Résumé de la matière
Bien que le mal de la faute et le mal de la peine soient des maux différents, certains sont cependant péchés et aussi peines du péché. D’une manière spéciale, on appelle péchés et peines du péché ceux qui sont accompagnés de douleur et de tristesse, comme l’envie, la paresse et d’autres semblables. D’une manière moins spéciale, on appelle ainsi ceux qui sont accompagnés d’une pure dépravation de la nature, ou bien de honte, comme le sont ceux au regard desquels on dit que le pécheur est livré à son sens propre dépravé. D’une manière générale, on appelle ainsi les péchés qui sont « entre la première apostasie et l’ultime châtiment de l’enfer on peut les appeler aussi péchés et peines du péché » selon ce que dit Grégoire, que « les crimes sont punis par les crimes »
Bien que l’on parle également de péché et de peine du péché, il faut cependant savoir que toute peine en tant que peine est juste et vient de Dieu, mais qu’aucune faute n’est juste et ne peut provenir de Dieu, mais vient seulement du libre-arbitre.
La peine qui est purement peine est infligée par Dieu ; celle qui est liée à la faute ou qui incline à la faute est contractée ou produite
Explication
Le mal est retrait vis-à-vis du premier principe par le fait qu’il nuit au bien. Il ne nuit au bien qu’en l’excluant. Or le bien existe dans le mode, l’espèce et l’ordre. Tout mal est corruption du mode, de l’espèce ou de l’ordre. Or, l’ordre est double, ordre de la nature et ordre de la justice. L’ordre de la nature est dans le bien naturel, l’ordre de la justice dans le bien moral. Parce que le bien naturel se trouve dans toute nature, le bien moral existe nécessairement dans la volonté : l’ordre de la nature existe donc dans toute nature, l’ordre de la justice dans la volonté élective. Parce que la volonté est un « instrument se mouvant soi-même » alors que la nature ne l’est pas, l’ordre de la justice est un ordre non seulement fait, mais facteur, tandis que l’ordre de la nature n’est qu’un ordre fait. Donc, parce que le mal peut écarter l’ordre de la justice et l’ordre de la nature, le mal est donc double, mal de la faute et mal de la peine.
En outre, parce que l’ordre de la justice est un ordre volontaire, « le mal de la faute est une affection volontaire, tandis que le mal de la peine est une affection involontaire »
Enfin, parce que l’ordre de la justice qui existe dans la volonté est un ordre facteur, « le mal de la faute qui en est la privation est un mal que nous faisons, tandis que le mal de la peine est un mal que nous subissons ». Et parce qu’il n’y a pas de passion que ne précède naturellement une action, et pas d’action qui ne soit suivie d’une certaine passion, il n’y a aucune peine qui ne soit méritée par une faute antécédente, ni aucune faute que ne suive quelque peine.
Parce que ce que nous faisons vient de nous, que ce que nous subissons peut venir de nous et des autres, d’une cause supérieure ou inférieure, toute faute vient de nous, mais toute peine ne vient pas de nous, certaines sont faites par nous, d’autres nous sont infligées, d’autres enfin contractées.
Parce qu’il est juste que celui qui fait ce qu’il ne doit pas subisse ce qu’il doit, toute peine en tant que peine est juste et vient de la divine providence, car elle est ordonnée à la faute et rétablit l’ordre que le péché a détruit.
Parce que le fait de subir une peine peut venir du rejet du bien naturel ou du bien moral joint au bien naturel, certaines peines sont purement peines, certaines sont peines et fautes, car le bien moral qui est la justice n’est rejeté que par une injustice qui est la faute. La première peine vient de Dieu, et en tant que peine et en tant qu’elle est, elle vient de Dieu, dis-je, non comme d’un auteur, mais comme d’un vengeur. La seconde, puisqu’elle est faute ne vient pas de Dieu pour autant qu’elle est, mais seulement en tant que relative à l’ordre. Elle est encourue, si elle suit un péché actuel, elle est contractée si elle suit le péché originel.
Si l’on entend le mal dans son sens propre, en tant que privation du bien naturel, affection involontaire et mal que nous subissons, il ne coïncide pas avec le mal de la faute bien qu’il en soit une conséquence. Si on l’entend dans son sens large, en parlant du mal que nous subissons soit à cause de nous, soit pour d’autres causes, soit dans la nature, soit dans la volonté, il coïncide avec le mal de la faute, mais ne s’applique pas aux mêmes choses ni de la même façon, car ce qui est faute de soi est appelé la peine d’un péché précédent, ou bien la faute en tant qu’action est appelée peine en tant que passion.
Ainsi, apparaît comment, dans quelle mesure et pourquoi la même chose peut être appelée péché et peine de péché.
