Résumé de la matière
L’homme et la femme, aussitôt après leur faute, sentirent le châtiment de la rébellion et de la honte dans leur chair et pour couvrir leurs parties sexuelles, ils se firent des pagnes.
Après le jugement divin, l’homme encourut le châtiment du travail et de la pauvreté, le châtiment de la faim et de l’indigence, le châtiment de la mort et du retour à la poussière, comme le dit l’Ecriture Sainte : "Maudit soit le sol à cause de toi, etc."
A la femme un double châtiment fut infligé, celui des multiples afflictions dans la conception et des douleurs dans l’enfantement et celui de la sujétion à l’homme dans la communauté. Ainsi ce péché fut assez gravement puni qu’ils avaient commis en mangeant de l’arbre défendu, bien qu’il ait été inconsidérément perpétré.
Explication
Le premier principe est providence souveraine dans le gouvernement et rectitude parfaite dans la présidence. Il ne laisse absolument rien de désordonné dans l’univers. Parce que la faute conduit justement au châtiment, le déshonneur du péché fut immédiatement suivi, chez nos premiers parents, de l’honneur du jugement, afin que ce qui fut désordonné en tombant de l’ordre de la nature retombe aussitôt dans l’ordre de la justice. Car cet ordre double enlace à ce point toutes choses que ce qui tombe de l’un retombe dans l’autre
L’un et l’autre de nos parents, en s’enorgueillissant en esprit et en cédant à la gourmandise de la chair, furent désobéissants envers celui qui leur était supérieur. Par le juste jugement de Dieu, ce qui leur était inférieur devint désobéissant envers eux, en particulier ces parties du corps par lesquelles se fait l’union des sexes, les membres servant à la puissance de génération. Et parce que cela ne provenait pas de leur nature mais de leur propre faute, ils en rougirent et se couvrirent.
En outre, parce que l’homme, ayant méprisé ce qui était souverainement délectable, rechercha la délectation dans la chair, le juste jugement de Dieu lui infligea le travail et la peine de la faim et de la soif.
Enfin, parce qu’il choisit pour le bien de la chair de se séparer du bien de l’esprit, par le juste jugement de Dieu l’âme contre son gré est séparée de la chair par la mort et le retour à la poussière. Pour cela, comme Dieu avait donné à l’homme, selon l’ordre de la nature, un corps soumis à l’âme pouvant se propager sans débauche, pouvant se maintenir en vie sans défaillance, immuable sans que la mort intervienne, ainsi, après le péché, tout cela, selon l’ordre de la justice, lui fut enlevé et le contraire infligé. De la sorte la faute ne demeurerait pas impunie et désordonnée, ce que la divine providence n’aurait absolument pu souffrir.
Et parce que le péché commença par la femme, son châtiment fut doublé. S’étant enorgueillie dans l’esprit, elle encourut la sujétion ; ayant vu et désiré l’arbre doux à manger, elle encourut la douleur enfin ayant rompu le joug de l’obéissance, elle encourut le lien et le poids de multiples afflictions.
Ainsi apparaît avec quel ordre la divine providence a infligé de multiples châtiments à l’homme et les a doublés dans la femme afin que « le déshonneur du péché ne soit pas sans l’honneur de la justice »
