Partie III · La corruption du péché · Chapitre 9

L’origine et la distinction des péchés capitaux

Résumé de la matière

Il faut maintenant descendre jusqu’à l’origine des péchés en particulier. Parmi eux, il y a des péchés capitaux, des péchés pénaux et des péchés finals ou irrémissibles, en d’autres termes, des premiers, des intermédiaires et des derniers.

Aux péchés actuels, on reconnaît un principe, une double racine, un triple foyer, une tête septiforme ou péché capital.

Le principe unique est l’orgueil selon qu’il est écrit Le principe de tout péché, c’est l’orgueil.

La double racine c’est la crainte provoquant une fausse honte et l’amour enflammant d’une mauvaise ardeur.

Les trois foyers sont, selon les trois concupiscences du monde, la chair, les yeux et la superbe de la vie.

La tête septiforme, l’orgueil, l’envie, la colère, la paresse, l’avarice, la gourmandise, la luxure. Parmi ces péchés, les cinq premiers sont spirituels, les deux derniers, charnels.

Explication

Le péché mortel est un éloignement actu du premier principe. On ne s’éloigne du premier principe qu’en le méprisant, soit en lui-même, soit dans son précepte. Or, le mépris du premier principe est l’orgueil. Toute faute ou offense mortelle trouve donc nécessairement son principe dans l’orgueil.

Personne ne méprise le principe souverain ou son précepte par soi-même si ce n’est parce qu’il veut par soi-même acquérir quelque chose d’autre ou craint de le perdre. Tout péché actuel tire donc nécessairement son origine d’une double racine, la crainte et l’amour. Ce sont les racines des maux, mais non également.

Car toute crainte tire son origine de l’amour. Personne ne craint de perdre quelque chose sinon parce qu’il aime la posséder. La crainte est donc nourrie par ce qui nourrit l’amour. Or l’amour est désordonné à l’égard du bien changeant. Ce bien changeant est triple intérieur, c’est la supériorité, extérieur, c’est la fortune, inférieur, la licence de la chair. De là, il y a nécessairement trois foyers des péchés actuels dont il a été parlé plus haut. Tous les péchés actuels naissent du mouvement de l’âme qui se porte vers ces trois foyers.

Tout cela arrive de sept manières différentes. Il y a donc sept péchés capitaux, source de tous les vices. Car notre volonté est désordonnée en désirant ce qu’on ne doit pas désirer ou en refusant ce qui n’est pas à refuser.

Quand la volonté désire ce qui n’est pas désirable, c’est-à-dire un bien présent ou changeant ou ayant l’apparence du bien : si ce bien est intérieur, c’est la supériorité individuelle qu’aime l’orgueil ; si ce bien est extérieur, c’est l’aisance matérielle qu’aime l’avarice ; si ce bien est inférieur, il est délectable parce qu’il sert à la conservation de l’individu, tel l’aliment, qui est délectable pour le goût et désiré par la gourmandise ; il est délectable parce qu’il sert à la conservation de la race, tel le coït qui est délectable pour le toucher et désiré par la luxure. Quand la volonté est désordonnée parce qu’elle refuse ce qu’elle ne devait pas refuser, elle le fait d’une triple façon selon le principe de son refus. Ou bien elle refuse selon l’instinct rationnel perverti, c’est l’envie ; ou bien elle refuse selon l’instinct de défense, c’est la colère ; ou bien elle refuse selon l’instinct du désir, c’est la paresse. Ainsi parce qu’il y a quatre choses principales désirables et trois forces instinctivement repoussées, il n’y a que sept péchés capitaux.

En outre, la pensée d’une chose désirable est accompagnée de délectation, la pensée d’une chose à refuser est accompagnée de douleur. Ainsi, quatre péchés sont liés à la joie, les trois autres sont liés à la tristesse et à la peine. On les appelle cependant tous péchés capitaux parce qu’ils sont désordres principaux et principes de beaucoup d’autres désordres, chacun influant à sa façon. De là, bien que certains d’entre eux concernent principalement le refus, ils possèdent cependant leurs objets de délectation. L’en vie veut posséder un bien propre sans associé, donc intégralement ; la colère le veut sans contraire, donc imperturbablement, la paresse le veut sans aucun travail, donc infatigablement.

Et parce qu’ils n’obtiennent pas facilement leur fin, ils traînent avec eux une grande foule de vices pour atteindre de cette façon ce qu’ils désirent, ou pour refuser ce qu’ils repoussent. Pour cela, on les appelle péchés capitaux, comme des principes dont découlent tous les autres.