Partie IV · L'Incarnation du Verbe · Chapitre 1

La raison pour laquelle il fallait ou il convenait que le Verbe de Dieu s’incarne

Résumé de la matière.

Après avoir parlé de la Trinité de Dieu, du monde créature et de la corruption du péché, nous devons maintenant traiter brièvement de l’Incarnation par laquelle le Verbe incarné est devenu salut et restauration du genre humain, non parce que Dieu ne pouvait sauver ou libérer autrement le genre humain, mais parce qu’aucun autre moyen n’était plus digne et convenable au réparateur, à celui qui devait être réparé, à la réparation.

Explication.

Le principe effectif des choses ne pouvait et ne devait être que Dieu. Or, réparer les choses créées n’est pas moindre que les produire dans l’être, de même qu’être ordonné au bien n’est pas moindre qu’être simplement. Il était donc très convenable que le principe réparateur des choses soit le Dieu souverain afin que, Dieu ayant créé toutes choses par le Verbe incréé, il les guérisse toutes par le Verbe incarné. Donc, parce que Dieu a fait toutes choses avec puissance, sagesse et bonté ou bienveillance, il convenait qu’il les répare pour montrer sa puissance, sa sagesse, sa bienveillance. Quoi de plus puissant, en effet, que d’unir les extrêmes souverainement éloignés en une seule personne ? Quoi de plus sage et de plus convenable que, pour la perfection de l’univers entier, soient unis le premier et le dernier, le Verbe de Dieu principe de toutes choses et la nature humaine de toutes les créatures la dernière dans le temps ? Quoi de plus bienveillant que le Seigneur, pour le salut du serviteur, ait pris la condition d’esclave ? Bien plus, ceci est le fait d’une telle bonté qu’on ne peut rien penser de plus clément, de plus affectueux, de plus amical. Ce mode était donc le plus convenable à Dieu réparateur pour manifester sa puissance, sa sagesse et sa bienveillance.

En outre, l’homme en tombant dans le péché s’était détourné et éloigné du principe tout-puissant, souverainement sage et bienveillant. Il se précipita dans la faiblesse, l’ignorance et la méchanceté et par là, de spirituel, il devint charnel, animal et sensuel. Il était donc incapable d’imiter la vertu, de connaître la lumière et d’aimer la bonté de Dieu. Donc, à cause de cela, il convenait tout à fait que l’homme en cet état soit réparé de telle façon que le premier principe condescende vers lui en se rendant pour lui connaissable, aimable et imitable. Et parce que l’homme charnel, animal et sensuel ne connaissait, n’aimait et ne poursuivait que des biens proportionnés ou semblables à lui-même, pour arracher l’homme à cet état, le Verbe s’est fait chair afin que l’homme, qui lui aussi était chair, puisse le connaître, l’aimer et l’imiter. Ainsi, l’homme en connaissant, en aimant et en imitant Dieu est guéri de la maladie du péché.

Enfin, l’homme ne pouvait être parfaitement réparé que s’il récupérait l’innocence de l’esprit, l’amitié de Dieu et sa propre excellence par laquelle il est soumis à Dieu seul. Or, ce ne pouvait être que par Dieu devenu serviteur. Il convenait donc que le Verbe s’incarne. Son excellence, l’homme ne pouvait la récupérer que si le réparateur était Dieu, car s’il avait été pure créature, l’homme aurait été alors soumis à cette pure créature et n’aurait pas ainsi récupéré son statut d’excellence S L’amitié de Dieu, il ne pouvait pas davantage la récupérer sinon par un médiateur valable qui pouvait poser la main sur chacun des deux extrêmes et était conforme aux deux, ami des deux et donc semblable à Dieu par la divinité et semblable à l’homme par l’humanité. L’innocence de l’esprit, l’homme ne pouvait la récupérer que si son péché était remis. Or, la justice divine ne devait la remettre que par une satisfaction convenable. Seul Dieu pouvait satisfaire pour tout le genre humain, seul l’homme le devait, lui qui avait péché. Il convenait donc tout à fait que le genre humain soit réparé par un Dieu-homme né de la race d’Adam.

L’excellence ne pouvait être récupérée que par le réparateur le plus excellent, l’amitié ne pouvait être restaurée que par un médiateur souverainement amical, l’innocence ne pouvait être recouvrée que par l’auteur d’une satisfaction suffisante. Or, le réparateur infiniment parfait ne peut être que Dieu, le médiateur souverainement amical ne peut être qu’un homme, l’auteur d’une satisfaction suffisante doit être à la fois Dieu et homme. L’incarnation du Verbe convient donc parfaitement à notre réparation, de sorte que le genre humain venu à l’être par le Verbe incréé, tombé dans le péché en délaissant le Verbe inspiré, ressurgit du péché par le Verbe incarné.