Pour comprendre comment la corruption du péché est entrée dans le monde, il faut considérer la chute de nos premiers parents, la transmission de la faute originelle et l’origine ou racine du péché actuel. Au sujet de la chute de nos premiers parents, trois aspects sont à considérer, la tentation diabolique, la faute commise et le châtiment infligé.
Résumé de la matière
Dieu avait créé l’homme dans la félicité du paradis, en deux sexes, le mâle et la femelle. Le diable envia l’homme ; ayant revêtu l’aspect du serpent, il aborda la femme. Il lui demanda d’abord :
« Pourquoi Dieu vous a-t-il prescrit de ne pas manger ? Puis il affirma : « Vous ne mourrez pas ». Enfin il fit une promesse : « Vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal ». Par cette tentation, il voulait faire tomber la femme plus faible et par elle ensuite terrasser le sexe mâle, ce qu’il fit avec la permission de Dieu.
Explication
Le premier principe est tout-puissant dans la création, il est aussi très droit dans le gouvernement.
  ;« Il gouverne les choses qu’il a créées en les laissant agir de leur propre mouvement »
Parce que l’homme était ainsi créé qu’il devait par venir, par la victoire dans le combat, à la récompense du repos éternel, Dieu, qui savait que l’homme succomberait à la tentation, devait cependant permettre que l’homme soit tenté par celui qui savait, pouvait et voulait.
Parce que le diable, auparavant doué de science et de rectitude, était tombé par son orgueil et était devenu rusé et envieux, il voulait tenter par envie et le savait par astuce. Il tenta donc pour autant qu’il le put et que Dieu le permit. Ce fut par une permission divine qu’il revêtit l’aspect du serpent pour que non seulement on puisse connaître son astuce, mais aussi pour que, par cet aspect, la ruse diabolique dans la tentation soit connue de tous les fils d’Adam.
En outre, ce fut également par permission divine que la tentation porta sur le précepte de discipline, de sorte que, vaincu ou vainqueur, le diable fît connaître à tous le mérite de l’obéissance ou le démérite de la désobéissance. Mais ce fut par sa ruse qu’il commença par la femme, car il est plus facile de faire tomber le moins fort ; comme c’est par ruse que l’ennemi entre dans la cité par le côté le moins défendu.
De même, la manière dont il procéda dans la tentation vient d’une grande ruse, car il procéda en éprouvant, en forçant et en alléchant. Il commença l’épreuve en interrogeant, força en affirmant, allécha en promettant. Il interrogea d’abord sur la cause du précepte pour conduire la raison dans le doute. Le doute acquis : « de peur que par hasard nous ne mourions » : alors il affirma pour conduire l’irascible dans le mépris. Enfin il fit une promesse pour mettre en appétit le concupiscible. Ainsi il opéra cette triple manoeuvre pour amener la liberté de l’arbitre à con sentir, car le libre-arbitre est faculté de raison et de volonté qui contient également les trois appétits, rationnel, irascible et concupiscible. Le diable allécha la femme selon ces trois appétits par un triple objet désirable, la science que désire l’appétit rationnel, la perfection à l’instar de Dieu que désire l’irascible, et la douceur de l’arbre que désire le concupiscible. Ainsi il tenta tout ce qui dans la femme était tentable par tout ce qui pouvait l’induire en tentation ; ce sont les trois objets désirables du monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et la superbe de la vie L’origine de toute tentation vient de ces trois objets, le monde, la chair ou le diable.
