Après nous être fait une idée sommaire de la Trinité de Dieu, il faut parler quelque peu du monde, créature de Dieu.
Résumé de la matière
La totalité de la machine du monde a été produite dans l’être, dans le temps, et de rien, par un unique premier Principe, seul et souverain, dont la puissance, bien qu’incommensurable a disposé « toutes choses dans un certain poids et nombre et mesure ».
Il faut entendre dans leur sens général, ces affirmations touchant la production des choses : à partir d’elles peut se conclure la vérité et se dissiper l’erreur.
En disant : dans le temps, on exclut l’erreur de ceux qui professent l’éternité du monde.
En disant : de rien, on exclut l’erreur de ceux qui professent l’éternité de la matière.
En disant : par un unique principe, on exclut l’erreur des Manichéens qui proposent la pluralité des principes.
En disant : seul et souverain, on exclut l’erreur de ceux qui professent que Dieu a produit les créatures inférieures par le ministère des intelligences.
En ajoutant : dans un certain poids et nombre et mesure, on montre que là créature est l’oeuvre de la Trinité sous une triple causalité : efficiente, d’où la créature reçoit l’unité, le mode et la mesure exemplaire, par laquelle se trouve dans la créature, la vérité, la beauté et le nombre ; finale, par laquelle se trouve dans la créature, la bonté, l’ordre et la pesanteur.
Et tout cela se retrouve dans toutes les créatures comme vestiges du Créateur, soit dans les choses corporelles, soit dans les choses spirituelles, soit dans les choses à la fois corporelles et spirituelles.
Explication
Pour que l’ordre des choses soit parfait et définitif, il faut que toutes choses soient reconduites à un seul principe. Ce principe doit être le premier pour donner aux autres leur existence, il doit être le plus parfait pour les conduire à leur achèvement.
Or ce premier principe en qui se trouve l’existence ne peut être qu’unique. S’il crée le monde, il ne peut le créer à partir de lui-même, il le crée donc de rien.
De plus, la production « de rien » signifie l’être après le non-être pour ce qui est produit et, pour le principe, l’infinité de la puissance créatrice. Parce que cela n’appartient qu’à Dieu seul, le monde a été nécessairement produit dans le temps par cette puissance sans limite, agissant par elle-même et immédiatement.
En outre, parce que le principe parfait dont découle la perfection de toutes choses, agit nécessairement par lui-même, selon lui-même et pour lui-même — il n’a besoin de rien en agissant hors de lui —, il faut qu’il ait à l’égard de toute créature un dessein selon la triple causalité efficiente, exemplaire et finale. Il faut aussi que toute créature puisse être comparée à la cause première selon cette triple causalité. Toute créature, en effet, est constituée dans l’être par la cause efficiente, elle est conformée à l’exemplaire, elle est ordonnée à une fin.
Par là, elle est une, vraie et bonne ; conforme, belle et ordonnée ; mesurée, distincte et pesante (la pesanteur est, en effet, une tendance ordonnée). Tout ceci s’applique en général à toute créature corporelle, incorporelle, ou composée de corps et d’esprit comme l’est la nature humaine.
