Résumé de la matière
La femme en consentant à la tentation du diable, désira la science et l’excellence à l’instar de Dieu, elle désira également goûter la douceur de l’arbre défendu, elle tomba enfin dans la transgression du précepte.
Non contente de cela, elle offrit le fruit de l’arbre défendu et induisit l’homme en tentation.
Celui-ci ne voulant pas contrister ses charmes, ne blâma pas la femme, mais consentit au mauvais conseil qu’elle lui donnait et, goûtant le fruit qu’elle lui offrait, il se fit à son tour transgresseur du précepte divin.
Explication
On a dit plus haut que le premier principe a donné à l’homme un double sens et un double appétit par rapport au double livre et au double bien, de façon que l’homme puisse dans la liberté de son arbitre se tourner vers l’un ou l’autre. La femme ayant entendu la suggestion extérieure du serpent, ne recourut pas au livre intérieur qui s’offre pour être lu au jugement droit de la raison. Mais selon son sens propre, elle s’en tint au livre extérieur et commença de rechercher le bien extérieur. Et parce que son sens n’atteignit pas le vrai infaillible, son appétit commença de se tourner vers le bien changeant. Elle désira donc ce que le diable promettait et consentit à faire ce qu’il suggérait. Désirant la science parfaite, elle s’éleva dans l’orgueil. Elevée dans l’orgueil, elle fut du coup séduite par la gourmandise et ainsi terrassée par la désobéissance. Le premier mouvement eut lieu dans son esprit, le deuxième dans sa sensibilité, le troisième dans son action.
Et de même que la tentation, partant d’en-bas, parvint plus haut, car à partir du sens de l’ouïe elle conduisit du désir au consentement, ainsi par un mouvement contraire, le désordre commençant par en haut parvint jusqu’en bas et fit consommer un unique péché, cela, pour la nature humaine, est le commencement de tout péché et la source des maux.
Car la femme alléchée allécha l’homme qui semblablement tourné vers le livre extérieur et vers le bien changeant, en appréciant trop la compagnie de la femme et la consolation de sa présence, ne voulut ni la blâmer, ni contrister ses charmes.
Et parce qu’il aurait du la blâmer et ne la blâma pas, le péché de la femme lui est imputé Et parce qu’il ne voulut pas contrister ses charmes en la repoussant, il commença de, s’aimer trop lui-même et ainsi s’éloignant de l’amitié divine, tomba dans la gourmandise et la désobéissance.
La transgression du précepte fut donc commune à l’un et l’autre, bien que pour des raisons différentes, car la femme fut séduite et non l’homme. Dans les deux cependant, dans l’homme et dans la femme, il y eut désordre de haut en bas : d’abord dans l’esprit ou raison, puis dans la sensibilité et enfin dans l’action. L’un et l’autre furent donc terrassés par la désobéissance et alléchés par la gourmandise, car l’un et l’autre s’étaient élevés par l’orgueil, la femme en désirant et en briguant ce qu’elle n’avait pas encore, l’homme en aimant et en appréciant trop ce qu’il avait déjà. D’où la femme en mangeant crut être exaltée, mais Adam s’estimant quelque chose de grand et d’agréable à Dieu, crut devoir être moins gravement puni. En effet, il n’avait encore éprouvé la rigueur de la sévérité divine
Ainsi, l’un et l’autre s’étant élevés au-dessus de soi d’une façon désordonnée, tombèrent misérablement en dessous de soi, de l’état d’innocence et de grâce à l’état de faute et de misère.
