Partie I · La Trinité de Dieu · Chapitre 7

La toute-puissance de Dieu

Résumé de la matière

  ;Dieu est tout-puissant de telle sorte cependant que ne lui sont pas attribués les actes coupables, comme mentir ou vouloir le mal, ni les actes pénaux, (c’est-à-dire consécutifs au péché originel) comme craindre et souffrir, ni l actes corporels ou matériels, comme dormir et marcher, sinon par métaphore, ni les actes contradictoires, comme pouvoir faire plus grand que soi, ou un autre Dieu égal à soi, ou un infini en acte, et autres choses semblables car, comme dit Anselme : « tout ce qui ne convient pas, fût-ce quelque chose de minime, est impossible en Dieu ». Bien qu’il ne puisse faire ces choses, Dieu est cependant tout-puissant proprement et parfaitement.

Explication

  ;Le premier principe est puissant d’une puissance qui est pure et simple. C’est pourquoi l’adjectif distributif qu’on y ajoute « tout » (toute puissance) concerne toutes ces choses pour les quelles pouvoir est pouvoir purement et simple ment. Ces choses sortent d’une puissance à la fois complète et ordonnée.

J’appelle puissance complète celle qui ne peut défaillir ni succomber ni manquer de quoi que ce soit. Or la puissance défaille en péchant, succombe en souffrant, inclut l’indigence dans les actions corporelles. La puissance divine, parce que souveraine et parfaite, ne vient donc pas du néant, n’est subordonnée à rien et n’a besoin de rien d’autre, et par là elle ne peut opérer d’actes coupables, ni d’actes pénaux ni d’actes matériels. Et ceci parce qu’elle est puissance complète.

Il y a trois aspects selon lesquels la puissance peut être dite ordonnée

— selon l’acte

— selon l’aptitude du côté de la créature

— selon l’aptitude du côté de la seule incréée.

Ce qui est possible à la puissance sous le premier aspect est non seulement possible mais actuel.

Ce qui est possible à la puissance sous le deuxième aspect et non sous le premier, est possible pure ment et simplement bien que non actuel.

Ce qui est possible à la puissance sous le troisième aspect, et non sous le premier et le deuxième, est possible à Dieu mais impossible à la créature.

Ce qui n’est possible sous aucun des aspects précédents, comme par exemple ce qui répugne directement à l’ordre selon les raisons et les causes primordiales et éternelles est impossible purement et simplement : que Dieu fasse un infini en acte, qu’il fasse qu’un être Soit en même temps qu’il n’est absolument pas, qu’il fasse que ce qui a été n’ait pas été, et autres choses semblables. Pouvoir ainsi est contre l’ordre et la perfection de la puissance divine.

De ceci apparaît tout ce qui a trait à la puissance divine. Il apparaît aussi ce qui doit être appelé possible purement et simplement, et impossible purement et simplement. Il apparaît enfin que l’impossibilité de faire certaines choses ne contredit pas la vraie toute-puissance.