste au moment favorable de la course vers le prix. C’est donc à la fin des temps, avant le terme et près du jugement final, afin que, stimulés par la crainte du jugement, attirés par l’espoir de la récompense, animés par la perfection du modèle, nous suivions le guide avec vigueur et perfection, de vertu en vertu jusqu’à atteindre au prix du bon heur éternel.
