Résumé de la matière
Le mode de guérison du péché originel est le suivant.
La faute est guérie de telle façon que demeure le châtiment temporel, comme il apparaît chez les enfants baptisés.
Il est guéri quant à l’imputation du châtiment éternel, cependant de telle façon qu’il demeure quant à l’acte et au mouvement de la concupiscence.
Il est guéri chez les parents, néanmoins de telle façon que ceux-ci guéris par le baptême, le transmettent encore à leurs enfants.
La tache du péché originel est enlevée de telle façon que demeurent les conséquences, contre les quelles il nous faut lutter aussi longtemps que nous vivons ici-bas, car en personne la concupiscence n’est absolument éteinte par la grâce commune.
Je dis cela à cause de la bienheureuse Vierge, en qui cette concupiscence fut éteinte dans la conception du Fils de Dieu, par une grâce singulière
Explication
De même que l’infection dérive chez tous du principe créé par lequel se fait la propagation des corps, et ce par la partie inférieure, la chair, ainsi, la guérison doit provenir du principe incréé par lequel sont infusées les âmes et ce, par la partie supérieure, l’es prit. Parce que, du côté de l’esprit, il y a entre les hommes une distinction telle que selon elle, l’esprit n’est pas propagé à partir d’un autre mais sort immédiatement de Dieu, la grâce curative infusée dans notre esprit par Dieu concerne chacun en tant qu’il est une personne singulière et individuelle, et non en tant que produit selon la puissance de la nature. Donc, parce que le péché originel a infecté également la personne et la nature, la personne dans la volonté et la nature dans la chair, la tache originelle est guérie dans l’esprit tandis que demeure l’infection et les désordres dans la chair.
Et parce que l’homme engendre non en tant que guéri dans l’esprit, mais en tant que corrompu dans la chair, non en tant qu’être spirituel mais en tant qu’être charnel, bien qu’il soit baptisé et ainsi lavé en lui-même du péché originel, il transmet cependant ce péché à ses enfants.
En outre, parce que l’imputation du châtiment éternel concerne la difformité de l’esprit et de la personne, que le mouvement concerne l’inclination de la chair et de la nature, ainsi par le baptême, le péché originel disparaît quant à l’imputation, mais demeure cependant quant à l’acte
Enfin, parce que l’affliction temporelle concerne la condition humaine selon la chair, et que la chair demeure toujours sujette à une certaine infection, elle doit toujours demeurer sujette à la pénalité. Donc, puisque la pénalité et la corruption ne sont pas enlevées de la chair par la grâce, ces désordres, la concupiscence et la maladie des membres peuvent subsister avec la grâce curative.
C’est pourquoi, bien que la concupiscence soit peu à peu diminuée sans que la racine en soit arrachée, elle n’est jamais totalement enlevée chez l’homme ici-bas, sauf chez la bienheureuse Vierge par une grâce singulière. La Vierge, en effet, a conçu celui qui était l’expiation de toute faute. Une grâce singulière lui a donc été donnée par laquelle toute concupiscence fut éteinte en elle dans sa racine pour concevoir le Fils de Dieu sans aucune souillure, ni corruption du péché. « Car il convenait que la Vierge possédât la plus grande pureté qui puisse se concevoir en-dessous de Dieu ; cette Vierge à qui Dieu le Père avait voulu donner le Fils unique qu’il a engendré de son coeur, égal à lui-même et qu’il aimait comme lui-même, de telle sorte qu’il serait naturellement un seul et même Fils commun de Dieu le Père et de la Vierge. Le Fils lui-même avait choisi de faire substantiellement de la Vierge, sa mère. L’Esprit Saint voulait et fit que la Vierge, conçût et mit au monde celui dont il procédait. ».
