Résumé de la matière
  ;La volonté de Dieu est droite de sorte qu’elle ne peut dévier en aucune manière. Elle est efficace au point que rien ne peut l’entraver. Elle est une, de telle sorte cependant qu’elle puisse être signifiée de multiples façons.
La volonté divine, qui est volonté de bon plaisir, est signifiée par la volonté de l’un de ces cinq signes différents qui sont : l’ordre, la défense, le conseil, l'accomplissement et la permission. Tout ce qui arrive dans l’univers est disposé par la volonté de bon plaisir selon ces cinq signes, « car la volonté de Dieu est cause première et souveraine de toutes les formes et motions. Rien n’arrive visiblement et sensiblement dans cette vaste et immense république de la création qui ne soit ou ordonné ou permis depuis la cour intérieure et invisible et intelligible de l’empereur suprême, selon l’ineffable justice des récompenses et des peines, des grâces et des rétributions ».
Et parce que cette volonté, réglée par la raison est appelée providence, tout ce qui arrive dans l’univers est fait et réglé par la divine providence qui est par-dessus tout irrépréhensible parce qu’elle n’ordonne, ne défend ou ne conseille rien que de juste, ne fait rien que de bon, ne permet rien d’in juste.
Explication
Le premier principe, souverainement noble, possède une volonté et la possède de manière noble. Or, de soi, la volonté signifie ce par quoi, dans les êtres qui agissent selon leur propos, est observée la règle de la rectitude et est obtenu l’efficace de l’opération. Donc, la volonté en Dieu est droite et efficace. Elle est droite parce qu’en Dieu volonté et vérité sont une seule et même chose. Elle est efficace, parce qu’en Dieu volonté et puissance sont aussi une seule et même chose.
La volonté divine ne peut faillir à la vérité. Elle est donc non seulement droite, mais elle est règle de rectitude.
Elle ne peut non plus manquer de puissance. Elle est donc non seulement efficace, mais source et origine de toute efficacité. Ainsi, rien sans elle ne peut être fait, rien ne peut arriver contre elle, rien n’existe qui puisse l’entraver.
Elle est droite. Rien donc ne peut être droit qui ne lui soit conforme”. Mais rien ne peut lui être conformé si cette volonté ne se fait connaître. Il a donc fallu que la volonté divine nous soit connue comme règle de rectitude.
Or, il est une rectitude de nécessité, celle qui fait le bien nécessaire et évite le mal. Il est une rectitude de perfection, celle qui surajoute à ce qui est dû. Cette rectitude nous est connue par un triple signe, l’ordre, la défense et le conseil. Cela signifie que le bon plaisir divin accepte comme juste ce qui arrive selon le précepte divin, ce qui est omis en raison de la défense divine, ce qui est accompli selon le conseil divin. Ces signes sont les infaillibles signes de la volonté divine en tant qu’elle est la règle de toute rectitude.
La volonté divine est efficace. Personne ne peut absolument rien faire sans qu’elle opère et agisse en même temps. Personne ne peut défaillir ou pécher sans en être abandonné justement. En ce sens, deux signes existent, l’accomplissement, qui est signe de la volonté efficiente et la permission qui est signe de la volonté à bon droit délaissante. Elle délaisse justement car il est juste qu’elle ad ministre les choses qu’elle a créées sans pour au tant enfreindre les lois qu’elle a édictées. Ainsi coopère-t-elle « aux choses qu’elle a créées en les laissant agir de leurs propres mouvements ». Donc, si elle laisse faillir dans le mal le libre-arbitre capable de se tourner par la loi de nature vers le bien ou le mal, elle ne le permet qu’en toute justice.
En outre, si la volonté divine prévient et sou tient par la grâce, elle ne fait injure à personne. Elle n’agit donc pas injustement ni en justice absolue selon l’exigence des mérites, car les mérites n’y suffisent pas, mais gratuitement et avec miséricorde et de quelque façon avec justice, en tant que cela provient de la convenance de sa bonté.
Donc, lorsqu’elle damne et réprouve, elle opère selon la justice, lorsqu’elle prédestine, elle opère selon la grâce et la miséricorde qui n’exclut pas la justice car tous, appartenant à la masse de perdition, devaient être damnés. Plus nombreux sont les réprouvés que les élus, pour montrer que le salut vient d’une grâce spéciale et la damnation de la justice commune. Nul donc ne peut se plaindre de la volonté divine, car elle fait tout avec rectitude. Bien plus devons-nous rendre grâces et honneur à l’ordonnance de la providence divine.
Si quelqu’un se demande pourquoi la grâce est donnée plus largement à un pécheur qu’à un autre, il faut imposer silence à la loquacité humaine et s’exclamer avec l’Apôtre : « O abîme de la riches se, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en fut jamais le conseiller ? Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour ? Car tout est de lui et par lui et pour lui. A lui soit la gloire éternellement ! Amen »
