Résumé de la matière
Il a été donné à l’homme
— un double sens, intérieur et extérieur, de l’es prit et de la chair,
— un double mouvement, impératif dans la volonté et exécutif dans le corps,
— un double bien, visible et invisible,
— un double précepte, de nature et de discipline. Le précepte de nature était : Croissez et multipliez ; le précepte de discipline était : Ne mangez pas de l’arbre de la science du bien et du mal.
Selon quoi, il a été donné à l’homme une aide quadruple, la science, la conscience, la syndérèse et la grâce qu’il possédait en suffisance pour demeurer dans le bien et par là avancer, et pour éviter le mal et éviter d’y tomber.
Explication
Le premier principe a fait ce mode sensible pour se manifester lui-même, c’est-à-dire que par ce monde, comme par un miroir et un vestige, l’homme doit remonter à Dieu créateur qu’il doit aimer et louer. Selon quoi, il y a deux livres, l’un écrit intérieurement qui est l’art et la sagesse éternelle de Dieu, l’autre écrit au-dehors, le monde sensible. Donc, puisqu’il existait une créature douée de sens interne pour connaître le livre intérieur, c’était l’ange, et qu’il existait une autre créature douée du sens extérieur, c’était chaque animal, la perfection de l’univers de mandait qu’il existât une créature douée de ce double sens pour connaître le livre écrit à l’intérieur et au-dehors, c’est-à-dire la sagesse et son oeuvre. Et parce que dans le Christ se trouve réunies la sagesse éternelle et son oeuvre en une seule personne, il est appelé le livre écrit au-dedans et au-dehors pour le salut du monde.
Parce qu’à chaque sens correspond un mouvement, il a été donné à l’homme un double mouvement : le premier selon l’impulsion de la raison dans l’esprit, le second selon l’impulsion de la sensibilité dans la chair. Il appartient au premier de commander, au second d’exécuter selon la rectitude de l’ordre. Quand le contraire arrive, alors la rectitude et le gouvernement de l’âme sont jetés hors de leur condition.
Parce qu’à chaque mouvement et à chaque sens correspond une tendance vers un certain bien, un double bien a été proposé à l’homme : « le premier visible, le second invisible ; le premier temporel, le second éternel ; le premier charnel, le second spirituel. De ces biens, Dieu a donné l’un et promis l’autre, pour que le premier soit possédé gratuitement et le second recherché par le mérite ».
Parce que ce bien est donné en vain s’il n’est pas gardé, et promis en vain si l’on n’y parvient pas, un double précepte a été donné à l’homme : le premier naturel pour garder le bien donné, le second disciplinaire pour gagner le bien promis, qui ne peut être mérité mieux que par la pure obéissance. L’obéissance est pure quand le précepte oblige par lui-même et non pour une autre raison. Un tel précepte est appelé précepte disciplinaire parce qu’il enseigne par lui-même combien est grande la puissance de l’obéissance qui, par son mérite, conduit au ciel, et, par son mépris, précipite en enfer. Ce précepte n’est pas donné à l’homme à cause du besoin qu’aurait Dieu de l’hommage de l’homme, mais pour indiquer le moyen de mériter la couronne par une pure et volontaire obéissance.
Parce que l’homme, en raison de sa nature imparfaite, formée à partir de rien et non confirmée par la gloire, pouvait tomber, le Dieu très bienveillant lui a apporté une aide quadruple : aide double de la nature et aide double de la grâce. Dieu a insufflé une double rectitude à cette nature : l’une pour juger droitement, c’est la conscience, l’autre pour vouloir droitement, c’est la syndérèse dont le rôle est d’exciter contre le mal et de stimuler pour le bien. Dieu a surajouté la double perfection de la grâce : celle de la grâce gratis data qui était la science illuminant l’intelligence pour se connaître elle-même, connaître son Dieu et ce monde créé pour elle et celle de la grâce gratum faciens qui était la charité habilitant l’affectivité à aimer Dieu par dessus tout et le prochain comme soi-même.
Ainsi, avant la chute, l’homme possédait une nature parfaite, survêtue aussi de la grâce divine. Par là, il résulte manifestement que si l’homme est tombé, ce ne fut que par sa faute, car il a méprisé l’obéissance.
