Résumé de la matière
Le corps du premier homme a été créé et formé du limon de la terre de telle façon qu’il était sou mis à l’âme et, à sa manière, doué de proportion. Il étaie doué de proportion dans sa complexion harmonieuse, dans son organisation belle et multiple et dans la droiture de sa stature. Il était soumis, obéissant sans se rebeller, engendrant et engendrable sans sensualité, plein de vie sans défaillance, immuable et absolument incorruptible, car la mort ne l’atteignait pas. A cause de cela, le paradis terrestre lui fut donné comme habitation paisible.
La femme a été formée d’une côte de l’homme pour être sa compagne et l’aider dans la propagation sans péché.
Il lui fut donné aussi l’arbre de vie, dont la végétation était continue et qui le rendait parfaitement immuable d’une immortalité perpétuelle.
Explication
Le premier principe est, dans la création, tout puissant, souverainement sage et infiniment bon et il le manifeste d’une certaine façon dans toutes les créatures. Il devait donc par-dessus tout le manifester dans la dernière et la plus noble des créatures, l’homme, qu’il produisit le dernier de toutes les créatures et en qui devait apparaître et éclater la consommation des oeuvres divines.
Pour que dans l’homme soit manifestée la puissance de Dieu, il fut créé à partir des natures les plus distantes, en les unissant dans une seule personne et nature. Ce sont le corps et l’âme dont le premier est substance corporelle, l’autre l’âme, substance spirituelle et incorporelle. Ces deux substances sont les plus distantes dans leur genre.
Pour que se manifeste la sagesse de Dieu, le corps fut créé proportionné à sa façon à l’âme. Donc, puisque le corps est uni à l’âme comme à ce qui l’achève, le meut et l’élève à la béatitude, pour qu’il soit conformé à l’âme vivifiante, il reçut une complexion harmonieuse non quant au poids ou à la masse, mais dans l’égalité de la justice naturelle qui le dispose au mode de vie le plus noble. Pour qu’il soit conformé à l’âme qui le meut, par la multiplicité des puissances, il reçut une multiplicité d’organes pleins de charmes, d’art et de conductibilité, comme on le voit dans le visage et dans la main qui est l’organe des organes. Pour être conformé à l’âme qui l’élevait vers le ciel, il reçut la station debout et la tête dirigée vers le haut. Ainsi, la rectitude du corps témoignait de la rectitude de l’esprit.
Enfin, pour que soit manifestée dans l’homme la bonté et la bienveillance de Dieu, l’homme fut créé sans aucune tache ni faute et sans aucun châtiment ni misère. Car, comme le premier principe est tout en même temps souverainement bon et juste, parce qu’il est souverainement bon, il ne peut faire l’homme que bon, et, par là, innocent et droit parce qu’il est souverainement juste, il ne peut lui infliger de peine, car il n’avait absolument pas péché. Ainsi, il donna ce corps à l’âme raisonnable pour qu’il lui soit soumis et qu’il n’y ait en lui aucune lutte de rébellion, aucune corruption de la mort. Ainsi, le corps était conforme à l’âme de sorte que, comme l’âme était innocente et cependant pouvait tomber dans la faute, le corps était impassible et cependant pouvait tomber dans la peine. Il pouvait donc ne pas mourir et pouvait mourir Il pouvait posséder la suffisance et tomber dans le besoin. Il pouvait être soumis à l’âme et pouvait aussi entrer en rébellion et en lutte avec elle.
C’est pourquoi, dans cet état, le corps était tel qu’il pouvait partager sa semence pour la propagation de la race avec l’être du sexe féminin qui devenait également principe avec lui. Il pouvait aussi consommer sa substance nutritive par l’action de la chaleur ; il pouvait néanmoins se restaurer en mangeant des arbres du paradis, ses humeurs intérieures étant ainsi renouvelées ou maintenues par l’arbre de vie. Cet arbre possédait la vertu d’être, comme le dit Augustin non seulement nourriture mais aussi sacrement.
Donc, l’incorruption et l’immortalité du corps d’Adam provenait : principalement de l’âme comme d’une forme unificatrice et influente ; du corps qui, par sa complexion bonne et harmonieuse, était apte à la recevoir ; de l’arbre de vie qui le vivifiait et le nourrissait ; enfin du gouvernement de la divine providence qui le conservait du dedans et le protégeait du dehors.
