Résumé de la matière
Il faut tenir fermement que l’âme du Christ, après la Passion, est descendue aux enfers ou limbes, pour libérer non pas tous les hommes, mais ceux qui, parmi les membres du Christ, étaient morts dans la foi vivante ou dans les sacrements de la foi.
L’âme du Christ ressuscita des morts le troisième jour en reprenant le corps qu’elle avait vivifié, mais non plus tel qu’il était auparavant, car auparavant il était passible et mortel ; après qu’il eût ressuscité, il était impassible et immortel, vivant pour toujours.
Après quarante jours, il monta aux cieux où, exalté au-dessus de toute créature, il est assis à la droite du Père On doit comprendre ceci non quant à la localisation, ce qui ne convient pas à Dieu le Père, mais quant à l’excellence des biens, car le Christ réside dans les biens supérieurs du Père.
Enfin, après un intervalle de dix jours, il envoya sur les Apôtres l’Esprit Saint promis, par lequel l’Eglise des nations a été rassemblée et ordonnée selon les diverses distributions d’offices et de grâces.
Explication
Parce que le Christ, en tant que Verbe incréé a formé parfaitement toutes choses, de même, en tant que Verbe incarné, il dut les réformer parfaitement. Car il convient que le principe parfait ne laisse pas descendre son oeuvre en dessous de la perfection. Le principe réparateur devait donc mener le remède de la rédemption humaine à la perfection. Pour être parfait, ce remède devait donc être suffisant et efficace.
Parce que suffisant, ce remède s’étendit donc au ciel, à la terre et aux enfers. Par le Christ les enfers ont été récupérés, la terre guérie, le ciel réintégré, de sorte qu’il récupéra les enfers par le pardon, guérit la terre par la grâce, réintégra le ciel par la gloire ainsi, après la passion, l’âme du Christ descendit aux enfers pour libérer ceux qui y étaient morts dans les péchés ; il monta aux cieux en ramenant les captifs pour réintégrer la Jérusalem céleste ; il envoya l’Esprit Saint pour édifier la Jérusalem terrestre. Toutes ces choses sont une conséquence nécessaire exigée pour que la rédemption humaine soit suffisante.
En outre, parce que ce remède fut efficace tant pour ceux qui précédèrent la venue du Christ que pour ceux qui la suivent et qui ont accédé au Christ et y accèdent et furent et sont ses membres — tels sont ceux qui adhèrent à lui par la foi, l’espérance et la charité — ; ce remède devait donc avoir une efficacité, en premier lieu, pour ceux qui croyaient dans le Christ, qui, en croyant, espérèrent et, en espérant, aimèrent ; et par là, le Christ devait donc immédiatement descendre aux enfers pour les libérer. Le Christ, par sa passion, ouvrit les portes du ciel, lui qui, en satisfaisant, écarta le glaive de feu et, en changeant la sentence divine, écarta tous ses membres de l’enfer.
Ce remède devait aussi avoir une efficacité excellente pour ceux qui suivent la venue du Christ, afin qu’en les attirant à la foi, à l’espérance et à la charité, il les ramène enfin à la gloire céleste. Donc, pour édifier dans la foi, par laquelle aussi nous croyons qu’il a voulu nous racheter par sa mort et qu’il a pu nous ramener à la vie par sa résurrection ; il a donc voulu ressusciter à la vie immortelle, après cependant un espace de temps convenable, c’est-à-dire trente-six heures. Il a montré par là qu’il était vrai ment mort ; et il ne devait pas aller plus vite de peur que, s’il ressuscitait trop tôt, on crût qu’il n’était pas vraiment mort et qu’il avait feint d’être mort ; il ne devait pas non plus attendre plus longtemps, de peur qu’en demeurant toujours dans la mort, on le crût impuissant et qu’il ne puisse rappeler personne à la vie : il ressuscita donc le troisième jour.
De plus, pour élever dans l’espérance, il monta vers la gloire céleste que nous espérons. Mais parce que l’espérance ne naît que de la foi en l’immortalité future, il ne monta pas immédiatement, mais après un intervalle de quarante jours, pendant lequel, par de multiples miracles et arguments, il prouva sa vraie résurrection, par laquelle l’esprit est consolidé dans la foi et emporté vers l’espérance de la gloire céleste.
Enfin, pour enflammer dans la charité, le Christ envoya le feu de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte. Et parce que personne ne peut être rempli de ce feu s’il ne prie, ne cherche et ne frappe avec une espérance instante et importune ; il ne l’envoya donc pas immédiatement après son ascension, mais après un intervalle de dix jours, durant lequel les disciples en jeûnant, en priant et en gémissant, se disposèrent à recevoir l’Esprit Saint.
Ainsi, comme il avait respecté l’heure de sa passion, il respecta l'heure de sa résurrection, de son ascension et de l’envoi de l’Esprit Saint, pour fonder les trois vertus et en raison de nombreux mystères impliqués dans ces temps.
Et parce que l’Esprit Saint, qui est charité et que l’on possède par la charité est l’origine de tous les charismes, lorsqu’il descendit, la plénitude des charismes fut répandue pour embraser le corps mystique du Christ. Et parce que dans un corps par fait, il doit y avoir divers membres, divers offices et activités de ces membres et divers charismes en vue de ces offices, en conséquence « à l’un, c’est une parole de sagesse qui est donnée par l’Esprit ; à tel autre une parole de science ; à un autre la foi ; à tel autre le don de guérir ; à tel autre la puissance d’opérer des miracles ; à tel autre les diversités des langues ; à tel autre le don de les interpréter. Mais tout cela c’est le seul et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier, comme l’entend », selon sa providence et sa libéralité providentielle.
