Partie III · La corruption du péché · Chapitre 11

L’origine des péchés finals qui sont les péchés contre le Saint Esprit

Résumé de la matière

Bien qu’en général tout péché soit dirigé contre Dieu trois et un, on parle, par appropriation, de péché contre le Père, contre le Fils et contre l’Esprit Saint.

On dit que ce péché contre l’Esprit Saint est irrémissible en ce siècle et en l’autre, non parce qu’il ne peut être remis en ce siècle, mais parce qu’il est rarement ou presque jamais remis en ce siècle quant à la faute, et parce qu’il n’y aura aucune ou presque aucune rémission pour ce péché dans le siècle futur, quant à la peine.

Les péchés de ce genre sont au nombre de six, la haine de la grâce fraternelle, l’attaque contre la vérité reconnue, le désespoir, la présomption, l’obstination de l’esprit et l’impénitence finale

Explication

Parce que le péché est retrait vis-à-vis du premier principe trois et un, tout péché déforme l’image de la Trinité et corrompt l’âme elle-même dans sa triple puissance, irascible, rationnelle et concupiscible. Il provient du libre-arbitre qui porte en soi la marque de la Trinité : du Père, parce qu’il est faculté ; du Fils, parce qu’il est raison ; du Saint Esprit, parce qu’il est volonté.

Bien que ces trois éléments concourent ensemble dans toute faute, chacun d’eux peut, par son défaut, être à l’origine du désordre des autres. Le défaut dans la faculté est impuissance, le défaut dans la raison est ignorance, le défaut dans la volonté est méchanceté. De là, puisque certains péchés viennent de l’impuissance, certains de l’ignorance, certains de la méchanceté et puisque la puissance est attribuée au Père, la sagesse au Fils et la volonté au Saint Esprit, on dit que certains péchés sont contre le Père, d’autres contre le Fils, d’autres contre le Saint-Esprit. Parce que, rien n’est plus dans la volonté que la volonté elle-même et que la volonté elle-même est l’origine du péché, aucun péché n’est plus volontaire et péché pur que celui qui provient de la corruption dans la volonté.

Un acte peut être involontaire de deux manières, par violence subie ou par ignorance, c’est-à-dire par défaut de puissance ou par défaut de science quand la volonté par sa seule corruption, bien qu’elle puisse résister et sache que ceci est mal, choisit quel que chose, on dit alors qu’elle pèche par une méchanceté certaine Un tel péché procède purement de la méchanceté du libre-arbitre de la volonté et attaque directement la grâce du Saint-Esprit. Et parce que le péché procède purement de la liberté de l’arbitre, il n’a pas la moindre excuse et à cause de cela rien ne doit, à celui qui est puni, être pardonné dans le châtiment. Parce qu’il attaque directement la grâce du Saint Esprit par laquelle se fait la rémission du péché, on l’appelle irrémissible, non parce qu’il ne peut en aucune façon être remis, mais parce que, en tant que tel, il attaque directement le médicament et le remède par lequel est accomplie la rémission du péché.

Parce que la rémission du péché est faite par Dieu moyennant la grâce pénitentielle accordée dans l’unité de l’Eglise, on distingue les péchés selon leur opposition à ces trois éléments. Ils s’opposent à la grâce pénitentielle en elle-même, ou dans la relation avec Dieu qui la donne, ou dans la relation avec l’Eglise en qui elle est reçue.

S’ils s’opposent à la grâce dans sa relation avec l’unité de l’Eglise, parce que l’unité de l’Eglise est établie dans la foi et la charité, dans la grâce et la vérité, il y a un double péché, la haine de la grâce fraternelle et l’attaque de la vérité reconnue

S’ils s’opposent à la grâce dans la relation avec Dieu qui la donne, puisque tous les sentiers de Dieu, quant à la justification sont surtout amour et vérité, il y a un double péché, celui qui s’oppose à la miséricorde, le désespoir, celui qui s’oppose à la justice, la présomption de l’impunité.

Enfin, s’ils s’opposent à la grâce pénitentielle en elle-même ou selon elle-même, il y a double péché, car elle fait revenir des péchés commis et éviter ceux à commettre. Dans le premier cas, c’est l’obstination, et dans le second cas l’impénitence finale, ou volonté de ne pas faire pénitence. C’est là l’espèce propre du péché contre l’Esprit Saint. L’impénitence finale signifie la continuation du péché jusqu’à la fin, telles sont les séquelles de tous les péchés mortels qui ne sont par remis en cette vie et surtout de tous les genres de péchés contre l’Esprit Saint.

Ainsi tout péché trouve son principe dans l’orgueil et sa consommation ou sa fin dans l’impénitence finale. Celui qui parviendra dans cet état tombe en enfer ; dont aucun de ceux qui pèchent mortellement ne peut être délivré sinon par l’intervention de la grâce du médiateur, le Christ. C’est pourquoi l’universalité de ceux qui doivent être sauvés désirait son incarnation. A ce médiateur, Notre Seigneur, tout honneur et toute gloire dans les siècles des siècles. Amen.