Après avoir précisé certaines idées sur la Trinité de Dieu et la création du monde, il nous faut maintenant traiter quelque peu de la corruption du péché.
Résumé de la matière
Le péché n’est pas une essence, mais une défaillance et une corruption qui affecte le mode, l’espèce et l’ordre dans la volonté créée Ainsi, la corruption du péché est contraire au bien lui-même, elle n’a cependant d’être que dans le bien, elle ne tire son origine que d’un bien, ce qu’est certes le libre-arbitre de la volonté. Celui-ci n’est pas souverainement mauvais puisqu’il peut vouloir le bien, il n’est pas souverainement bon puisqu’il peut tomber dans le mal.
Explication
Le premier principe, étant l’être par lui-même et non par un autre, doit nécessairement être sa propre fin, donc souverainement bon, sans aucun défaut. Il n’y a pas et ne peut y avoir un mal premier et souverain, car premier principe signifie suprême perfection, et souverain mal signifie défaut extrême. Donc, puisque le premier principe, être suprême et parfait, ne peut défaillir ni dans l’être ni dans l’agir, il n’est pas le mal souverain, ni un mal quelconque, et ne peut en aucune façon être le principe du mal.
Cependant, étant tout-puissant, il peut conduire le bien du non-être à l’être même sans appui d’aucune matière. Ce qu’il fit lorsqu’il forma la créature à laquelle il donna l’être, l’intelligence et la volonté. La créature, oeuvre du souverain bien a été créée selon une triple causalité ; elle a dans sa substance et dans sa volonté un mode, une espèce et un ordre. Elle a été faite pour accomplir ses oeuvres par Dieu, selon Dieu et pour Dieu, selon le mode, l’espèce et l’ordre mis en elle.
Créée à partir du néant et donc déficiente, elle pouvait défaillir de son agir-pour-Dieu au point d’agir pour elle-même et non pour Dieu, et par là même ni par Dieu, ni selon Dieu, ni pour Dieu. Ceci est le péché qui est corruption du mode, de l’espèce et de l’ordre. Etant un défaut, il n’a pas de cause efficiente, mais il a une cause déficiente, le défaut de la volonté créée.
Le péché étant corruption n’est corruption que du bien. Or, toute corruption se trouve dans une chose corruptible ; le péché ne se trouve donc que dans le bien. Ainsi, puisque la volonté libre cor rompt en elle-même le mode, l’espèce et l’ordre en défaillant du vrai bien, tout péché en tant que tel provient de la volonté comme de sa source première et se trouve dans la volonté comme dans son propre sujet. C’est ce que fait la volonté quand, par sa faillibilité, sa mutabilité et sa versatilité, elle méprise le bien sans défaut et immuable et s’attache au bien changeant.
De ceci résulte que le « péché n’est pas recherche des choses mauvaises, mais abandon des choses meilleures ». Il est donc dans l’appétit de la volonté, corruption du mode, de l’espèce et de l’ordre, et par là « tellement volontaire que s’il n’est pas volontaire, ce n’est pas un péché » Si l’on a compris ceci, on rejette manifestement l’opinion impie des Manichéens qui affirmaient l’existence d’un mal souverain premier principe de tous les maux. On voit aussi quelle est l’origine du mal et quel en est le sujet.
